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La villa Arnaga

Sur les traces d'Edmond Rostand

Arnaga et moi, c’est une histoire textuelle. Une histoire de mots, d’écriture. C’est un lieu que j’ai toujours voulu connaitre à cause – ou plutôt grâce à un petit livre intitulé “Tout sur Tout” et qui était mon compagnon de voyage lors des vacances mono-familiales de mon adolescence. Dans ce petit livre se trouvaient beaucoup d’anecdotes classées par ordre alphabétique. La lettre R était consacrée, entre autres, à Rostand Edmond. Sa vie y était contée, parsemée d’anecdotes et de citations. Parmi tout cela, quelques lignes faisaient mention d’une maison, bâtie sur un plateau non loin de Cambo, où il avait choisi de se retirer pour vivre “l’existence précaire des tuberculeux”.  Étaient également cités ces fabuleux vers qui accueillaient (et accueillent toujours) les visiteurs de passage :

Toi qui viens partager notre lumière blonde
Et t'asseoir au festin des horizons changeants,
N'entre qu'avec ton cœur, n'apporte rien du monde
Et ne raconte pas ce que disent les gens.

Allez savoir pourquoi mais je suis resté fasciné à la lecture de ces mots. Partager la lumière, le festin des horizons changeants, entrer avec son cœur et laisser l’extérieur avant de rentrer à l’intérieur : il est fort probable que mon âme chamboulée fut touchée par la profondeur et la puissance onirique de cet écrit. Dès lors, à force de lire et relire ce livre et ce passage, je me suis fait une promesse : y aller, un jour. Vingt ans après et par un curieux concours de circonstance, mêlant tempête, famille et aléas, voici donc que mes pas me conduisent enfin en ce lieu fantasmé : à moi Arnaga !

Edmond ? Mais non !

Il se peut que vous ne soyez pas familiers avec le nom d’Edmond Rostand. Si tel est le cas, laissez-moi vous dire une seule chose : Cyrano de Bergerac. Tout le monde connait ce héros paillard, au pif démesuré, gouailleur, vantard, héroïque et bagarreur. Si le personnage a bel et bien existé, sa version théâtrale n’a pris forme que grâce à la plume du Sieur Rostand, en 1897. 

Pour la petite (ou la Grande) histoire, jusqu’au soir de la première, Edmond Rostand était catastrophé, persuadé d’avoir emmené sa troupe “au four noir”. Il s’excusa même pour le désastre à venir auprès de son acteur Coquelin (qui avait du apprendre les 1600 vers du rôle principal et qui joua par la suite le même rôle au cinéma, version muet).

La suite, tout le monde la connait : une salle en délire, un rappel qui dépasse la vingtaine de fois, un public qui ne cesse d’applaudir pendant vingt minutes et Edmond Rostand sacré Chevalier de la Légion d’Honneur devant sa troupe, par le Ministre des Finances. Il venait d’entrer, à 29 ans et avec fracas, dans la Gloire. Trois ans après, en 1900, le succès revenait poindre le bout de son nez avec l’Aiglon, une pièce interprétée (notamment) par Sarah Bernhardt et Lucien Guitry (le père de Sacha). S’en viennent alors une élection à l’Académie Française, en 1901, la maladie puis le départ vers Arnaga. La suite, c’est l’écriture et la sortie de Chantecler, en 1910. Las, l’incompréhension du public devant les acteurs habillés en animaux et le relatif échec de cette pièce sonne le glas de sa carrière. Il décède finalement à Paris, en décembre 1918de la grippe espagnole, après avoir attendu la Victoire, la fin de la première guerre mondiale.

Je ne veux que voir la Victoire.
Ne me demandez pas «Après?»
Après, je veux bien la nuit noire
Et le sommeil sous les Cyprès.

 

Arnaga, un rêve devenu réalité

Lorsque Edmond Rostand vient pour la première fois dans la région de Cambo-les-bains, à 32 ans, pour soigner les restes d’une pleurésie mal soignée. La légende raconte qu’il tombe amoureux du paysage qui se dévoile alors devant ses yeux. C’est suite à ce voyage qu’il achète une parcelle de terrain sur une colline où serpente l’Arraga. Entre 1903 et 1906, il y fait construire la maison de ses rêves : Arnaga (qui est une déformation volontaire du terme basque Arraga qui signifie “Lieu de Pierre”).


