temps de lecture: 5 mn

Le taon d’une Pause

#UnJourDesTextes - J6 et 7 : Pause et points de vue

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Ce texte est le septième d’une série éphémère : #UnJourDesTextes, née sur Twitter. Chaque jour, un thème, des consignes, suggestions et idées différentes. Pour occuper les journées et combler les envies d’écrire ! Y participe qui veut, au jour le jour, le temps que cela durera, aussi longtemps qu’il le faudra.

Arrêter le temps

C’est devenu une sorte de rituel, le besoin d’une bulle, la nécessité de la solitude consentie. Ça ne date d’ailleurs pas d’aujourd’hui, ni même des dernières semaines. C’est plutôt une sorte de cheminement intérieur qui vient d’un temps personnel oublié. D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours eu ce besoin d’arrêter le monde, de trouver le bouton adéquat sur la télécommande céleste et d’appuyer dessus pour tout immobiliser, tout figer, tout stopper.

Parfois, c’est moi qui vais au devant de ce besoin. A la terrasse d’un café, sur le banc d’un jardin public, dans les yeux de quelqu’un. Je m’allonge, m’assied et me contente de regarder ce qu’il se passe. Paradoxalement, l’arrêt vient du mouvement, de la frénésie, de la ville qui se trémousse, toujours plus frénétique, toujours plus folle, plus agitée, plus excitée. 

D’autres fois, c’est le besoin qui vient à moi, qui me tapote sur l’épaule et me dit « Allez, viens, on sort et on s’allonge quelque part ». Alors, quand je le peux, je cherche une coin vert, une bande de gazon, un bout de jardin, un parterre de verdure inoccupé où je pourrais vaquer en paix à ne rien faire. 

Souvent, je me laisse happer par ce qui m’entoure : les nuages qui jouent dans le ciel, le bruit du vent dans l’herbe et la quête d’infiniment petit, de l’insectuel, des micro-mouvements dans le microcosmos. La tête au ras de l’herbe, allongé avec la grâce (et non pas la graisse comme le prétendent certaines mauvaises langues) d’un lion de mer dépressif, je regarde doucement ce qui se passe là, sous mes yeux. Cela prend du temps, d’arrêter le temps. Il faut laisser le regard errer sans but, tenter d’accrocher le petit détail qui va amener au grand tout : un fil de toile qui amène à l’araignée qui mène à la colonie, la course éperdue de la fourmi égarée, le bourdonnement de l’abeille agacée, les chatouillis de la coccinelle curieuse.

Quand tous les sens sont concentrés, en flux tendu, vers cette quête littérale de l’infiniment petit, le temps prend une autre courbure, lente, très lente, presque au ralenti. Le monde des insectes, à la vitesse d’un météore, vient se placer à côté de celui de l’homme. Deux univers parallèles qui empruntent la même voie, l’espace de quelques minutes ici et là.

Dès lors, je me demande souvent ce qui passe dans les chitines des insectes que je suis ainsi du regard. J’aime à imaginer ce qu’ils peuvent bien penser, en voyant un grand dadais pointer sur eux un canon qui n’est qu’objectif.

Et d’ailleurs, que diraient-ils donc, s’ils le pouvaient ?

Paroles d’insectes 

Cette drôle de mouche, que j’ai surprise à jouer à Tarzan sur des brins d’herbe, va-t’elle raconter ça à ses copines ?

« J’étais en train de faire sécher mes ailes tranquillement, en cherchant le meilleur angle possible par rapport au soleil et, d’un seul coup, il y a eu CETTE IMMENSE CHOSE NOIRE ENORME ET TERRIFIANTE qui est venue se poser à côté de moi sans bouger. Il y avait comme une vitre et, à l’intérieur, quelque chose qui s’ouvrait et se refermait. J’ai bien tenté de me cacher mais elle m’a suivi jusqu’en-dessous des herbes ! »

Et que pourrait donc dire ce bourdon, cette abeille traquée pendant son vol ?

« Allo la base ? Ici Bourdon N°45AFTY65. Je suis suivi par une chose immense, apparemment non agressive mais qui pointe dans ma direction un objet de forme cylindrique tenue à bouts de… à bouts de je ne sais pas quoi. Demande autorisation d’engager le combat ? Refusée ? Je dois rentrer ASAP à la ruche et ne pas chercher la confrontation ? Bien reçu Ruche, je me détourne et rentre au bercail »

Et quid de ces araignées que j’aime à observer ?

« J’tissais ma toile et j’attendais doucement l’innocent moucheron qui viendrait s’prendre d’dans quand, vas-tu y croire, le soleil m’a été caché par un truc que j’avais jamais vu. Ça bougeait un peu dans tous les sens, ça a touché les points d’ancrages et ça m’a foutu les chocottes ! J’me suis demandée si ça valait le coup de sauter d’ssus mais j’allais pas gâcher une belle toile comme ça ! »

Et peut-être que je devrais laisser le mot de la fin à cette étrange créature volante pas identifée ?

« Bzzzzz. Bzzzzzzzz, bzzzz, bzzzzzzzzz ! Bzzzzzzzzzz ! Bzbzbzbbzbzbzzzzzzzbbzbzbzbbbbbzzzzzz !!!! »

[Petit bonus photographique]