La Wallonie en famille

Cedric Tinteroff - @FromYukon

La Wallonie en famille

La Wallonie en famille

Cedric Tinteroff - @FromYukon
Photos : Cedric Tinteroff - Tous droits réservés
12 juillet 2019

Connaissez-vous la Wallonie ?

Une région francophone, située au sud de la Belgique, qui comporte cinq provinces (Liège, Hainaut, Namur, Luxembourg, et Brabant Wallon), d’une superficie de 16 844 km², habitée par environ 3 600 000 d’âmes et dont Namur est la capitale.

Ces dernières lignes, tirées de Wikipedia, sont ce que nous avons appris en recherchant quelques informations. Pourtant, aussi intéressantes et pertinentes soient-elles, ces informations ne sont pas celles que nous, que je recherchais en préparant cette première fois. Ce que je voulais savoir, c’est ce qu’est vraiment la Wallonie : un territoire, un rêve, une envie, un fantasme, un motif de voyage, une raison de se réjouir ?

Après une petite semaine à sillonner la région, je crois avoir une toute petite première idée. De Waterloo à Namur, de Dinant à Tournai, les yeux grands ouverts et les oreilles tendues, j’ai observé, écouté, noté et photographié. J’ai pris le temps de discuter, d’interroger, de relancer, de questionner. Par envie, curiosité et intérêt. Parce que c’est intéressant, de savoir ce que les gens pensent de là où ils habitent, dans ce pays si jeune qu’est la Belgique.

Et la réponse est là, nette, claire, limpide : la Wallonie n’est pas la Flandre, n’est pas la France. C’est, simplement, tout simplement, la Wallonie.

Et c’est déjà énorme !

Waterloo, dans l'ombre du passé

L’Angleterre, c’est un pays extraordinaire. Ils sont complètement fous ! Chez nous, toutes les rues portent des noms de victoires: Wagram, Austerlitz… Tandis que là-bas: Trafalgar Square, Waterloo Place… Ils n’ont choisi que des noms de défaites !
Alphonse Allais

Commencer un voyage à l’étranger en visitant ce qui est probablement la plus emblématique des défaites militaires françaises, serait-ce un signe de notre tendance hexagonale au masochisme et à l’auto-dépréciation ? Venir en touriste là où se consumèrent les dernières forces, les dernières braises, les dernières flammes de ce qui fut la Grande Armée, s’imaginer le fracas des armes, le tonnerre de feu craché par les gueules des canons, tenter de retracer les mouvements des armées écartelées, chercher Grouchy et trouver Blucher, jurer comme Cambronne et réciter, à voix très basse, du Victor Hugo dans le texte: un voyage à Waterloo, c’est tout cela et, en réalité, bien plus encore.

Depuis plus de deux cents ans, ne résonnent plus les pas des soldats et se sont tues les explosions de l’artillerie. Pourtant, dans cette région, les récits sont encore bien vivaces et ancrés autant dans les mémoires que dans le paysage. Il faut dire aussi que tout est fait pour attirer le voyageur curieux et l’instruire du mieux possible, afin qu’il puisse savoir en toute sérénité ce que fut réellement la bataille de Waterloo, depuis les enjeux politiques jusqu’au déroulement très précis du combat. Ainsi, un parcours spécifique a été créé pour mettre en lumière les différents protagonistes et apporter un éclairage bienvenu, pas seulement axé sur les armées, autour de huit attractions et musées, regroupés sous l’innocente appellation de « Pass 1815 ».

Visiter Waterloo 

Situé à environ trente minutes en voiture de Bruxelles, la belle capitale belge, le site de Waterloo, qui est réalité une mosaïque de lieux, se visite vraiment plus simplement avec un véhicule, ne serait-ce que pour se rendre d’un endroit à un autre. Si vous n’êtes pas motorisés,différentes options restent possibles avec une préférence pour le bus, avec le billet « Libre parcours d’un jour » qui, pour 10€, permet d’utiliser tout le réseau du TEC. Sachez qu’une journée peut suffire à faire votre tour, en fonction de vos envies et attentes !

