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Deux pères et deux fils

La vue depuis l'échappée tremoussante

Entre Drôme et Ardèche

Une carte des différents lieux du voyage

Les plus grandes aventures commencent souvent par une simple question, quelques mots tapés sans arrière-pensée sur le clavier d’un téléphone ou d’un ordinateur. Ainsi, cet été, nous avions un trou dans notre calendrier. Un creux à combler, un vide à remplir. Bien que j’aime errer en la Capitale en plein été, la perspective de brûler vif sous l’ardent soleil francilien n’était pas, étrangement, quelque chose qui m’enthousiasmait. Bizarre, non ? Alors, j’ai fait ce que j’adore lorsque je ne sais pas quoi faire : j’ai envoyé un texto à mon Père, demandant simplement ceci :

« Dis Papa, on peut venir en vacances chez toi cet été ? Quelques jours et on se fait un petit voyage tous les trois quelque part ? Si c’est bon pour toi, confirme-moi que je prenne vite nos billets de train !« 

La réponse reçue quasiment aussitôt, ô combien laconique et succincte, validait d’office le projet doucement envisagé : un roadtrip sur trois générations, avec deux pères, deux fils, un grand-père et un petit-fils, faisant le compte net de trois personnes.

Cela faisait longtemps que je rêvais de ce genre de voyage.  Les circonstances de la vie ont fait que certains de ces rêves ne pourront jamais aboutir. Pourtant, ce ne sont pas les regrets qui font avancer et je continue à croire qu’il faut profiter de chaque opportunité pour mener à bien les projets, tant que cela est encore possible, avant qu’il ne soit trop tard. Dès lors, si les planètes sont alignées, que tout le monde est prêt et nous sommes les bienvenus à Annecy la belle, pourquoi donc ne pas se lancer ? Une recherche plus tard, une poignée d’euros dépensés dans deux billets et un horaire indicatif envoyé, nous voici donc prêts, avec Fils, à entamer une nouvelle aventure !

Aparté : Mon père, ce héros

J’éprouve un respect immense pour le Père que la vie m’a offert. Je lui dois à lui, et à lui seul, un certain nombre de valeurs essentielles, d’enseignements profonds et de leçons dispensées au gré des années. Pour autant, ce respect absolu s’accompagne d’une tendre tendance à une affectueuse moquerie, à cet irrespect malicieux qui unit deux générations que tant de choses séparent. Il mène, à mes yeux, une vie quasi-monacale. A côté de lui, mes sorties parisiennes ressemblent à de folles orgies romaines, à des sabbats endiablés, à des bacchanales décadentes destinées à être vouées aux gémonies. Il est fourmi quand je suis cigale,  pragmatisme contre rêverie, projection contre YOLO, profondeur contre légèreté. Bref, il a les pieds solidement ancrés sur Terre, à penser à après-demain lorsque j’ai le plus souvent la tête dans les nuages, à rêver à des voyages qui chantent en oubliant de me concentrer plutôt sur aujourd’hui.

Pourtant, en dépit de nos modes d’existence à des années-lumière l’un de l’autre, nous partageons bien des choses : un humour d’une subtilité édifiante, un goût pour la bonne nourriture fromagère, une tendance à voyager dès que faire se peut. Il m’a transmis l’amour des choses bien faites, avec lenteur et application (ce qui, en toute objectivité, ne fonctionne pas réellement de mon côté, hélas) des longues promenades dans la Nature et des soirées passées à se balader, pour digérer et discuter. De mon côté, je tente de lui apporter Savoir et Connaissance des Nouvelles Technologies tout en lui narrant les dernières épopées de son petit-fils (dont il prend un grand plaisir à s’occuper, soit dit en passant).

