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Gand, the Place to Love

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Nous avions « fait » Anvers, Bruxelles, Malines ou encore Ostende. En famille, en amoureux, entre ami.e.s. Pourtant, une ville manquait à l’appel. Nous l’avions croisé pourtant, au détour d’un voyage, lors d’un arrêt en gare, sur la beauté glacée d’une page de magazine. Cette ville, au nom délicieusement prometteur, c’est Gent, Gand, la cité historique de Van Eyck, qui nous faisait de l’œil depuis si longtemps. Alors, pendant trois jours et deux nuits, nous nous y sommes promenés. A un, deux, trois et quatre. Nous avons parcouru les petites ruelles, chassé le street-art, gravi maints et maints escaliers, mangé encore et encore et bu (un peu). Gand, pour nous, c’est The Place To Love (et voilà pourquoi) !

Gand, la beauté faite ville

Savez-vous quelle est la maladie touristique la plus soignée à Gand ? Le torticolis ! Parce qu’à force de marcher la tête tournée vers le haut, à admirer les mille et un bâtiments de la ville, on finit forcément par en attraper un. En effet, se promener dans le centre historique, c’est plonger dans un univers où le temps semble s’être architecturalement arrêté. La vie du vingt et unième siècle est là, belle et bien présente. Mais le spectacle habituel des rues pleines de vie se déroule, cette fois-ci, dans un cadre hors du commun : celui de Gand.

J’avais eu un coup de cœur pour Malines, lors de notre séjour là-bas. Que dire alors de Gand, qui ne serait pas dithyrambique, trop superlatif ? Pour une fois, les mots semblent me manquer pour évoquer toute la puissance, toute l’émotion qui se dégage d’une simple promenade entre ici et là. La puissance granitique et minérale du château est balancée par la légèreté de ces tours qui partent tutoyer le ciel flamand, les créneaux des habitations répondent à l’audace des constructions plus contemporaines et, au détour d’une ruelle, c’est un béguinage d’une tranquillité cosmique qui s’offre aux visiteurs hardis.

C’est d’ailleurs ce que j’aime tellement pendant nos voyages en Flandre : cette beauté si typique auquel on ne peut vraiment s’habituer. L’émerveillement est toujours et encore là, sans cesse renouvelé, sans cesse surprenant. C’est toujours un enchantement que d’errer sans but, que de se laisser guider par ses envies, en ne jetant que, de temps à autres, un petit coup d’œil discret sur la carte tenue par des mains enfantines. Gand est vraiment propice à une lente, très lente découverte pédestre. C’est typiquement le genre de ville (si tant est que les villes puissent être genrées, classées, ordonnées) qu’il faut explorer à pieds, doucement, sans se presser. Il faut essayer de capter tous les détails, essayer de s’imprégner des histoires qui ne demandent qu’à être chuchotées au creux d’une oreille attentive. Ici, bien plus qu’ailleurs, je crois que l’urgent ne fait pas le bonheur et que ce serait presque un sacrilège que de vouloir expédier Gand en une journée rapide.

Les reflets des Canaux de Gand

Instantanés de Gand

Nos premières minutes, silencieuses, avec le sourire aux lèvres. Nos balades nocturnes, en bord de canal, à observer des instants de vie volés par les fenêtres au ras de l’eau. Une longue marche sans but, au délicieux goût de Lentano, Lentano. Le panorama qui se dessine une fois arrivés en haut du Beffroi avec Fils : les passants se font fourmis et la ville toute entière se dévoile devant nos yeux émerveillés. La claque du passage dans LA ruelle du Street-Art, fruit de toutes les imaginations et créations picturales. Les détours impromptus d’une minute qui deviennent des itinéraires aussi imprévus que délicieux. Cette immense église reconvertie en Food-Hall. Ces rouleaux de papier-toilette géant derrière une grille. Le retable du légendaire Van Eyck, Maître de tous les maîtres de la peinture flamande, que je contemple enfin après en avoir tant entendu parler, après avoir tant lu à son propos.

Gand, Oost, West, thuis best.

N’être jamais mieux que chez soi, c’est un concept flamand que j’adore au-delà de tout. Lors de notre séjour à Utrecht, par exemple, j’avais été fasciné par la vie frénétique organisée autour des canaux, par ces habitations au fleur de l’eau et par le plaisir évident qui se lisait sur les visages de ceux qui vivent là, jour après jour. Or, ce sentiment de bonheur paisible, je l’ai retrouvé à Gand. Encore mieux que ça, je crois même que nous l’avons goûté, en famille, brièvement.