Comme nous ne savions pas trop à quoi nous attendre, d’une part et que, d’autre part, notre redoutable #DeT était encore en phase d’acclimatation avec la conduite wallonne, nous avons décidé de ne pas trop nous éparpiller et de nous concentrer sur deux visites principales : le Musée Wellington et le Mémorial 1815.

Le musée Wellington

Le premier nommé, le Musée Wellington, est l’ancien Quartier Général d’Arthur Wellesley, duc de Wellington, Premier Ministre du Royaume-Uni (et maréchal de l’armée portugaise). C’est ici, dans cette bâtisse datant de 1705, qu’il séjourna deux nuits et rédigea – notamment – le communiqué de la victoire. La visite est intéressante, avec une mention spéciale pour le livret destiné aux enfants, qui permet une approche ludique du contexte et de l’époque. Ne ratez pas d’aller visiter le bâtiment adjacent qui recèle des expositions temporaires assez chouettes. Jetez également un oeil à une curiosité située dans le jardin : la tombe de la jambe du général William Paget, lord Uxbridge.

Le Mémorial 1815

C’est dans un cadre autrement plus étendu que se trouve l’exceptionnel musée du Mémorial 1815. D’ordinaire, je ne suis pas un fana des musées militaires, surtout avec des enfants mais, pour le coup, nous avons été bluffés par celui-ci : moderne, accessible, ludique, animé. C’est presque un sans-faute qui m’a fait regretter de ne pas avoir pu y passer plus de temps ! La visite se fait dans un vaste bâtiment souterrain et propose une myriade de scénographies, d’illustrations diverses, d’interactions via écrans et autres mécanismes de jeu. C’est rare, très rare de voir une telle réussite qui réussit à associer apprentissage et découverte sans tomber dans le rébarbatif ou l’ennuyeux. Même Fils, du haut de ses trois ans, a apprécié la visite !

A la sortie d’icelui, c’est fort naturellement que les pas amènent au pied de la Butte du Lion, mastodonte granitique de 226 marches et quarante mètres de hauteur, érigé à la demande de Guillaume Ier, roi des Pays-Bas, qui a souhaité marquer l’endroit supposé où son fils aîné, le Prince d’Orange, fut blessé le 18 juin 1815. Cette butte est surplombée par une statue de Lion, symbolisant, ô désespoir républicain, la victoire des Monarchies. Le panorama qui se dévoile, une fois la (rude) montée effectuée, est des plus pastoral et aide à en remettre en perspective et in situ, grâce à la table d’orientation, les différents mouvements militaires de la bataille de Waterloo. Attention, le sommet est venteux !

Le bon plan : le Pass 1815

Si vous comptez visiter l’intégralité des lieux ayant trait à la bataille de Waterloo, pourquoi ne pas investir sur le Pass 1815 ? Avec icelui, vous aurez accès à huit endroits différents : le Musée Wellington, le site du Mémorial Waterloo 1815, la Butte du Lion, Mémorial Waterloo 1815, Panorama et Ferme d’Hougoumont), le Dernier Quartier Général de Napoléon et la Ferme de Mont-Saint-Jean (Musée Hôpital des Anglais et Brasserie). Il vous en coûtera 20€ (au lieu) de 36, valable un an à date d’émission et vous pouvez même l’acheter en ligne !

Dinant, dis-moi OUI

Savez-vous comment s’appelle le fils de Monsieur et Madame Namuralanage ?

Ferdinand.

Car oui, faire Dinant Namur à la nage, c’est possible, bien que les spécificités locales semblent plus tendre vers les coquilles de noix et autres embarcations improbables. En tout cas, la route qui amène de Namur à Dinant est des plus belles et constitue une très belle introduction à Dinant la verticale, Dinant l’aquatique, Dinant la très, très charmante !