Instantanés sur les routes de France

Rouler vers quelque part. Chercher où s’arrêter. Prendre le premier chemin venu, soit-il vicinal. Voir une église au loin, une stèle sur le côté, un panneau curieux. Suivre des routes panoramiques inconnues. Croiser le Caire dans l’Hexagone. Se retourner pour voir Fils endormi. Traverser un pont et en chercher un autre, en vain. Débusquer le banc magique caché dans le jardin devant l’église, au pied d’un monument aux morts, ombragé juste ce qu’il faut pour que le premier pique-nique du voyage soit parfait. Ne pas vouloir utiliser le GPS et faire confiance, avec succès, aux cartes IGN des années 80. S’arrêter pour prendre une photo puis deux puis trois puis trop. Sentir son père s’agacer et s’entendre dire « S’il te plait Cédric, la situation est déjà assez compliquée comme ça ». Savourer le silence qui enrobe les moments délicieux. Se dire que la fin n’est pas un but mais juste un motif. Jeter un œil timide au compteur kilométrique. Se dire, in petto, que la conduite paternelle est quand même un poil sportive, regarder l’aiguille des vitesses monter mais ne pas oser faire la moindre réflexion. Rire devant des fresques de Street-Art improbables. Entendre, voir et sentir Fils vomir à cinquante mètres de l’arrivée. Chercher une aire de jeux et trouver le bonheur le long de la Veloscenie, dans un coin abandonné de tous. Retrouver le goût délicieux des voyages d’avant, égrener les souvenirs au fil des distances, rire et regarder tout cela d’une toute nouvelle perspective paternelle. Comparer hier et aujourd’hui, de père à père. S’arrêter dans le plus grand supermarché discount à deux cents bornes à la ronde et regarder Papy avec un air désespéré. Hocher la tête d’admiration devant le rangement façon Tetris de la Papymobile.

street art routier
Sur les routes de France
Les meandres du Rhone

J’en rêvais : le Palais idéal du Facteur Cheval

Le Palais idéal du Facteur Cheval a toujours été un mythe pour moi, depuis la lecture d’une courte biographie, extraite d’un livre qui fut mon meilleur compagnon durant de longs voyages estivaux. En deux pages, l’auteur raconte le projet fou de ce facteur qui, un jour, a ramassé un caillou. Puis un autre. Et encore un autre. Et qui a décidé de créer son Palais Idéal, seul dans son coin de campagne, au beau milieu de nulle part. Là, sans connaissances préalables, il a bâti suivant son instinct, ses envies. Ce qu’il voulait et comme il le voulait, avec la seule aide de sa brouette, de ses bras et de son génie. Il suit un imagier étrange, naïf et construit fantasmagories sur fantasmagories, noyant des tiges de fer dans du béton pour monter toujours plus haut, s’étendre toujours plus loin. Dix, vingt, trente années de labeur avec, en point d’orgue et sommet de son art, le monument funéraire de son épouse (où il repose également).

Le palais idéal du Facteur Cheval
Le palais idéal du facteur cheval

Je m’étais construit, en amont de cette première fois et au fil de mes années, ma propre conception de ce Palais Idéal, sans en avoir jamais vu une seule photo. Je voulais absolument découvrir de mes yeux propres, dans la réalité et ne pas me faire divulgâcher cette première fois. Dès lors, une fois passées les ruelles ô combien fréquentées de Hauterives et une fois acquittés les droits d’entrée afférents, que dire ?

Rien.

Les mots manquent pour exprimer ce que j’ai pu ressentir à ce moment précis, à cette minute où j’ai vu ce Palais des Titans, cette construction des Géants. Comment un homme seul, mené par sa seule volonté, a-t’il pu construire tout cela ? Au gré de mes pas, je découvre ici et là tout que j’avais lu dans les pages de mon livre. La brouette enchâssée, reposant pour l’éternité. Les Géants de l’île de Pâques, les messages destinés aux visiteurs, les mille et un détail intimes qui se dévoilent aux curieux.

Au champ du labeur
Le Palais idéal du facteur Cheval

Malgré la foule qui se presse, tourne, retourne, monte et redescend, il est possible de s’offrir une parcelle de solitude, une goutte de recueillement, entre deux galeries, sous un tunnel, sur la terrasse.

Fils, à mes côtés, s’extasie à sa façon, riant encore et encore, tandis que Papy, le nez plongé dans le livret d’explications, hoche la tête d’un air de fin gourmet. Se trouve-t’il quelques accointances avec le parcours improbable de ce Facteur devenu Architecte ?

Dans le palais idéal du facteur cheval
Fils à Cheval

Nous passons un long moment à nous promener, à explorer, à jouer, aussi, avant de saluer une dernière fois notre Facteur et de repartir déguster une glace sous le très, très chaud soleil drômois.