Je ne saurais vraiment dire ce qu’il en était. Je pense, en réalité, que c’était plus une impression, un sentiment d’une certaine félicité légère, teinté d’une satisfaction d’être là, en ces temps et en ces lieux. Envolés, les soucis. Partis, les moments de tension(s). Évanouis, les énervements d’un instant qui viennent charger l’air d’une inutile nervosité. En lieu et place de cela, nous avons passé trois journées et deux nuits quasiment exemptes de nuages (et je ne parle pas que de la météo). Ainsi, j’ai vu les yeux de Pitchoune briller de plaisir pendant notre longue et belle visite guidée. J’ai observé Fils s’amuser comme un fou dans un musée où tout était presque à sa taille. Je les ai regardé, avec des yeux gourmands, courir, s’amuser, se chercher gentiment et être heureux d’être frère et sœur.

Quid des locaux ?

Bien sur, il serait prétentieux de vouloir faire une règle universelle de ce ressenti né d’un court séjour vécu dans la peau d’un touriste de passage. Pourtant, j’ai l’impression de toucher ici enjeu important. Comment pourrait-il donc en être autrement lorsqu’on vit dans une cité telle que Gand ? Peut-il être possible de se lasser, de ne plus aimer un tel décor ? Peut-on en avoir marre ? Avoir le sentiment de vivre dans un musée à ciel ouvert ? Ne plus vouloir croiser de touristes en toute saison, à toute heure et en tous lieux ?

Bien sur que cela est possible mais je crois que les Gantois.e.s sont avant tout fier.e.s de leur ville, de leur patrimoine et de sa beauté. Je crois également qu’ils sont heureux de faire partager cette fierté, cet amour à ceux qui ne sont que de passage. En tout cas, que ce soit durant ce voyage ou ceux d’auparavant, nous avons toujours été accueilli avec gentillesse et n’avons jamais ressenti le moindre sentiment négatif à notre égard. Alors, je crois pouvoir dire, objectivement, que oui, Oost, West, thuis best, on n’est jamais mieux que chez soi à Gand (surtout en tant qu’invité.e.s) !

Au detour d'une rue

[Aparté sur le voyage en famille]

A ce propos, nous sommes bien placés, avec nos expériences, pour savoir que le voyage en famille est toujours loin d’être idyllique et qu’il ne faut pas croire que voyager avec des enfants n’est qu’une succession de scénettes joyeuses où tout le monde sourit en permanence, main dans la main, le regard tourné vers un horizon paradisiaque, le sourire vissé sur des dents d’une blancheur immaculée. Nous l’avons appris lors de nos voyages et nous continuons à l’apprendre à chaque nouvelle occasion. Les enfants sont des maîtres et maîtresses dotés d’une mémoire prodigieuse, qui savent, très souvent, exactement ce qu’ils veulent et qu’il ne faut surtout pas négliger lors d’un voyage, au risque de la payer très, très cher. Vouloir tout décider, imposer un programme, ne pas leur laisser voix au chapitre : une catastrophe industrielle assurée !

Voyager à Gand en famille

Tiré.e.s de notre voyage en famille, voici quelques recommandations, ressentis, retours et conseils pour organiser au mieux votre futur voyage à Gand. Ces avis sont subjectifs (forcément) et ne sauraient faire office de généralités. D’autre part, les informations sont correctes au moment de la rédaction de cet article.

Aller à Gand

Aller à Gand est d’une simplicité limpide depuis la France. L’option la plus simple est évidement le train depuis Paris (Thalys en version générique ou Izy en version dite low-cost mais qui ne concerne que les bagages et les services à bord du train). En s’y prenant à l’avance et en faisant attention, il est possible de trouver des billets à dix euros l’aller simple. Aller à Gand depuis Bruxelles est une promenade de santé : il y a des trains toute la journée et le trajet prend vingt-sept minutes, entre les gares de Bruxelles-Midi et Gent-Sint-Pieters. Notez enfin que les enfants de moins de douze ans voyagent gratuitement (et sans billet) !

Où loger ?

Toutes les options sont disponibles à Gand depuis les plus onéreuses jusqu’aux plus simples et il suffit de chercher un peu pour trouver le logement adapté. Pour notre part, nous avons passé deux nuits au Novotel Gent Centrum. Bien situé, en plein centre, avec de chouettes petits-déjeuner et le confort attendu pour ce genre de prestation. Mention spéciale pour l’accueil et les installations du hall pour les enfants (un baby-foot, une bibliothèque, une Wii…). J’insiste sur l’emplacement, vraiment pratique ! Les prix vont avec le standing avec, pour quatre personnes (et petit-déjeuner inclus), une fourchette de 250 à 400€ environ.