Errance à Dinant

Si la première chose qui marque le voyageur à son arrivée à Venise est l’absence totale de crottin de cheval (© Alphonse Allais), la première chose qui nous a marqué en arrivant à Dinant est la situation assez incroyable de cette ville. Au milieu coule la Meuse, encadrée par un massif éperon rocheux où est sise une admirable citadelle. Le long de ses rives, la vie suit son cours entre cafés, échoppes et autres habitations paisibles. Quelques ponts osent enjamber les flots très pétueux, ici et là. A part cela, rien ne semble venir perturber le flux tranquille de la vie dinantaise. Lors de notre première promenade, les pas amènent au hasard d’une rive à une autre, d’une volée d’escaliers à une petite échoppe, d’une statue du Général de Gaulle (oui, LE général) au musée de Monsieur Saxe en passant par le téléphérique, les bateaux électriques, une église ou un étrange monument.

Bref, Dinant est une ville qui se découvre, comme tant d’autres de ses consœurs, à pied. Lentement. En prenant le temps d’ouvrir grand les yeux et d’observer les mille et une facettes de cette cité (vraiment pas) comme les autres.

La régate des Baignoires

S’il y a une chose à ne pas rater, une fois par an, à Dinant, c’est bel et bien la Régate des Baignoires : une course aquatique totalement déjantée où concourent des bandes de très, très joyeux lurons perchés sur les embarcations les plus folles qu’il soit. En une petite trentaine de minutes, nous avons par exemple croisé, pèle-mêle le Père Noël, des scientifiques de Jurassic Park (et leur dinoseur cracheur d’eau), une jeep, une baignoire ou encore une sorte de village de toiles (oui, je sais). Point commun de toutes ces embarcations : la baignoire qui doit obligatoirement être présente (et toucher l’eau, c’est spécifié dans le règlement). Aucun moteur n’est autorisé autre que la force musculaire des participants ou la propulsion éolienne (toujours dans le règlement).

Le thème de la 36ème édition, qui aura lieu le 16 août 2019, est : « 69, on a marché sur la Lune ». Autant vous dire que l’ingéniosité des participants va être fortement mise à contribution et que les résultats devraient être, pour le moins, étonnants !

En parallèle de la Régate des Baignoires se déroule la rituelle brocante, donnant aux rues de Dinant une piétionnisation bienvenue, propre aux errances précédemment décrites. Attention, se garer après une certaine heure devient purement, simplement et définitivement une hérésie. Prévoyez d’arriver tôt. Très tôt !

Que faire à Dinant ?

En-dehors de la (fabuleuse) Régate des Baignoires et de sa (monstrueuse) brocante, la ville de Dinant propose plusieurs chouettes activités.

Parmi celles-ci, nous avons adoré pouvoir conduire un petit bateau électrique sur la Meuse. Pendant une petite heure (et à tour de rôle), chacun de nous a pu se croire l’égal des plus grands navigateurs de l’Histoire. De Vasco de Gama à Christophe Colomb et passant par Isabelle Autissier ou encore Florence Arthaud (en abusant un tout petit peu). La croisière se fait sur des eaux calmes, ne nécessite aucun permis et ne permet aucune folie aquatique. Une très agréable expérience !

Autre (petite) visite, l’hommage à rendre à Monsieur Sax, l’inventeur du saxophone (oui, oui), originaire de Dinant. Nous avons découvert la galerie qui retrace sa vie sans le faire exprès. D’ailleurs, la ville est parsemée d’instruments de musique, ceci expliquant cela.

Enfin, la Citadelle surplombant la ville est une belle opportunité pour profiter d’un paysage qui semble sans pareil. Accessible en téléphérique pour 9.50 euros ou à pieds (pour les très, très courageux).

Namur, cette intrigante inconnue

Qu’évoque donc Namur, au premier abord ?

