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La lettre d’un Poilu à la veille de sa mort

Depuis janvier 2009 que je tiens ce blog, je fais en sorte de ne pas le limiter à l’unique sujet du Voyage. Digressions, réflexions, pensées et autre hors-sujets présumés sont des invités récurrents de ce lieu et j’en suis purement satisfait ainsi. Aujourd’hui, c’est à des années-lumière de tout cela que je vous emmène, back très très far away in the time, puisque le sujet de cet article date de 1916 et de la bataille de Verdun.

Lorsque j’étais lycéen, au siècle dernier, ma professeure d’histoire nous avait fait étudier en profondeur le légendaire recueil Paroles de Poilus. Elle m’avait, dans le cadre de cette étude, donné à lire la photocopie d’une lettre écrite par l’un de ces soldats à sa femme, à la veille de Verdun. De cette lettre et de son auteur, je ne sais qu’une chose: il est effectivement mort peu après et son témoignage s’est transmis de génération en génération, jusqu’à arriver, nul ne sait trop comment, entre mes mains.

Sa lecture me touche toujours autant et c’est pourquoi la voici donc, maintenant, in extenso :

 

Ma très chère et très aimée Marie,

Dieu l’a ainsi décidé, cette lettre est la dernière que vous lirez de moi ! Je l’écris après avoir reçu l’ordre de diriger une attaque qui doit entrainer les plus grands sacrifices – le mien en particulier.

Je la confie à un officier du 232ème, le lieutenant Ruez, qui vous la fera parvenir, quand mon sacrifice aura été accompli.

Je t’offre volontier [ma vie] à la France, en vue de la grandeur de laquelle j’ai toujours travaillé et vécu.

Je partirai en Chrétien, après avoir accompli mes devoirs religieux.

Ceci sera pour votre âme si chrétienne la meilleure des consolations pendant notre séparation momentanée; ce sera un exemple pour nos chers enfants.

En vous quittant ainsi, je vous laisserai, je l’espère, un souvenir qui vous soutiendra dans la vie.

Soyez assurée que je vous aime comme je vous ai toujours aimée et que j’emporte dans le cœur notre image chérie, ainsi que celles de mes quatre enfants, dans l’âme desquels vous me ferez revivre.

Le temps nous manque pour adresser un dernier adieu à ma bonne et vénérée mère, je vous prie de lui annoncer ma mort au Champ d’Honneur. Venant de vous qu’elle affectionne particulièrement, ce coup lui sera moins rude.

Dites-lui que son âme a forgé la mienne et que je l’embrasse du fond de mon cœur, ainsi que mon père qui fut mon modèle.

Je n’oublie aucun des nôtres dans ma dernière vision de la Vie.

Mon baiser le plus affectueux à mes chers petits Pierre, Louis, Anne et Charlotte;
à vous mon plus tendre adieu et au Revoir !

Votre Paul