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Parlez-vous Bébé ?

Areuh, areuh !

Ça commence un jour avec quelques babillements étranges. Des sons louches, aigus et distordus. Ça continue ensuite par des onomatopées, des sonorités bancales, tantôt joyeuses, tantôt interrogatives, tantôt pleurnichardes mais toujours pleine de vie. Ensuite vient le temps des constructions plus alambiquées, audacieuses, incertaines. Et toujours, au bout du compte, cette volonté unique : COMMUNIQUER !

Il y a toujours une première fois

Je me rappelle encore de la première fois. Il sortait du bain, tout mouillé, tout fatigué. Nous venions de passer une bonne dizaine de minutes à jouer, à faire la torpille dans la baignoire. Juste après l’avoir emballé, je l’ai soulevé, posé contre mon torse puis porté, tout doucement, en l’air, presque à bout de bras. Et c’est là que c’est arrivé. Une seconde merveilleuse, gravée pour l’éternité.

Son premier rire, doux et cristallin, qui est monté dans l’air avant de s’éteindre tout doucement.

J’ai ouvert de grands yeux émerveillés, heureux de créer un pont avec mon fils, heureux de pouvoir provoquer sciemment une réaction, heureux de le voir rigoler, s’esclaffer, s’amuser. En effet, jusque là, nos échanges vocaux n’étaient guère des plus constructifs. Assis l’un en face de l’autre, nous échangions quelques borborygmes barbares construits autour de « Gnagneuh, « Baboulebébé » et autres « Azezigouzou, roudoudoutourouxlapinouchouhou », des fois chantonnés, des fois susurrés, toujours enamourés.

Je co-mmu-ni-que

Dès lors, j’ai compris que Petit Homme grandissait et quittait doucement le stade du nouveau-né tout mignon pour se diriger, à son rythme vers les prochaines étapes de son existence. S’il fut compliqué de faire mon deuil de ce nourrisson, les réjouissances à venir furent la récompense au multiple de cette peine bien passagère.

Petit à petit, les choses ont commencé à se préciser. Des doigts levés vers l’inconnu, accompagnés de « E’gad ». Un petit « mama » et un doux « papa » prononcés à dessein pour attirer notre attention parentale. Des tentatives pour prononcer le nom de Pitchoune (mais qui résultent bien souvent en un cri aigu et strident, assez insupportable). Des locutions telles que « rourour » servent à désigner tous les oiseaux tandis que « boubou » concerne le comestible dans son ensemble et que « Pin Pon » a à voir avec les véhicules motorisés.

Bavi – Nanananana

Cependant, ce qui me rend actuellement le plus dubitatif, inquiet, heureux, satisfait, effrayé, c’est encore la découverte par Fils des concepts de OUI et NON. Comme Môssieur est en mode enregistreur et que son cerveau est, telle une cassette vierge, prêt à tout retenir, il prononce littéralement tout ce qu’il entend (ou presque) pour le remixer à sauce, version DJ Bambin.

Du coup, mes sibyllins « Bah oui » et « Non, non, non » se retrouvent transformés en « Bavi » et « Nanana », servant respectivement à exprimer l’acceptation et le refus. Cela ne serait pas choquant s’il n’avait pas compris – bien trop vite – l’application pratique de ces concepts. Il se trouve donc désormais qu’il refuse tout net de manger quelque chose, agitant donc son petit doigt en faisant « NANANANANA » avant de verrouiller sa bouche tel un coffre-fort helvète. Et comme je ne suis pas du genre à casser des dents avec une cuillère pour faire ingérer des repas, cela donne des scènes très intéressantes.

Et donc, parlez-vous Bébé ?

Chaque jour passant, la maîtrise de ce nouveau jouet qu’est le langage va en avançant. De nouvelles expressions, de nouveaux acquis et tellement d’inconnues pour moi qui tente de saisir les nuances de ce petit être si avide d’échanger et de s’exprimer.

Je crois même que, si cela venait à être inventé un jour, je ne voudrais pour rien au monde pouvoir comprendre instantanément ce que veulent dire ces intonations lâchées au creux de l’oreille, hurlées, criées, chuchotées.

C’est si beau de découvrir.
C’est si beau de penser deviner.
C’est si beau de voir son fils grandir. Tout simplement.