Des promesses chuchotées au creux de l’oreille, des histoires d’une ville autrefois délaissée et qui serait en train de se rebâtir, de se reconstruire. Comme sa copine nord-irlandaise Derry, Namur ne semble se dévoiler qu’à ceux qui font l’effort de venir la voir. Nous n’avons eu, hélas, qu’une fin d’après-midi et une soirée pour s’y promener, s’y balader, errer le long des canaux et dans les ruelles ombragées.  Pourtant, durant ce peu de temps, quelque chose s’est passé. Pas un coup de foudre ou une flechette cupidonienne tirée par un angelot joufflu. Non, quelque chose de plus calme, de plus doux. Comme les flux et reflux d’une marée ascendante.

Tranquillement, un sentiment de bien-être est venu pointer le bout de son nez à l’horizon, s’est approché timidement avant de se décider, finalement, à nous prendre la main et à se promener à nos côtés. En fin de journée d’août, sous un beau soleil, les enfants ne demandaient qu’à ne rien faire d’autre que d’errer. Nous autres, adultes, ne demandions rien d’autre que d’errer avec eux, en gardant l’adresse du restaurant en ligne de mire. Errer, c’est ce que nous fîmes donc, à la mode locale. Sans nous presser, sans courir, sans folie. Doucement, tout doucement, nous avons suivi un vague itinéraire traçant son sinueux tracé autour d’une université, d’un ancien arsenal, entre ici et là. Au rythme de nos pas, au gré des sourires échangés, tandis que s’envolaient les rires des enfants et les sourires parentaux. Une soirée paisible, où être était tellement plus que le paraître. Une soirée presque idéale. Une soirée namuroise, tout simplement.

Que faire à Namur ?

La plus évidente de toutes les activités : se promener dans les ruelles et guetter les vitrines des échoppes. Sur les pavés, au détour d’un tournant, sur des rives reconquises, apparaît souvent l’inattendu, le surprenant : une boutique de BD, des autocollants, une petite place. Laissez-vous donc guider par vos envies !

Pour les enfants, une adresse magnifique se trouve au-dessus de l’impressionnante Citadelle surveillant la ville : le Parc attractif de la Reine Fabiola, un vaste parc d’attractions (presque) à l’ancienne, idéal pour laisser les petits et les grands courir et sauter dans tous les sens. L’entrée coûte 3 euros et s’y garer est plutôt facile.

Autre visite à ne pas manquer, si vous avez le temps : la Citadelle, évidemment ! Grande, presque démesurée et semblant venir de la Nuit des Temps, elle est une trace tangible de l’Histoire troublée de la Wallonie

Où manger et dormir à Namur ?

Un grand restaurant avec un service attentionné et une carte bichonnée : la Brasserie François. Mention spéciale pour les moules et les différents plats du Menu enfant ! Pour dormir, une adresse efficace à défaut d’être de charme : l’Hôtel Ibis local. Chambre familiale à partir de 80€. Accueil prévenant et sympathique et emplacement très pratique.

Une surprise ATH every corner

Ath, c’est une petite ville sans histoire, quelque part dans le Hainaut. On pourrait y passer dix, cent ou mille fois sans rien remarquer d’autre que son charme, sa Grand Place, son beffroi et ses jolies ruelles. Pourtant, Ath recèle un secret bien particulier. Un secret d’une taille respectable, en fait. Un secret tellement grand qu’il en est énorme, à bien y réfléchir : Ath est un repaire de Géants.

La Maison des Géants

Les géants d’Ath ne sont pas méchants, ni carnivores ni enfantophiles. Ils ne sortent pas la nuit pour engloutifer des marmots aux quatre coins de la Terre (coucou Roahl). Ils ne sont pas non plus buveur de Frétibulle (© BGG) ou de schnockombres (© BGG). Non, ils se contentent de dormir la plupart de l’année (environ onze mois et vingt jours) et de sortir se promener LES jours voulus, ceux de la Ducasse !