Le tombeau du facteur cheval
Le palais du facteur cheval

Le passage – obligatoire – à l’Office de Tourisme local donne lieu à une intéressante discussion sur les difficultés à mettre en valeur le reste du patrimoine régional lorsque qu’un lieu phagocyte autant les venues des voyageurs. Nous parlons de ce qui est fait, pourrait être fait, devrait être fait. Puis, avant de quitter Hauterives, nous allons regarder la tombe de Monsieur Cheval, étrangement peu fréquentée au regard des foules trouvées plus haut. La quiétude des lieux est d’autant plus appréciée qu’iceux sont ombragés.

Au revoir donc, l’Facteur.
Et merci pour le voyage dans tes rêves.

Les infos pratiques

  1. Le Palais idéal du Facteur Cheval se trouve à Hautesrives, dans la Drôme. L’entrée coûte 8€ pour les adultes, 5€ pour les enfants (gratuité en-dessous de six ans). Possibilité de louer un audioguide pour 2€ supplémentaire. Le lieu est ouvert toute l’année, dimanches et jours fériés inclus sauf les 25/12 et 01/01 et du 15 au 31/01 inclus. Le Palais ouvre à 9 heures 30 et ferme entre 16 heures 30 et 19 selon le mois (Source) Se garer peut être compliqué, n’hésitez pas à vous éloigner un peu et à découvrir les ruelles en y venant à pied ! Attention, lieu très fréquenté donc si vous avez l’occasion d’y aller hors-saison et/ou à des horaires décalés, la visite n’en sera que meilleure. Toutes les informations sur les façons de venir sont sur le site officiel.

  2. N’hésitez pas à aller voir la Tombe du Facteur Cheval, inscrite aux Monuments Historiques (et achevée à l’âge canonique de 86 ans, après huit années supplémentaires de travaux). L’itinéraire pour y accéder est fléché.

  3. Enfin, l’équipe de l’Office de Tourisme de Porte de DrômArdèche sera heureuse de vous accueillir et de vous renseigner : le Territoire regorge de belles choses à voir et il serait bête de limiter votre présence sur place au seul Palais !

Entre Drôme et Ardèche

Mon père et les avions

Depuis tous temps, et sans que je ne sache d’où vient cette passion, mon père est fasciné par les avions, qu’ils datent de l’époque antédiluvienne ou qu’ils soient des plus récents : tout ce qui vole avec des ailes et, de préférence, avec un moteur trouve Grâce à ses yeux. Le prix à payer pour cela ? En tant que Fils, ce furent de longs, très longs samedi et dimanche à sillonner les meetings aériens de l’Île de France (coucou la Ferté Alais). Ce fut également, lors de mon adolescence, un moyen de me rapprocher de Lui, à coups de Spitfire, Messerchmidt et autre Tempest, Hurricane, P38 et F4U Corsair, voire même de Mosquito et de P51 Mustang. Un petit coup de fil anodin pour connaitre certains détails techniques (c’était l’époque de la collection Avions de Panini, ceci expliquant cela) donnait invariablement lieu à une avalanche de digressions improbables, toutes plus délicieuses les unes que les autres.

Advienne que pourra

Détail d'un cockpit

Bref, vous devez vous en douter : loin de sombrer, cet attrait paternel pour l’aéronautique n’a fait que s’accroître tout au long des années. Aussi, je n’ai pu retenir un rire franc, profond et gras lorsque ledit Paternel, au second jour de notre voyage #RoadTrip3T, m’a indiqué la présence proche d’un rassemblement d’amateurs d’avion et m’a glissé, très sérieusement, que ce pourrait être une bonne idée d’y jeter un œil. Adieu donc, visite de la Brasserie repérée la veille et à nous les moteurs et vieux coucous, sous le regard très sérieux de Fils, qui partage – Je ne sais comment ! – ce goût de la mécanique avec son grand-père, ce qui donne désormais lieu, à chaque rencontre entre l’un et l’autre à de passionnantes, longues et savantes discussions sur les mérites comparés des Cheval Cabré, Taureau Rouge et autres Chevrons.

