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New York, volume 36

New York en 36 photos, pensées, anecdotes.

New-York en 36 photos, c’est la volonté de résumer une semaine en famille dans la plus folle, la plus démentielle, la plus imprévisible de toutes les mégalopoles nord-américaines. Au-delà de tout ce qui a déjà été dit sur la Grosse Pomme, j’essaie ici d’offrir un regard : le mien. De tout ce que j’ai photographié pendant le séjour, seules 36 photos ont « survécu » pour arriver ici. 36 photos pour autant d’instantanés pris ici et là, au gré de nos balades, de Bushwick à Manhattan, de la Highline au Top of the World. 36 photos pour 36 raisons, 36 histoires , 36 souvenirs de New-York.

Dans le fatras d’un chaos urbain hors de toute proportion. Quand nous marchons, ce matin-là, la ville semble, comme d’habitude, frénétique. Les trottoirs sont remplis, les voitures klaxonnent, la police et les taxis faisant office de repères habituels dans le fleuve mécanique. New York, c’est aussi ça : du mouvement constant, presque perpétuel, infini. La ville qui ne dort jamais ne connait pas la mesure.

Un soir, à Central Park, le second de notre séjour. Nous prenons à peine nos marques, encore un peu fatigués. Pourtant, quand nous sommes arrivés dans le Poumon Vert, la seule chose qui était visible sur nos visages était le bonheur. Bonheur d’être là, bonheur de retrouver New York, bonheur de pouvoir contempler la skyline de Manhattan au soleil couchant, sur le Réservoir. Les nuages tracent des arabesques folles et s’étirent vers l’infini. Les tours se dressent pour les caresser, les attraper, les effilocher. Retrouvailles en noir et blanc d’une ville qui ne saurait pourtant l’être. 

Toujours et encore plus haut. C’est depuis le sommet du Rockfeeler Center que j’ai capturé la construction de cette Tour de Babel des temps nouveaux. Dans un monde où la verticalité tend – par moments – à disparaître, New York n’en fait qu’à sa tête. Il faut construire, il faut grandir, aller toujours plus, toujours plus loin, quitte à installer des grues qu’il faudra encore surélever. Folie.

Attraper un torticolis depuis le bitume, la tête tournée vers le ciel. Une camera semble regarder ce que je regarde. Pourtant, ce n’est pas son objectif que je recherche. J’ai juste envie de me laisser emporter, de quitter le sol tout doucement, faisant le chemin inverse de la feuille qui tombe. S’envoler et aller se poser tout là-haut. Vieux rêve du bipède solidement ancré sur le bitume américain.

Les écureuils sont à New York ce que les pigeons sont à Paris : les compagnons du quotidien. Ils hantent le moindre espace vert de la ville, de la minuscule pelouse de Brooklyn aux immenses jardins de Manhattan. Il y a les hardis, les timides, les quémandeurs et les sauvages. Celui-ci, rencontre fugace, ne semblait pas spécialement vouloir engager la conversation. Il est venu comme pour vérifier que nous n’allions pas l’embêter avant de bondir, avec panache, vers son recoin habituel. Les petits instants qui deviennent de grands souvenirs.

Le pont de Brooklyn semble être un passage obligé pour tout touriste qui se respecte. Au-delà de l’aventure que représente son interminable traversée, entre selfies suicidaires et vélos agacés, j’ai été impressionné par l’absence absolue de cadenas, en opposition à Paris, qui fut un temps envahie. En cette nuit de lune rouge, je me suis dit qu’il ne serait peut-être pas si mal de faire pareil de par chez nous ?

Je n’étais pas allé à New York depuis 2008 et je n’avais pas souvenir de ce bâtiment à proximité du WTC. Est-ce la queue d’une baleine citadine plongeant dans les entrailles bétonnées de la ville ? Est le nez d’un avion canard ? Une arrête de poisson géant ? En tout cas, ce fut le premier contact, à la lumière du jour, entre ma famille et NYC. Des yeux écarquillés, un torticolis instantané et un agent de police qui offre son écusson à Fils aussi heureux qu’incrédule. 

Les styles architecturaux de New York sont une source de joie inaltérable qui prend le temps de lever la tête et de rechercher l’incongru. En-dehors des cages d’escaliers extérieurs et des citernes sur le toit, tout le reste semble cohabiter et vivre sa propre vie sans trop se soucier des voisins. Je suis incapable, en revoyant cette photo, de dire où elle fut prise et quels sont les bâtiments qui y apparaissent. Un instantané photographié, oublié, une seconde figée.