Où manger ?

Ville d’épicure et de plaisirs gourmands, Gand ne laissera pas indifférent les amateurs de bonne nourriture. Petites gargotes, restaurants de grande classe, friteries lumineuses ou world-kitchen, nous avons tout vu passer pendant notre escapade avec, cependant, quelques adresses qui ressortent particulièrement du lot, adaptées pour les enfants et où vous avez l’assurance de faire très, très bonne chair !

  • Le Café Théâtre (Schouwburgstraat 9), un lieu d’exception, assez classe, avec un service d’une amabilité et d’une efficacité redoutable. On trouve de tout à la carte (hamburgers, salades, poissons, assiettes à partager. Le lien est en PDF) et les prix ne sont pas délirants pour une belle qualité. Nous gardons un souvenir ému de ce repas (et surtout des desserts, me glissent les enfants à l’oreille).

  • Du Progres, un restaurant // brasserie assez populaire situé en plein dans le centre. Encore une fois, un accueil très sympa et une cuisine de belle qualité. Les enfants se sont sentis les bienvenus, avec des coloriages apportés à table et de grands sourires de tout le monde. Plats copieusement garnis, menu spécial pour les enfants et prix raisonnables. Adresse recommandée sans hésitations.


  • O’yo, c’est une découverte imprévue mais assez spéciale : un restaurant labellisé healthy food, relativement planqué dans un passage couvert. Le cadre est super, les boissons délicieuses et la bouffe, honnêtement, bonne… si vous aimez le vert, le diététique et le sain, le tout garanti 101% Vegan. J’en garde un souvenir sympa (moins les enfants).


  • Le Holy Food Market, c’est un ensemble de petits restos installés dans le cadre superbe d’une ancienne chapelle baroque. Le lieu est franchement décalé, avec un cachet certain et, si vous venez aux bons horaires, l’assurance d’avoir de quoi (bien) manger à un tarif très raisonnable. Lors de notre venue, même s’il n’y avait pas grand monde, nous avons pu manger mexicain et italien et tout cela était, ma foi, très bon ! Attention, il parait que c’est un lieu très instagrammable, allez-y à vos risques et périls.

Si vous recherchez plus d’inspiration(s) et/ ou d’adresses, foncez lire les recommandations de l’OT de Gand : Pour les enfants et Pour boire et manger. Et si vous n’êtes pas spécialement restaurant, n’hésitez pas à acheter quelque chose « sur le pouce » et à aller manger en famille dans un jardin ou en bord de canal : succès garanti !

A faire en famille

Gand en famille, c’est un véritable bonheur : si vous vous contentez de rester dans le (grand) centre, vous trouverez forcément des choses à faire pour tout le monde. Prenez simplement le temps de repérer, en amont, deux ou trois immanquables, selon vos goûts, placez-les sur un vague planning et laissez le charme de la ville agir sur le reste !

Pour le reste, voici ce qui a rencontré un très franc succès de notre côté :

Le château des Comtes de Flandre, à visiter absolument. Un roc pur, qui semble avoir poussé de terre en toute verticalité. Entouré de ses douves du Xème siècle, tous les chemins de la ville paraissent y amener à un moment ou à un autre. La visite se fait de façon assez libre (avec ou sans audioguide) et les remparts offrent une vue très sympa sur la ville. Attention cependant aux jeunes enfants qui courent partout !

Graffiti Street, LA rue du Street-Art de Gand. Un passage obligatoire si vous aimez les folies graphiques, l’art mural et les délires de tout genre. C’est certes très fréquenté et un haut-lieu de la prise d’égoclichés mais il serait dommage de ne pas y passer quelques minutes par là. Et si vous êtes un peu curieux.se, il y a une petite cour adjacente, publique et bien cachée juste à côté ! D’autre part, la ville regorge d’autres œuvres, que vous pouvez retrouver sur le plan dédié (« Sorry, not sorry », lien en PDF).

La montée du Beffroi, à réserver à ceux et celles qui ne souffrent pas de vertige. Tout en verticalité, avec un ascenseur (n’y voyez aucun sacrilège !), la vue depuis le sommet est juste exceptionnelle (et extérieure aussi, gare à ne pas trop vous pencher). Le lieu est d’ailleurs inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. C’est probablement LE lieu le plus emblématique de la ville.