Un avion
reflet avion meeting

Du coup, nous passâmes donc une matinée très intéressante à déambuler, à écouter, à observer, scruter et interroger tous les bénévoles du coin. Nous eûmes même le droit à une visite privée des hangars et à un récit ultra-détaillé des pérégrinations d’un ancien avion de chasse devenu Canadair (quoique, je ne suis pas sur de ne pas m’embrouiller). Ceci étant, et bien que les avions soient très intéressants, deux choses restaient à faire et nous empêchaient littéralement de passer plus de temps là-bas :

  1. Manger
  2. Aller au Château de Crussol

La visite s’est déroulée dans le cadre d’un événement organisé à l’aérodrome de Saint Rambert d’Ablon par l’association AeroRetro. Surveillez le planning via le site officiel : http://www.aeroretro.fr/

Le long de la Via Rhona

Lorsque je suis tout seul, n’importe quel lieu, du moment où je peux m’y assoir, fait un excellent où se poser pour manger. Cependant, lorsque je voyage avec mon Père, mon Fils et la Papymobile, quelque part entre la Drôme et l’Ardèche, avec l’un qui a besoin d’un endroit où garer la dernière nommée et l’autre qui veut obligatoirement un toboggan et/ou une balançoire, la simplicité se barre fissa-fissa, jurant bien vite qu’on ne l’y reprendra plus. Heureusement, Papy, riche de son expérience, sait. Il a une sorte de flair exceptionnel pour dénicher les endroits idoines où s’arrêter, faisant allègrement fi de mes réflexions circonspectes et de mes conseils malavisés d’aller voir ailleurs. Et pourtant, sur ce coup, force m’est de constater que le Bougre a eu du nez. Décidant de s’engager sur un tronçon longeant le Rhône et faisant partie de la Via Rhona, il nous a trouvé LE spot idéal : une ancienne aire de jeux abandonnée, arborée et ombragée, avec de délicieuses tables vermoulues où poser avec majesté son séant et d’où observer en toute sécurité la Descendance s’ébattre.

La Via Rhona est une piste cyclable de 815 kilomètres de long, qui relie (peu ou prou) le Lac Léman, en Suisse, à la mer Méditerranée. Tous les détails sont sur le site officiel : https://www.viarhona.com/

Qu’elles étaient belles, ces minutes passées ici ! Qu’ils étaient riche en humanité ces moments tous les trois ! Les rires de Fils courant partout, le sourire satisfait du Papy, la quiétude et la tranquillité pour seuls compagnons, un thermos ouvert et fumant à côté de nous, le monde semblait s’être arrêté, pour nous offrir une parenthèse de bonheur, de repos, de concorde familiale. Ce sont des moments comme ceux-ci que j’étais venu chercher, ces moments qui composent notre histoire personnelle, dans lesquels on vient piocher lorsque la Nostalgie pointe le bout de son nez. On en prend un, parmi tant d’autres et on le savoure, on s’en délecte à petites bouchées, on le taille et retaille au gré des souvenirs.

Le long de la Via Rhona

Le voyage n’est pas toujours géographique : il peut aussi être intérieur.

Le château de Crussol

C’est un roc, c’est un pic, c’est un cap et même, sans abuser, une péninsule !

Et qu’est-ce donc ? C’est le château de Crussol, fière forteresse médiévale du XIIème siècle, qui domine la région environnante de l’Ardèche depuis son sommet et qui était, par la même, le programme de notre après-midi.

Le chateau de Crussol

La visite des châteaux avec mon Fils est une vieille et plaisante habitude. Entre le Haut Koenigsbourg, le Palais des Ducs de Guimaraes, celui de Porto ainsi que quelques autres irlandais, nous aimons marcher sur les rochers d’antan, imaginer les batailles de Jadis et jouer aux assaillants impétueux bien décidés à délivrer la princesse // tuer le Dragon // renverser le Donjon // repousser l’ennemi (rayez la mention inutile).

Pour le coup, la conquête de Crussol ne se fait pas aussi facilement que d’habitude. Si le but visé est simple à définir (le sommet, en l’occurrence), il est déjà plus compliqué de trouver le chemin le plus adéquat pour y parvenir : les sentiers se multiplient au gré des ruines. Certains serpentent sournoisement tandis que d’autres, gaillards, tracent leur vie en droite et cahoteuse ligne. Il convient donc de choisir sa voie comme son destin : avec prudence, sagacité et réflexion et, surtout, sans espadrilles ni mocassins, qui ne sont pas du tout (puissance dix mille) indiqués pour ce type de randonnée !