Et la Ducasse, kesaco ? C’est une sorte de carnaval, une fête populaire qui remonte au Moyen-Âge et où sortent donc Géants, Chars et où tout le monde fait la fête, le plus souvent aux alentours du quatrième dimanche d’août. Cette Ducasse possède d’ailleurs une certaine noblesse puisqu’elle est inscrite, depuis 2008, a liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco.

Du coup, où rencontrer nos Géants, s’ils ne sont pas en train de se promener dans les rues d’Ath ? Et bien en leur lieu de repos, à la Maison éponyme, la Maison des Géants ! Sise à Ath, icelle offre une très belle exposition retraçant l’Histoire (et les Histoires) forcément géante des Géants. On découvre leur nom, leur origine, les secrets de leur fabrication, le rôle sous-estimé des porteurs (et encore bien et bien des choses). Il y a également une chouette chasse au trésor pour les enfants, pour aller à la rencontre de Samson, Goliath et autres Ambiorix !

Si vous décidez d’assister à une Ducasse, un seul conseil : prenez-y vous très, très, très en avance !

Manger à Ath

Autour de la Grand Place, nombreuses sont les adresses pour les familles. De notre côté, celle où nous avons déjeuné à fait l’unanimité : le Troll and Bush, un restaurant-bar-brasserie de très bon goût vu qu’une grande partie des recettes est faite avec de la bière… et même de la Cuvée des Trolls (pour les connaisseurs et amateurs). Sans que nous l’ayons testé, le restaurant médiéval Esprit Nature nous avait été recommandé pour sa décoration de la même époque. 

Dormir à Ath

Attention, ceci est une adresse d’exception, sise au fin fond de la campagne wallonne, dans un décor de champs et dans une atmosphère d’une rare cordialité et amitié : le Pigeonnier du Breuil. Accessible uniquement en voiture (hélas, diront à raison certain.e.s), le Pigeonnier est un endroit où l’on se sent de suite chez soi. Il faut dire aussi que l’accueil des hôtes, Dany et Pierre, est rien moins qu’exceptionnel. Au bout de quelques minutes, nous avons eu l’impression de discuter, autour d’une bonne bière, avec des amis de longue date. 

Le lieu faisant également Table d’Hôtes, nous avons eu le plaisir de goûter à un poulet au maroilles dont le goût exquis me revient instantanément en bouche alors que j’écris ces lignes. J’en ai même repris trois fois tellement j’ai aimé ! 

Gentillesse, petit déjeuner fromager, beauté des lieux : un sans-faute absolu à partir de 90€ la nuit (pour deux personnes). Le repas en table d’hôtes commence à 30€ par personne (apéritif, plat du jour, dessert, café et boissons). Un menu enfant est disponible à 15€ par tête de bambin.

D'Ellezelles à Lessines : la Wallonie insolite

Le sentier de l’étrange

Imaginez un chemin qui serpente doucement dans la campagne wallonne. Le départ se fait là, juste à côté de l’Office de Tourisme de ce petit village calme, paisible. Avant de partir, il convient de se préparer : un passage par la boulangerie et l’achat d’une belle miche de pain. La vitrine du boucher, juste à côté, est l’appât idéal : une portée poussée comme une incursion, une petite mise en retrait pour laisser le Maître Queux traiter comme une reine l’habituée de passage et, finalement, une fois le planning alimentaire bouclé, un départ molto lentano dans la chaleur douce de l’été local. A nous les Sorcières, Farfadets et autres bizarreries du Sentier de l’Étrange !

Pour les enfants, toutes les balades ne se valent pas. Marcher dans les bois, dans la nature, en montagne, c’est (parfois) marrant cinq minutes mais quand il n’y a pas de but, pas d’autre objectif que l’arrivée, rien pour attiser une bien légitime curiosité, comment faire pour les faire avancer sans que les pas ne soient teintés de grognements, de soupirs, de lassitude ? C’est exactement ce qu’ont saisi les concepteurs de cette très, très chouette promenade wallonne.

