temps de lecture: 18 mn

Laon des yeux et près du cœur.

Un citytrip familial sur la Montagne Couronnée (impressions et guide pratique)

Comme bien souvent, c’est de l’imprévu qu’est né ce voyage, d’un étonnant mélange entre projets avortés, idées de dernière minute et organisation aussi tardive qu’efficace. Cependant, alors que se mettaient en place les dernières pièces de notre puzzle automnal, une interrogation majeure subsistait : “Où donc aller entre la Thiérache et Paris ?”. Comme il n’était pas question de rentrer directement ni de traverser entièrement l’Hexagone, c’est le choix le plus logique qui a prévalu, à savoir le terminus occidental de notre ligne de train : la ville de Laon. De cette ville, pour ainsi dire, je ne connaissais rien. Aucune idée de sa position géographique précise, de son patrimoine, de son statut au regard du Territoire, de son histoire, de sa culture. Rien de rien. Il était même probable que j’en sache plus sur la culture des blettes dans les marais de l’Amazonie que sur les choses à faire à Laon. C’est cependant armé de mon éternelle confiance en la surprise ainsi que d’une bonne dose de mauvaise foi (“Mais oui, c’est génial Laon, tu vas pas en revenir”) que j’ai décidé, de façon quasi unilatéral que c’est là que nous irions et nulle par ailleurs, une idée qui fut finalement à la hauteur de la surprise réservée par nos 36 heures sur place : bonne !

A bon nom qui vient de Laon (proverbe – presque – québécois)

Le premier souvenir que je garde de Laon est une silhouette qui se découpe au loin, entraperçue à travers la vitre poussiéreuse de l’autobus qui nous amène depuis la Thiérache où nous avons résidé. D’abord une ombre lointaine, presque fantomatique qui, au fur et à mesure des kilomètres, se précise, se découpe de plus en plus nettement. Couronnée par sa Cathédrale fièrement perchée, Laon se voit en effet de loin, de très loin. Véritable point d’ancrage dans le paysage de l’Aisne, il est virtuellement impossible de ne pas voir cet immense bloc comme déposé là par un géant facétieux et géomètre (d’où le surnom de Montagne Couronnée). De haut en bas, le regard est accroché, aimanté. On devine quelque chose d’inhabituel, de surprenant, on suppose une verticalité inattendue, on comprend que Laon ne peut pas être qu’une simple ville de province, grise et ennuyeuse. On regarde et on attend, impatient de vérifier sur le terrain la réalité des pensées ébauchées au fil du trajet.

La vérification peut se faire de multiples façons, selon les habitudes de chacun. Pour nous, elle fut ascensionnelle, longue et douloureuse, symbolisée par une improbable volée d’escaliers reliant la ville basse (où se trouve la gare SNCF) à la ville haute où se situait notre hôtel. Avec un sac à dos, une valise, une poussette, deux enfants et un porte-bébé, il eut été ô combien plus aisé de choir dans le confortable et de prendre le premier bus venu, comme nous l’avait suggéré Isabelle. Las, nous ne sommes pas de ceux qui fuient devant le premier obstacle et c’est seulement en perdant une vingtaine de vertèbres, notre fierté et notre capital santé que nous avons vaincu LA MONTÉE DIABOLIQUE ET DÉMONIAQUE que sont ces escaliers municipaux. J’en suis presque venu à regretter la disparition du sympathique (?) funiculaire qui reliait – auparavant – les deux secteurs de Laon. Peut-être aurons-nous la chance et le plaisir de le revoir en action dans les années futures ? En tout cas, et en enlevant toute trace de subjectivité à mes propos, rien n’est plus facile que de trouver la cité médiévale laonnaise : il suffit d’aller vers le haut et de gravir la pente !

Pour le reste, ce premier contact fut comme bien d’autres : placé sous le signe de la curiosité, de l’envie et du temps qui passe. De par la brièveté de notre séjour et de nos gambettes engourdies, une seule chose était claire en notre planning : voir, voir et voir encore, se plonger dans cette inconnue et pouvoir se faire, de par nous-même, notre propre idée en répondant à cette question :“Alors, Laon ?”

Là-haut, sur la Colline.