Une piece de Crussol
Les chemins de Crussol
Le chateau de Crussol

Après moult détours, nous retrouvons donc l’Abominable Homme des Ruines (aka Papy) au sommet. Là, dans cet ancien donjon, la vallée s’offre et se dévoile devant nos yeux enchantés. L’occasion parfaite d’un petit shooting photo, de quelques égoclichés et de découvrir que nous n’avons pas encore, en réalité, atteint le summum de Crussol : il est possible de continuer la visite autrement, via des chemins d’escapades, muraux, latéraux ou emmurés. Je laisse donc Papy et Petit-Fils discuter des mérites respectifs de l’enduit maçonnique du XIIème siècle et je pars explorer, en solitaire, ce sentier qui s’en va là-bas, au loin, et qui semble offrir une vue assez merveilleuse sur Crussol.

Sauf que.

Ce sentier est fourbe, sournois et tentant. Fourbe parce que mal défini. Sournois parce qu’il longe un à-pic dans lequel il ne faut en aucun cas tomber. Tentant parce qu’il est la promesse d’une vue sublime. C’est donc pas à pas que j’avance, en faisant fichtrement attention et en exagérant mes détours… Le tout pour mieux découvrir, au retour, que le « vrai » sentier (un GR !) passe de façon totalement sécurisée non loin de là et offre la même vue…

Le roc de Crussol

Bref, je shoote, m’ébahis, profite et repars le cœur léger retrouver Père et Fils, non sans une dernier regard pour l’Abîme, que je salue de très, très loin. Je garde aussi dans un coin de ma tête ce petit bout de GR croisé par hasard. Peut-être qu’un jour, nous nous retrouverons pour un peu plus longtemps ?

Crussol : les informations pratiques

  1. Le Château de Crussol est situé près de la commune de Saint-Peray, dans l’Ardèche. L’accès est libre, toute l’année (ce qui signifie que la visite est gratuite).

  2. Un très chouette accueil, qui fait également librairie, musée et glacier se trouve sur le chemin. Passez-y pour en savoir plus sur les lieux, comprendre ce que vous allez voir et découvrir la programmation culturelle et les activités proposées.

  3. Des chaussures de randonnées sont très, très recommandées. Faites également attention aux plus jeunes : le Château est un terrain de jeu(x) fantastiques mais il convient de faire cependant attention à ne pas trop tout escalader.

  4. Toutes les informations sont sur le site officiel : https://chateaudecrussol.com/

  5. Le GR 42 passe par là. L’occasion d’une longue randonnée : https://www.mongr.fr/trouver-prochaine-randonnee/itineraire/gr-42-de-saint-etienne-au-grau-du-roi-par-les-balcons-du-rhone

Le petit train de l’Ardèche

C’est avec un air gourmand que Papy.a m’avait prévenu : le dernier jour allait être spécial. Sa façon de parler, ses étoiles dans les yeux derrière ses lunettes et son petit sourire en coin étaient autant d’indices que de retrouvailles : celles du temps d’avant, quand il voulait nous faire une surprise qui fasse autant plaisir à lui qu’à moi, en sachant déjà qu’elle serait réussie. Seulement, le temps où il ne devait satisfaire que ma seule satiété est depuis longtemps révolu : il doit désormais composer de même avec son Petit Fils, donc le niveau d’exigence est déjà bien, bien élevé. Mais mon père est homme à relever les défis et il a mis la barre très haute puisque nous partons, en ce dernier jour, prendre le petit train à vapeur de l’Ardèche.

La locomotive du train de l'Ardèche

Situé sur une ancienne ligne locale, restauré et réhabilité par des passionnés, le Petit Train à Vapeur de l’Ardèche était depuis longtemps sur ma liste, sur la sienne et sur celle de Fils (sans qu’il ne le sache cependant, ce qui est fort pratique au demeurant). Fleuron du tourisme ardéchois, il attire les foules fascinées par ce voyage d’antan authentiquement enfumé, désireuses de se replonger, pour quelques heures, dans les grandes épopées ferroviaires du siècle dernier.