Le retable de Van Eyck, dit « L’agneau mystique », une pièce majeure et exceptionnelle du plus grand artiste de son temps. On vient du monde entier pour admirer la finesse, la beauté et le travail incroyable de ces 24 panneaux entrés depuis belle lurette dans la Légende. Conservé à la cathédrale Saint-Bavon, il attire les foules et le silence est plus que très recommandé pendant votre visite des lieux (et on ne manquera de vous le répéter, croyez-moi sur parole).

Le Huis van Alijn, ça a été une visite imprévue, effectuée seul avec Fils, pour boucher un trou de l’emploi du temps et ce fut un moment merveilleux. Situé le long du Lys, ce musée de la vie d’Hier et d’Aujourd’hui est un voyage dans le temps, les us et coutumes, traditions de la vie en Flandre, tout simplement. Il est possible de manipuler énormément de choses et les enfants adorent ça. Peut-être mon meilleur souvenir de Gand tellement nous y avons rigolé et appris des choses. Mon activité favorite à faire avec un enfant à Gand, à mon sens !

De Wereld van Kina, un musée de sciences naturelles, un peu excentré, nous a laissé (un peu) sur notre faim. Sur trois étages, plusieurs expériences différentes possibles, avec quelques attractions sympathiques (un simulateur de tremblement de terre, notamment). Cependant, un contenu uniquement en flamand et des travaux en cours ont un peu gâché notre expérience. Le cadre des alentours est, par contre superbe, très étudiant et et avec de beaux, beaux jardins où manger le repas acheté aux alentours.

Sur les canaux de Gand

Une promenade sur les canaux, une activité pas forcément obligatoire mais sympathique (par beau temps !) pour découvrir Gand au ras de l’eau. Une autre vue sur la ville et pas mal d’informations intéressantes. Une petite heure qui passe vite et qui est plutôt détendue. Intéressant pour les photographes qui veulent un point de vue différent !

Les canaux la nuit à Gand

Un gros coup de cœur, pas vraiment inclus dans les visites, où il n’y a pas nécessairement quelque chose à voir mais qui illustre la beauté typique de « ma » Flandre bien aimée : le Béguinage Saint-Elisabeth, un petit coin d’un calme extraordinaire où nous avons eu l’impression d’être seuls au monde, dans ce monde rouge organisé autour de son église.

Une visite guidée à Gand

Parce que ce fut probablement la meilleure visite guidée que nous ayons jamais fait en famille, je tiens absolument à lui consacrer un passage spécifique : deux heures passées à explorer Gand aux côtés de Xavier Perneel, un Raconteur d’Histoire de Vizit.be. Vous savez sans doute, aussi bien que moi, à quel point il peut être dur de conserver l’attention des enfants durant une visite guidée, à moins d’être un magicien, un narrateur, un peu filou, un peu taquin et très calé. Et bien Xavier, pendant tout le temps de la visite, a su nous entraîner dans son univers d’exception.

A ses côtés, nous avons voyagé, appris, rigolé, ri, tourné par ici et par là et nous avons appris bien de choses sur la ville de Gand. Les enfants ont été fascinés et, sans rien divulgâcher, ce n’est pas étonnant vu le travail effectué en amont.Bref, si vous cherchez une visite guidée à faire avec des enfants à Gand, contactez Vizit et demandez Xavier, vous ne serez pas déçus !

Les ressources pour un voyage à Gand

Attention, en ces temps de COVID, des mesures spéciales sont mises en place quasiment partout en Flandre : faites donc bien attention à préparer votre visite, à effectuer les réservations adéquates et à respecter absolument les demandes sanitaires spécifiques !

Pour en savoir plus sur Gand, toutes les informations sont à retrouver sur le site officiel de l’office de tourisme local : Visit Gent. Si vous désirez explorer plus avant la belle région de Flandre, foncez chez The Place to Be ou encore Visit Flanders. Vous pouvez également consulter mes anciens articles pour organiser votre futur voyage en Belgique.

D’autre part, je recommande fortement d’investir sur une City Card, qui donne le droit à beaucoup de gratuités (dont les visites citées ici) : 36€ pour 48 heures, 42€ pour 72 heures. N’oubliez pas non plus que les enfants de moins de 18 ans ne paient que dans très peu de musées !

Au fait, avant de partir…

Ce voyage a été organisé sur l’invitation (et en partenariat) de Visit Gent et Visit Flanders. Merci à eux. Tout le contenu produit ici n’est cependant pas impacté et les avis émis restent miens. D’autre part, si vous aimez cet article (ainsi que le reste du blog d’ailleurs), n’hésitez pas à le commenter, le partager. Vous pouvez même m’offrir une bière !