Tout au long du chemin, les arrêts sont autant d’occasions de rencontrer quelques sinistres et effrayants monstres des bois, des forêts et des légendes. Ici un loup, là-bas un chaudron à sorcières et plus loin, au fond, un drôle de troll. Avancer en sachant que quelque chose est cherchée décuple le plaisir, fait grandir les pas et croître l’anticipation. On se retrouve à surveiller les anomalies du paysage et les détours du sentier, à chercher l’ombre qui ne rentre pas dans le décor, qui serait trop droite, trop pointue, trop maléfique.

Si le sentier peut paraître un peu long – du moins sur la fin, il n’en reste pas moins vraiment sympathique, alternant judicieusement passages ombragés et vastes étendues plates. Les différentes rencontres sont suffisamment espacées pour ne pas laisser retomber trop vite la surprise (ni combler trop tôt icelle).

Bref, une belle balade vraiment recommandée !

Les infos pratiques

Le sentier de l’étrange est une boucle de 6 kilomètres et se fait en – environ – 90 minutes. Un plan détaillé peut s’acheter à l’OT d’Ellezelles (ou ici en PDF).. On trouve quelques petites boutiques idéales pour faire les courses avant le départ. Pensez absolument à prendre de l’eau avec vous !

Le musée de l’étrange

Un ancien hôpital reconverti en musée, un jardin médicinal où il fait bon se reposer, une terrasse ombragée où savourer une glace en regardant la vie suivre son cours : pour tout ça (et bien plus encore), dirigez-vous à Lessines, à l’Hôpital Notre Dame à la Rose !

Un voyage dans le Temps

L’Hôpital Notre Dame à la Rose, c’est un couvent-hôpital, remarquablement conservé et aménagé, datant du XIIIème siècle (il a été fondé en 1242) et ayant fonctionné jusqu’en 1980 ! Aujourd’hui classé au PIERW (Patrimoine Immobilier Exceptionnel de la Région Wallonne), c’est une visite absolument fascinante au travers de quatre univers bien distincts : l’Art, l’Architecture, la Médecine et la Botanique.

L’Art, ce sont les œuvres qui parsèment la visite, ici et là. Tableaux, vitraux, sculptures : tout concorde à donner une étrange atmosphère, à mi-chemin en recueillement et fascination. Une façon de se rappeler que les lieux ont une très fort origine religieuse, origine trouvant ses racines dans la création même de l’Hôpital.

L’Architecture, c’est ce bâtiment unique, avec ses briques rouges, sa fascinante géométrie extérieure et cette impression d’évoluer dans une zone temporelle coupée du reste du monde. On se prend à imaginer que le Temps s’est figé, arrêté, stoppé à l’extérieur et qu’il ne reprendra ses droits qu’une fois la porte d’entrée franchie. La beauté des voûtes et du jardin intérieur est d’ailleurs empreinte d’une certaine nostalgie assez indicible, douce et calme à la fois, loin de la frénésie (parfois) inhérente au domaine médical.

La Médecine (et la Pharmacie), c’est le fil rouge des collections. Toute une panoplie d’instruments divers et variés, faisant (presque) passer certains instruments de tortures pour d’aimables jouets enfantins. On découvre les techniques d’hier et on reste aussi fascinés qu’effrayés par les douleurs que devaient subir certain.e.s dans ce qui est aujourd’hui un banal acte hospitalier. Du reste, les objets exposés laissent parfois bouche bée : mention spéciale au moulin pour faire de la purée de limaces !

La Botanique, c’est l’Histoire du lien fort, puissant et intangible qui unit ceux qui choisissent de vivre avec la Nature plutôt qu’à ses dépends. Tout, dans le jardin adjacent, est raisonné, raisonnable et transpire l’amour, les soins et la Connaissance. Connaissance de ce qu’il faut faire, de comment il faut le faire, dans un respect total et une volonté de symbiose plutôt que de destruction. Ce jardin est, de par ailleurs, une fabuleuse enceinte où il fait bon, très bon, se reposer sur un banc avec un enfant à côté de soi, marcher tranquillement pour observer la fourmi coquine ou le hanneton glouton. Un lieu qui transpire la Paix, totale et absolue.