La vapeur de la locomotive
La plaque de la locomotive

Il faut dire que c’est un spectacle assez incroyable, relativement unique et pourtant profondément ancré dans notre culture populaire : l’attente sur le quai, les cris stridents de la locomotive impatiente de partir, les gestes rituels du chauffeur, le four affamé qui réclame son tribut de charbon, le lent staccato des roues et ces vas-et-vient incessants des pistons s’échauffant, la vitesse qui accélère tout doucement pour atteindre son rythme de croisière, ô combien relaxé. C’est un voyage dans un autre voyage, la géographique à la rencontre du Temps, de l’Histoire, du Passé. Les naïfs de mon genre comprennent vite qu’il ne faut pas trop traîner sur les plate-forme des wagons, au risque de se prendre fumée(s), poussière(s) et autres indésirables dans les yeux. Il vaut cent mille fois mieux s’installer confortablement sur un banc (voire même s’y allonger pour dormir, comme Fils l’a expérimenté) et se plonger dans le paysage. Les rails suivent un cours d’eau tantôt paresseux tantôt fou. On voit se dessiner, l’espace d’un instant, des vies attrapées au vol, au gré des rives. Ici, c’est une écluse, là-bas, un pont. Des bribes d’humanité se cachent entre deux arbres, à un arrêt, derrière une maison. On observe, complices involontaires, les retrouvailles à chaque stop, quand les roues freinent et que les portes s’ouvrent. J’essaye d’écrire quelques lignes mentales, de figer quelques instantanés mais je suis alpagué par la joie filiale, par cette excitation nullement contenue de prendre « le vieux train de Papy ».

Le train de l'Ardèche

Celui-ci, d’ailleurs, profite autant que nous. Je le sens nostalgique, heureux d’être là, désireux de partager avec nous, à mots couverts d’une pudeur bien personnelle. Je présume que si je lui en donnais la possibilité, il serait capable de me raconter l’Histoire de chacun des boulons de cette voie ferrée, de me narrer la fois où il a rencontré un Chef de Gare dans la Creuse, en août 1989, pour comparer les mérites respectifs de deux modèles de locomotives soviétiques. C’est ainsi qu’il est : encyclopédique, peu expansif mais passionné. Et aimant, aussi. A sa façon.

Le numéro de la locomotive

Au bout de trois heures, le train arrive au bout de sa ligne. Parti de Tournon de bon matin, l’heure est donc venue pour lui de se retourner (littéralement) et pour nous d’aller explorer la riante cité de Lamastre (où se trouvent moult brasseries), terminus d’une journée. Nous n’avons, en réalité, que le temps de chercher où nous sustenter, de rire devant quelques vitrines très drôles, avant de repartir (re)faire le même trajet, où tout ce qui était à gauche à l’aller se retrouve donc désormais à droite (et vice-versa). Ce coup-ci, Fils déclare forfait et finit par s’endormir sur l’un des bancs de bois de notre wagon, d’un sommeil du juste (après m’avoir poussé dans les ultimes retranchements de ma capacité à supporter ses excursions sous les desdits bancs dudit wagons, excursions d’où il revenait encore plus noir que s’il avait plongé dans la cheminée de la locomotive).

Les ponts de l'Ardèche
Les ponts de l'Ardèche

Tout au long de ce retour, le temps s’étire, se fait élastique. Je me surprends à être surpris, presque frustré, par cette lenteur, par ces minutes qui semblent interminables. Le paysage défile lentement, si lentement qu’on pourrait presque le caresser, l’attraper, le saisir. Tellement habitué à la rapidité usuelle des transports contemporains, j’en deviens étonné d’une telle allure de tortue. C’est donc ça, le train d’avant ? Une époque où les trajets se comptaient presque plus en jours qu’en heure, où le moindre périple devait ressembler à une Odyssée, longuement préparée, longuement anticipée. Et comment faisaient donc les familles parties pour traverser la France ? Comment s’occupaient les enfants ? Les parents étaient-ils plus patients que maintenant ?

Les arches de l'Ardèche

Un dernier coup de sifflet, quelques derniers nuages de fumée, un ultime grincement de rouages et la locomotive s’arrête pour la journée. Les foules descendent des wagons et retourne, à pas retenus, sans hâte, vers le parking, vers les voitures, vers la vie réelle. C’était une parenthèse enchantée, en chantier, en bordure de l’existence. Un voyage dans le temps, lentano et de tout repos.