Il dessine lui-même les quelques quarante pièces de la villa – s’étendant sur près de 600 m², en essayant de transposer dans sa vie ce de quoi il vit : le théâtre. L’univers de ses rêves, imaginé comme un “poème de pierres et de verdure” est complété par des jardins à la française et à l’anglaise d’une superficie de quinze hectares. 

Le plateau recouvert de rocailles et de buissons du premier jour a fait place à une bâtisse basque (de style néobasque). La maison est prête : il peut s’y installer avec sa famille : sa femme, Rosemonde Gerard (qu’il quittera en 1915) ainsi que leurs enfants, Jean et Maurice, destinés à devenir respectivement biologiste et poète. Viendront aussi de nombreux amis, au fil des années. Edmond Rostand y vivra jusqu’à sa mort et y écrira Chantecler. Arnaga aura été, littéralement son refuge, son antre, son théâtre personnifié. Une demeure démesurée à la juste démesure d’un homme de génie.

Car vois-tu, chaque jour je t'aime davantage, aujourd'hui plus qu'hier et bien moins que demain. Rosemonde Gerard

Le musée et la Visite d’Arnaga

Près de cent ans après sa mort, que reste-il donc, aujourd’hui, de l’univers voulu et créé par Edmond Rostand ? Devenue musée suite à son rachat par la municipalité – en 1960, la Villa Arnaga ne trahit absolument pas la mémoire du Maître. Le cheminement pour arriver jusqu’au seuil de la maison à travers les extraordinaires jardins, les nombreuses pièces d’exception que l’on découvre au fur et à mesure de la visite, les explications et l’ensemble de la muséographie permette de découvrir, en toute tranquillité, la vie et l’oeuvre d’Edmond Rostand ainsi que l’histoire de la Villa Arnaga.

Dès lors, il suffit de prendre son temps et de marcher, tout doucement, sur les traces laissées par le temps d’avant. Prendre conscience de l’architecture des lieux, des jeux voulus, du rôle de chacune des pièces, entre hier et aujourd’hui. Même si l’usage en a été modifié, rien ne semble avoir bougé depuis 1906. La salle dédiée à Cyrano de Bergerac (où se trouve un César, d’ailleurs, offert par Gérard D.) avec LE fameux bureau où fut écrit la pièce est un exemple parfait, tout comme celle où figure la mise en scène consacrée aux costumes de Chantecler.

En toute tranquillité, observez les documents exposés, regardez par les fenêtres et essayez de comprendre, à votre tour, pourquoi Edmond Rostand a choisi de s’installer là et pourquoi il ne voulait pas que viennent ici les bruits racontés par le Monde.

Quand vous aurez fait le tour de la Villa, promenez-vous autour. Empruntez les sentiers de traverse, embrassez du regard la Majesté des lieux. Cherchez les détails. Jouez à cache-cache avec les rosiers et la villa. On croirait presque, dans des instants furtifs, entendre encore résonner le cliquetis d’une machine à écrire, la virulence d’un échange passionné, les rires d’enfants. 

Arnaga côté pratique

Alors, Arnaga ?

Une chouette visite pour toute la famille ! Nous y sommes allés sur quatre générations (de l’arrière grand-mère à l’arrière petit-fils parisien) pour un avis unanime : SUPER. La Pitchoune a adoré le petit livret dédié aux enfants de 7 à 12 ans (et qui s’achète à l’entrée pour 1€). Fils a gambadé et n’a pas trop hurlé, ce qui est bon signe.

Plutôt que de tout détailler ici, je préfère vous renvoyer vers le site officiel qui est assez remarquable et comporte TOUTES les informations nécessaires (et bien plus encore). Sachez cependant qu’il vaut mieux être véhiculé pour se rendre à la Villa Arnaga et que les lieux sont ouvert tous les jours du 24 mars au 4 novembre inclus. 

Bref : je recommande très, très, très chaudement !