De tout le séjour, je crois que la journée à Coney Island fut la plus belle. Je gardais un souvenir délicieux de mon premier passage ici, en août 2008. De fait, dix ans après, rien n’avait changé. Certes, le Luna Park était fermé mais quel bonheur que d’être sur une place, un jour d’octobre, de voir les enfants rires et courir dans le sable ! Si enlever les chaussures fut interdit (la plage était bourrée de verre cassé), Pitchoune n’a eu de cesse que de courir alternativement entre la Mer et le Fronton, vers cette Grande Roue qui offrira peut-être, un jour prochain, une autre vue sur Coney Island la douce, la tranquille, la belle.

Me croirez-vous si je vous dis que cette photo est prise du sommet du Rockfeeler Center ? Quand le tout-en-haut rencontre le tout-en-bas, que l’immensité devient minuscule. J’ai un attachement profond pour ce cliché, attrapé au bout du bout, avec mon 300 millimètres. Quelques taxis, quelques voitures, des gens qui vont et viennent, sans savoir que leur existence a été capturé, le temps d’un clic, par un touriste émerveillé, perché tout en haut d’une tour, là-haut, si loin et si proche en même temps. Les frontières sont abolies par un objectif, par un déclic. Sans demander.

Pouvions-nous aller à New York sans aller saluer Dame Liberté ? Impossible, n’est-ce-pas ! Nous nous devions d’aller présenter nos cordiales salutations à ce symbole vivant de la légendaire hospitalité nord-américaine. Si nous fîmes l’impasse sur le Débarquement, nous sûmes profiter d’Ellis Island et de son fabuleux musée. En attendant, il m’a fallu ruser pour réussir à capturer cette vue entre trois perches à selfies et mes enfants fascinés.

Bushwicks et son street-art. Une excursion surprise, organisée d’une main de maître par #DeT qui savait que je voulais et qui fait en sorte que je puisse. Pendant une matinée entière, nous avons déambulé dans ce quartier où je suis devenu fou à courir partout, à chercher les œuvres, incrédule devant tant de richesse et de créativité artistique. Je ne sais pas comment le quartier va gérer sa gentrification quasi inévitable mais je rêve de le voir inchangé lorsque nous reviendrons, dans un jour ou dans dix ans.

Se promener sur une ancienne voie de chemin de fer traçant son chemin au-dessus de Manhattan est une expérience des plus étranges. Dans une scénographie assez improbable, il devient possible de devenir – littéralement – spectateur de la vie new-yorkaise. S’asseoir sur un banc et mettre sur iG la vie qui s’en va : c’est un véritable choc des cultures entre les générations qui se croisent au gré des arrêts, toujours bien mis en scène, offrant des perspectives improbables et des cadres préfabriqués pour le meilleur cliché possible. Pourtant, c’est que j’ai préféré, c’est la vue sur ces trains, personnages oubliés au Royaume de la Voiture. Qu’attendent-ils ? Où vont-ils ? Nous sommes sur ce qui fut leur chemin et qui est désormais le nôtre. L’inverse sera-t’il vrai un jour ?

Ellis Island. Pendant que #DeT et Pitchoune emmagasinent les connaissances dans le musée éponyme, je suis sorti de là avec Fils pour qui l’émigration américaine probable de son arrière-arrière grand père ne présente aucun d’intérêt qu’une assiette de brocolis bouillis à la sauce à la menthe. Du coup, nous sommes allés dire bonjour aux oiseaux, aux mouettes chieuses qui tapent la pose devant la Skyline de Manhattan. Savent-elles qu’elles profitent au quotidien d’un spectacle pour lequel beaucoup seraient prêts à vendre âme et rein pour ne le goûter ne serait-ce qu’une seule fois ?

Bushwicks, encore. Une oeuvre massive qui attire, qui magnétise, qui impose. Les enfants se sont grattés la tête, Pitchoune a eu un petit mouvement de recul et Fils a demandé ce qui se passait. Pas évident d’expliquer le message de l’auteur à un petit garçon de trois ans qui vit sa première épopée en Amérique du Nord !

Au pied des tours, vers la fin (ou le début, c’est selon) de la Highline. L’impression d’être une fourmi urbaine dans un univers de géant. D’ailleurs, cette impression est encore plus prononcée qu’au cœur des buildings. Se promener entre iceux, c’est comme avancer dans un corridor géant, rectiligne, régulièrement entrecoupé de rues perpendiculaires, sans aucun recul possible. Avoir un peu de recul, c’est se rendre compte que nous ne sommes rien, des poussières urbaines. Des choses minuscules.

Je voulais le voir de nuit, lorsque le soleil se couche : las, il n’y avait plus de place. C’est donc de jour que je l’ai retrouvé, toujours là, toujours aussi présent, comme un marqueur qui se figerait pour l’éternité. Il ne semble manquer qu’un certain singe et sa nuée d’hélicoptères-moustiques pour que le tableau soit complet. Salut, Empire State Building ! C’était bon de te voir à nouveau.