La loco motive

Pour nous aussi, le voyage touche à sa fin. Il est désormais temps de boucler la boucle, d’enquiller nos derniers kilomètres et de repartir vers Annecy puis, plus tard, vers le Sud. C’était la première fois que nous partions ainsi ensemble, sur trois générations, sur trois jours.

C’était la première fois.
Et c’était bien.
Si bien !

Infos pratiques sur le train

  1. Le petit train de l’Ardèche est une ancienne ligne de chemin de fer, construite au XIXème siècle, entre 1886 et 1890 et finalement inaugurée en 1891. Elle relie Tournon-sur-Rhône à Lamastre et est dédiée aux voyages touristiques depuis 1969.

  2. Il y a pléthore de possibilités pour voyager le long de la ligne, selon les événements, la durée de votre séjour, vos montées et descentes, la période de l’année. Toutes les informations sont regroupées sur la page « Horaires et Tarifs » du site officiel : https://www.trainardeche.fr/horaires-et-tarifs/

  3. Pour notre part, nous avons réalisé l’intégralité du voyage, de Tournon à Lamastre, sur une journée, avec un départ à 10 heures 15 (arrivée à Lamastre à midi) et un retour vers Tournon à 15 heures 15 (pour une arrivée vers 17 heures). Le prix par adulte est de 22€50 et c’est gratuit pour les enfants de moins de dix ans : https://www.trainardeche.fr/mastrou/

  4. Pour les fans de la Petite Reine, il est possible d’embarquer à bord du train avec son vélo et de rejoindre la Dolce Via, une voie cyclable présentée ainsi »90 km de voie douce aménagée et sécurisée, au cœur des paysages préservés et des grands espaces naturels de l’Ardèche« . Tous les détails sont à retrouver sur le site https://www.dolce-via.com/fr/

  5. Pour manger à Lamastre, n’hésitez pas à vous promener : de nombreux restaurants proposent des menus adaptés. Le temps alloué avant de reprendre le train est largement suffisant pour faire un (très) bon repas, notamment autour de la Place Charles Seignobos. On trouve également de belles et bonnes bières dans les boutiques de la ville.

  6. Attention, pour les plus jeunes, le trajet peut être long. Prévoyez de quoi les occuper, entre deux sessions d’admiration du paysage !

L’échappée trémoussante : un petit paradis

Il fut un temps où les voyages avec mon père passaient immanquablement par des logements… atypiques. Il y eut – une seule fois ! l’expérience Formule 1, vite remplacée par la chaîne Première Classe. Puis vinrent les chambres d’Hôtes, réparties sur l’Hexagone, en parallèle des immanquables campings estivaux.

Cette fois-ci, Papy a fait très, très fort : il a déniché, au beau milieu de nulle part, un petit coin de paradis loin de tout, sis dans un décor exceptionnel : l’Echappée Trémoussante, une chambre d’hôte située dans la Drôme, avec une vue exceptionnelle sur le Massif Central et le Pilat (https://www.chambresdromedetente.fr/ et/ou https://www.gites-de-france-drome.com/chambre-d-hotes-a-saint-barthelemy-de-vals-dans-drome-des-collines-26G295720.html

La vue depuis l'échappée tremoussante

Encore plus fort, il a réussi à nous faire dormir, non pas dans une chambre mais bel et bien dans un Mobil-Home, avec petit déjeuner, télé, jardin (et sauterelles). Un aménagement génial qui a rendu Fils heureux (à un point assez inimaginable). Attention : vélo ou voiture obligatoire pour y accéder (et j’apprends, en contactant la propriétaire, que le mobil-home n’est plus à louer, hélas).

Le coucher de soleil


Nous y avons passé des instants délicieux, à regarder les étoiles, à savourer une boisson devant le soleil couchant ou a faire sortir les sauterelles de la maison, sous le regard bienveillant des vaches voisines. Bref, je recommande très, très fortement d’autant plus que Nathalie, la gérante, est d’une gentillesse et d’une disponibilité absolue

Le mot de la fin

Ce voyage a été intégralement organisé par Papa // Papy et n’a donné lieu à aucune collaboration spécifique ou aucun avantage particulier. Les visites, repas et hébergement ont été payé de notre poche et donc aucun lien et/ou contenu de cet article n’a de visée marketing et/ou promotionnelle. Je n’exprime ici qu’un avis subjectif et personnel. Si vous avez aimé, vous pouvez m’acheter un café en remerciement !