Immanquable, majestueuse, indétrônable et pourtant bien cachée : tels sont les paradoxes de la Cathédrale de Laon, celle-là même qui fut ma première vision de la ville. Ainsi, alors que nous marchions dans les ruelles de la vieille ville, elle semblait jouer à cache-cache avec nous, se dérobant à notre vision alors que nous cheminions d’un bon pas, oubliant toute notion de guide ou de parcours pré-tracé. Et puis, au détour d’une ruelle, elle nous explosa littéralement à la tête, dans toute sa beauté. Parfaitement encadrée par une ruelle, idéalement située dans mon axe, je suis resté comme planté sur le sol pavé, indiquant seulement à ma famille de venir voir ça, tout de suite, immédiatement. 

Le premier réflexe est celui de la surprise, due à l’exiguïté du Parvis. Là où d’autres bâtisses semblables, comme à Reims, Amiens ou Paris s’étalent sur une superficie indécente, Notre-Dame-de-Laon ne prend pas ses aises. Dès lors, au lieu de paraître timide et timorée, elle n’en devient que plus proche, conviviale, attirante. La proximité immédiate de l’Office de Tourisme fait de plus de ce lieu un emplacement stratégique vers lequel bifurquent tous les chemins, vers lequel mènent tous les pas des promeneurs égarés Et si, en fait, le centre réel de Laon se trouvait ici, depuis toujours et à jamais ?

Entrer dans une Cathédrale n’est pas, pour moi, une quelque chose de religieux ou de mystique. Cela reste avant tout une expérience visuelle, quasi sensorielle, basée sur le plaisir, le silence et l’admiration. Cela tombe bien car c’est exactement que j’ai trouvé ici : une vaste voûte d’une légèreté insoupçonnée, presque volatile. Très peu de fioritures et une simplicité architecturale poussée presque à l’extrême, qui fait du peu un tout. Encadrée par les coursives voûtées, la nef semble toucher les sommets et tutoyer le ciel. Sur le point d’attraper un torticolis, nous admirons familialement ce morceau de bravoure venu du fond des Temps (1155 – 1235) . De ça et là, discrètement, rentrent quelques fidèles, quelques touristes et curieux. Chacun chemine à son rythme, loin du stress et de la nuit qui tombe doucement sur Laon la tranquille. Il fait bon être là, ensemble, en ce moment et en ce lieu. Petit instant d’éternité recueilli au creux de la main et souvenir marqué profondément pour chacun de nous.

Nous ressortons finalement, comme apaisés. N’est-ce pas en réalité le but premier de ces monuments à vocation religieuse ? Faciliter la communication, aider à voir clair en soi, fixer les lueurs vacillantes d’une poignée de cierges (que Fils a voulu souffler, pensant qu’il s’agissait d’un gâteau d’anniversaire) et réfléchir aux vacuités, aléas et aventures de nos existences ? Il se peut que quelque chose de divin se cache, quelque part. S’il en est réellement un, je suis sûr qu’Il aime à venir se promener et se reposer en sa demeure à Laon !

Touristes dans la Brume.

Dans certains pays nordiques, il est habituel de se réveiller avec un blanc duvet de neige qui embellit les paysages et donne une belle tonalité hivernale au décor. Par contre, lorsque le duvet de neige se trouve être en réalité une épaisse nappe de brume et que cela se produit à Laon, un jour d’octobre, le moins que nous puissions faire est d’être surpris, peu habitués que nous sommes à un tel spectacle. Nos premiers pas dans Laon l’embrumée sont étranges, comme si toute la ville était enveloppée dans une épaisse couverture, comme si un rideau diaphane était tiré en travers des rues, pour cacher, camoufler, jouer avec des formes folles, esquissées, tracées par une main légère sur un support mouvant. Les bruits sont feutrés, l’activité ralentie et nous avons l’impression d’évoluer dans les nuages.

Dès lors, notre journée de découverte prend une tournure étrange. Oubliée la montée des Tours et l’extase devant le panorama promis. Oubliées les promenades à la recherche du meilleur point de vue. Oubliées les verts champs de l’Aisne et la vue à 360 degrés. A nous les errances piétonnes, les musées et les ruelles de la Ville, dans ce monde ouaté à la grisaille quasi uniforme.

Aussi bizarre soit-elle, cette expérience n’est pas pour autant désagréable. Nous prenons même un certain plaisir à déambuler ainsi, sans trop chercher à savoir où nous allons. Quelques croix cochées sur notre plan de la ville, deux ou trois horaires annotés, une réservation de faite. Pour le reste, c’est carte grise, balade et tranquillité : nous avons presque l’impression d’être seuls en cette journée, tellement nous croisons peu de gens. Nous en profitons pour admirer les lieux historiques, passer par la Chapelle des Templiers et visiter le musée d’archéologie. Nos pas nous mènent de ruelles pavées en ruelles pavées, d’arches en cours, d’un endroit à un autre, jamais par le même chemin, jamais dans le même décor. Nous apprenons à découvrir et apprécier cette journée silencieuse où rien ne semble passer d’autre que le temps, avec une douceur – une langueur ! – que nous pensions ne plus revoir.