Que pensez-vous que font des enfants qui croisent de drôles de boîtes qui tirent la langue ? Exactement la même chose, en faisant moult et moult grimaces toutes plus réjouissantes les unes que les autres. Heureusement, d’ailleurs, que la promenade de Bushwick offre une immense variété artistique car cette promenade sensée être familiale commençait à tourner à l’odyssée solitaire, tout emporté par ma joie et mon bonheur d’être là. 

Des citrouilles, des citrouilles, des citrouilles ici et des citrouilles là, des citrouilles partout. A l’approche d’Halloween, New York prend une délicieuse teinte orangée et il est possible d’acheter, n’importe et n’importe quand, sa citrouille. Les pauvres finiront creusées, évidées, découpées, le tout sans aucun remord et avec un immense sourire carnassier.

Jouer avec les réglages de l’appareil photo. Contempler New York avec un nouvel oeil. Changer les perspectives et les couleurs. Sous un ciel gris de mine, les buildings grattent le ciel. Spectacle commun que s’offrent les foules touristiques. Spectacle inoubliable !

J’ai toujours eu une fascination extrême pour le street-art américain, si riche, si surprenant, si habile à casser les codes et se réapproprier le patrimoine national pour en tirer le pire (et en faire le meilleur). Ce quatuor d’exception, situé à proximité de Coney Island, en est une certaine preuve. Un Mickey carnassier, un Ronald obèse, un Télétubbies effrayant. New York est considérée par certains comme une rebelle, aussi représentative des USA que Broutignoux sur Orge l’est de la France. Je crois surtout que New York n’offre qu’une facette bien spécifique des Etats-Unis, pays continent qu’il est impossible de cerner, de saisir, de capter au premier regard.

De retour sur le Réservoir, de retour à Central Park. Un autre regard qui diverge, offre une perspective différente. Où sont les buildings ? Où sont les gratte-ciel ? La ville se fait apaisante, apaisée, calme. Les arbres jouent aux ombres chinoises avec les derniers rayons du soleil et les promeneurs du soir regardent, sans parler, l’astre déclinant. Le jour se termine et la nuit arrive. Elle sera longue, comme toutes celles de New York.

Le périscope regarde l’enfant. L’enfant regarde le périscope. L’un et l’autre s’observent. Ne serait-ce pas là une sorte d’allégorie, un questionnement sur le rapport entre le voyageur et le voyageur, entre le local et celui qui veut vivre comme lui ? Cet espèce de voyeurisme qui déteint sur chacun de nous lorsque nous sommes plongés, de façon si infime, dans le quotidien des habitants ? Mais alors, en réalité, qui sommes-nous ? Celui observe, caché, en toute connaissance de cause ou celui qui regarde, en pleine lumière ?

Intégrer une oeuvre et lui donner une autre dimension en la faisant interagir avec l’environnement urbain : je suis amour, en un mot comme en cent. Le street-art se veut par moments politique, poétique, contemporain. On peut en discuter pendant des jours, des mois, des années. Pourtant, à mes yeux, rien n’est plus beau que ceci : faire rêver, ouvrir de nouveaux terrains de jeux, de rêves, d’envies. Qui veut descendre avec cet explorateur urbain ?

Le Melting Pot new-yorkais n’est pas une légende et cela se vérifie lorsqu’arrive l’heure redoutée du repas. Où aller donc ? Manger les tapas mexicains ? Les nouilles chinoises ? Tester la cuisine nippone, française ? Essayer le vrai hamburger américain ? Ce jour-là, nous fîmes nos emplettes au Farmer’s Market d’Union Square. Notre repas fut européen, côté est. Autour de nous, des écoliers écoutaient, leurs fiches à la main, un agriculteur expliquer ce qu’était une tomate, comment cela poussait. Pitchoune a eu du mail à saisir que les marchés alimentaires, si courants chez nous, avec leurs étals regorgeant de légumes frais (et biologiques) sont une attraction touristique et un point d’interrogation majeur pour bien d’autres personnes. C’est aussi cela, le voyage : apprendre à se situer, découvrir des points de comparaison, confronter des existences, des expériences, des connaissances.

Comme une aiguille plantée dans le béton, comme un doigt dressé vers le ciel : New York me fait penser à une pelote d’épingles géantes, hors de toutes proportions. La verticalité systématique, la recherche de la hauteur, une occupation minimale de l’espace au sol et une rentabilité qui se veut droite. La Grosse Pomme ne serait-elle en fait qu’une ville de champignons anémiques ayant perdu leurs chapeaux au fil des saisons ?

Le street-art n’est pas que peinture. Il se veut aussi facétie, jeu, détournement. Le chat cherche la souris. La souris fuit le chat. La cage de métal devient terrain de chasse, terrain d’expressions, terrain d’exposition. L’artiste sublime un rien pour en faire un tout, en un tour de passe-passe bien malin. Suis-je donc le chat qui pourchasse ou la souris pourchassée ? Est-ce moi qui parcourt New York et Bushwick ou est-ce Bushwick qui passe à travers moi ?