Les infos pratiques

L’Hôpital Notre Dame à la Rose se trouve à Lessines. La visite coûte 13 euros (adultes, 6€ pour les 6-12 ans et gratuit pour les moins de six ans) et peut occuper tout un après-midi. L’idéal est de pouvoir y passer une demie-journée sans se stresser, pour pouvoir profiter pleinement de la beauté des lieux et des collections ! Attention, l’ouverture ne se fait qu’à partir de 14 heures !

Faire Tournai la tête

Tournai, notre coup de cœur 

Tournai la belle, Tournai la douce, Tournai la Wallonne fut probablement la plus belle surprise citadine de notre voyage, devançant d’une très courte tête Dinant l’aquatique. De cette ville au riche passé historique, nous ne savions que peu, très peu de choses. Tout juste avions-nous noté qu’elle était conseillée aux familles et que certains activités étaient particulièrement adaptées aux plus jeunes. Rien de plus mais, cependant, assez pour susciter intérêt et curiosité de notre part.

Que dire donc de Tournai ? Qu’elle est douce, royale, authentique, surprenante et classique à la fois ? Intrigante et rassurante ? Verticale et aquatique ?  Que la vue depuis son beffroi fait rire les enfants et hurler les mamans effrayées par les sauts de cabri de ses rejetons ? Que les jeux de pistes destinés aux Pitchounes franciliennes de passage en Wallonie sont géniaux ? Que nous y avons trouvé le meilleur restaurant de tout notre voyage ?

En réalité, Tournai, c’est tout cela et bien encore !

La plus belle ville de Wallonie (?)

Mes goûts en matière de beauté citadine sont des plus aléatoires. J’ai adoré pérégriner dans Aberdeen la grise, me perdre dans le Bogside du Derry, errer sans fin à Dublin ou me perdre dans le dédale géométrique de New York. Concernant Tournai, icelle a levé de suite le voile et n’a pas eu besoin de forcer son charme pour nous séduire. Dès nos premiers pas, j’ai aimé cette architecture classique, belle, intemporelle. J’ai aimé la vue depuis le Beffroi, les jeux de perspective avec les statues, les fontaines et le marché, la chasse au trésor jusqu’au jardin et les coins et recoins qui racontent, chuchotent, sussurent mille et une histoires aux oreilles des curieux et curieuses.

J’ai aimé marcher la tête levée dans cette cité torticolis où le regard ne sait jamais vraiment où se poser, zigzaguant sans fin d’une façade à une autre, d’une adresse à une autre, d’un monument à un autre, sans trêve ni repos, comme aimanté, attiré, lié.

Tournai, c’est un récit, un conte, une anecdote. C’est la Vie fait Ville, l’un de ces eldorado de légende dont on connaît, dont on soupçonne l’existence sans, justement, la connaître réellement. Y aller ne semble pas suffire : il faut en réalité s’y plonger en apnée, faire corps, substance et faire de soi l’attraction.

Alors Tournai, la plus belle ville de Wallonie ?
Oui, oui et encore oui, en toute subjectivité et amour !

Que faire à Tournai ?

L’activité idéale pour découvrir Tournai en famille ? Le sac Aventure Jeux qui se trouve à l’Office de Tourisme et destiné aux enfants de 4 à 14 ans. Un véritable jeu de piste à travers la ville, entre chasse au trésor, énigme(s) à résoudre, carte à gratter, puzzle à résoudre. Tout simplement génial (et je pèse mes mots) ! Comptez environ deux heures, en prenant tout votre temps, pour aider Lakass et Brikass  à mettre fin à la malédiction empêchant l’accès à une forêt magique située quelque part en ville !