Un jour, j’ai découvert Washington Square et ce jour-là, je suis tombé amoureux. Amoureux de cette ambiance, de cette atmosphère, de ces petites rues et de ces vieux bâtiments, de ce jardin où un chœur d’opéra chante non loin d’un guitariste. Je voulais y être pour mon anniversaire. Nous y sommes allés et presque rien n’avait changé, dix ans après. Nous nous sommes assis sur un banc, serrés les uns contre les autres dans le vent matinal et nous avons écouté ce chanteur lâcher ses notes au fil du vent. Petit moment de bonheur intense, sentiment égoïste d’être revenu chez moi. Washington Square, ici repose mon cœur. 

Lorsque revient la navette d’Ellis Island et quand soufflent les caprices d’Eole, les foules fatiguées restent à l’intérieur, soucieuses de leur santé et du programme nocturne à venir. Savent-elles, ces foules, que s’offrent à ceux qui sont dehors, la plus belle des vues, un spectacle mondialement connu et recherché ? L’approche de Manhattan par la voie maritime est un souvenir exceptionnel, à mesure que s’approchent la rive et les bâtiments. J’étais seul sur le pont. Seul et heureux. New York était à moi. Rien qu’à moi. A moi seul.

Souvent, cette question fut posée : aller à NYC avec des enfants, est-ce vraiment une bonne idée ? La réponse est simple, limpide et évidente : OUI, OUI, mille fois OUI ! Je voudrais que vous soyez avec moi, au jour le jour, pour écouter Fils me narrer ses souvenirs. Je voudrais que vous voyiez la joie dans ses yeux, ses sourires coquins et ses questions incessantes, pour savoir quand nous y retournerons. Coney Island n’est qu’un terrain de jeu parmi tant d’autres, à un jet de métro de Manhattan mais c’est une étape obligatoire pour qui veut fuir, le temps d’une journée, la frénésie locale.

Découvrir New York à trois ans, c’est avoir les yeux ouverts en permanence, vivre chaque instant au summum de la curiosité et de la fascination. Faire coucou aux policiers, courir sur les promenades, saluer les écureuils et faire une petite sieste dans la poussette, le soir, avant d’aller manger une glace à Times Square. C’est croquer la Pomme à pleines dents, se l’approprier, la faire sienne. La fierté d’un Papa, les rires d’un enfant.

Courir, encore. Appeler Papa pour poser une question. Se réfugier contre Maman. Aller tenir la main de sa grande sœur. Jeter des petits regards derrière soi pour être sur que tout le monde suit bien.S’offrir la liberté de courir, tout droit, sans s’arrêter. Ce jour-là, nous avons touché du doigt une certaine forme de bonheur, une satisfaction familiale rare, précieuse, idéale. Un vrai moment partagé, ressenti et aimé de chacun d’entre nous. Peut-être aurait-ce pu être à Palavas-les-flots mais c’était à New York (et c’est encore plus beau).

Le fer à repasser officiel de New York City, qui attire les foules intriguées et les papas curieux. Ma famille n’y jette qu’un coup d’œil distrait, plus attirée par le jardin proche et la promesse du repas que par cette architecture étrange qui semble défier les lois de la physique. Pas de problèmes, nous y reviendrons. Après tout, il ne risque pas de s’envoler, ni de disparaître !

Me faire pourrir mes photos par des perches à selfies est devenu une habitude lors de ce séjour new-yorkais. Pour autant, découvrir au retour qu’une mouette s’est incrustée sur mon cliché, cela fut plus drôle et surprenant, surtout lorsque ce cliché fut pris pour échapper à la discussion interminable d’un papa belge croisé par hasard, avec qui nous avons parlé longuement en anglais (avant de découvrir notre francophonie réciproque). J’avoue avoir craqué lorsque le sujet de conversation a dévié sur l’historique cinématographique de Woody Hallen, après une bonne vingtaine de minutes de ressentis respectifs sur notre expérience américaine.

Les décorations d’Hallowen ont été une source de joie, d’étonnement, de peurs et de rires pendant toute notre séjour new-yorkais. De la simple citrouille à la mise en scène la plus macabre, ce fut un plaisir que d’errer au fil des rues, attendant avec impatience ce qu’allait dévoiler le prochain porche, la prochaine porche, le prochain immeuble. Quand la ville se fait scène de spectacle, avec la complicité de ses habitants, que demander de plus ?

Le roi et la reine de Washington Square. Les joueurs attendent ceux qui mettront la main à la poche pour les défier, le temps d’une partie. Échec et mat garanti !