Plus aventureux mais tout aussi immanquable, la vue depuis le Beffroi de Tournai est sublime. 72 mètres de haut et 257 marches à monter, en passant par un cachot, un carillon (et la chambre éponyme). Fils a adoré se balader là-haut !

Plus anecdotique mais quand même sympathique en passant, le Musée d’Histoire Naturelle et Vivarium peut sauver un après-midi pluvieux, tout comme, à vrai dire,les autres musées tournaisiens.

Où manger à Tournai ?

Attention, une adresse exceptionnelle, comme seule la Belgique semble parfois en offrir : les Enfants Terribles. Une adresse toute en longueur et en cinéma, sise à un jet de pierre de la Cathédrale, où nous avons été reçu (comme bien souvent) avec une gentillesse et une patience infinie. Quand la patronne d’un restaurant prend le temps d’expliquer aux enfants le menu, la façon dont sont cuisinés les plats et vient même donner une ludique leçon de découpage de sole à Pitchoune, c’est l’assurance d’avoir trouvé l’endroit où il faudra revenir absolument. Et sinon, on y mange bien (voire même très bien) !

Où dormir à Tournai ?

Le roi des Radis, c’est une chambre et table d’hôte située non loin de Tournai, avec un délicieux jardin un peu zen, un peu foufou et totalement relaxant, parsemé de sculptures. Tenu par Martine et Jacques, c’est une halte délicieuse au cœur du pays tournaisis, parfait pour les familles et pour les voyageurs à vélo ! On y mange de chouettes plats (très) copieux tout en parlant art et culture avec les hôtes passionnés (et passionnants) : Martine est artiste céramique et se fait un plaisir d’en causer.

La chambre est à 60€ (une ou deux personnes) et la table d’hôte à 30€ par personne (3 services, boissons comprises). Recommandé vu qu’on y a mangé le meilleur Waterzooï du monde !

Instantanés Wallons

Un voyage, c’est un patchwork, un ensemble de choses qui n’ont pas toujours de liens, de rapports entre elles. Ainsi, cette semaine en Wallonie n’a pas fait exception à la règle et, comme toujours, bien des événements, des moments, des instants, ne rentrent dans aucune case, dans aucun récit spécifique.  Pourtant, il serait dommage de ne pas parler de ces petites aventures si étranges. De cette épopée nocturne à la recherche désespérée de quelque chose à manger et qui s’est terminée avec une dose gargantuesque de frites à avaler, trouvée dans une friterie mystérieusement ouverte au bout de la nuit. Il serait dommage également de taire la recherche d’un mystérieux mausolée (finalement trouvé sur un terrain privé), de la découverte d’un fringant général à Dinant, de la posture bizarre d’un squelette dans un Hôpital, de la conduite pour le moins sportive de nos amis bruxellois, des rires des enfants, d’un chant qui s’élève dans la nuit, d’un restaurant empli d’habitués souriant à notre arrivée, de longues soirées sous les étoiles, une bière dans le main, des mots dans la bouche et des discussions sans fins avec les inconnus d’hier et les amis d’aujourd’hui.

La Wallonie, ça a aussi été un étrange festival, un peu brinquebalant, un peu féérique, un peu bordélique plein de bonnes idées mais un peu débordé, où les promesses sont remplacées par des surprises, où l’on se croit à Venise sans y être et où Fils a couru pour saluer toutes les personnes costumées croisées.

Et puis, comme toujours, il y a ces regrets, de ne pas être allés ici ou là, de ne pas être restés plus longtemps dans ce coin, de ne pas avoir fait ce détour, d’avoir pris cette route plutôt que celle-ci. On se dit qu’on aurait pu, qu’on aurait du, qu’on peut encore faire demi-tour mais que, finalement, vu comment on est partis, ce sera pour la prochaine fois.

Bref, c’était une semaine en Wallonie (et c’était très bien).

Et au fait, avant de partir :

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