Je profite aussi de cette atmosphère pour jouer un petit peu : quelques portraits, quelques détails, quelques angles un peu inhabituels. Il faut dire que j’affectionne particulièrement cette ambiance que je trouve propice à un travail photographique en noir et blanc.

36 heures plus tard.

Au moment de quitter Laon, alors que nous sommes sur le quai de la gare et que le TER pointe le bout de son museau en notre direction, je ne peux m’empêcher d’être traversé par une certaine frustration. Certes, notre visite fut brève et il serait bien vain que de prétendre avoir tout vu et tout fait en si peu de temps. D’autre part, j’ai la nette sensation d’avoir pourtant fait un certain tour global et de n’avoir pas tant raté de choses que cela, au regard de nos attentes et de nos envies. 

Que dire donc de Laon, cette préfecture de l’Aisne habitée de quelques 25 000 âmes ? Que c’est une ville à plusieurs facettes que nous n’avons fait que survoler. En dépit de son apparente tranquillité, je reste persuadé que de nombreux trésors sont restés dérobés à notre vue et qu’il aurait peut-être fallu nous accorder plus de temps pour l’explorer plus en profondeur, plus longuement, plus longtemps. J’ai aimé errer, me balader, me promener. Je suis tombé amoureux de cette Cathédrale. J’ai apprécié nos repas, la gentillesse de nos rencontres et le peu que j’ai vu de Laon en couleurs

Tout comme le reste de l’Aisne et de la Picardie, j’ai l’intime conviction que cette région ne s’ouvre vraiment qu’à ceux qui en ont l’envie, la volonté. Savoir frapper aux bonnes portes, se donner les moyens d’aller vers ces Terrae Incognitae, si proches et pourtant si lointaines par moment. Il nous faudra donc revenir, ici et là, pour continuer plus avant ces voyages, ces expériences uniques, ces moments d’exception.


Laon : le guide pratique

Tiré de notre séjour, voici un (petit) guide pratique : comment aller à Laon, que faire, où loger, où manger…

Aller à Laon

Rien de bien compliqué : direct par le train (environ 90 minutes) depuis la Gare du Nord de Paris. Comptez environ deux heures en voiture (via l’A4), sachant que les deux villes (Paris et Laon) sont séparées de 162 kilomètres.

Dormir à Laon

Une seule adresse à vous recommander, que nous avons énormément appréciée : l’Hôtel “Les chevaliers”, un 2* situé dans la cité médiévale, à un jet de pierre de la Cathédrale et à environ quinze minutes à pied de la gare (via les escaliers diaboliques). Le cadre est superbe (une ancienne bâtisse restaurée avec goût et soin), l’accueil super sympathique et le petit déjeuner carrément correct. Nous avons payé 93€ la chambre familiale (au dernier étage, avec une vue géniale quand il n’y a pas de brouillard) avec salle de bains, une chambre, un salon-chambre et deux toilettes. Nous recommandons ce lieu très chaudement.

Manger à Laon

Nous avons suivi notre instinct et les conseils de l’hôtel pour nos deux repas laonnois avec deux crêperies au programme. Gros coup de cœur familial pour l’Agora qui semble être une institution locale. Situé juste à côté de la Cathédrale (toujours !), c’est un chouette restaurant ouvert depuis très longtemps. Le staff est dynamique, causant et de bon conseil. La carte est suffisamment garnie pour proposer des alternatives à ceux que les crêpes rebutent. Nous avons payé notre repas (deux adultes, deux enfants avec plats et boissons) environ 30€.

Que faire à Laon ?

Principal point d’intérêt : la cité médiévale, que vous devez parcourir à pieds pour ne pas gâcher l’expérience. Une journée peut sembler suffisante pour en faire le tour, sans pouvoir forcément rentrer dans les détails. Dans icelle, allez absolument visiter Notre Dame de Laon (entrée gratuite) et, si le temps le permet, vous pouvez également monter dans les tours et profiter du panorama.

Autre endroit que j’ai adoré : le musée d’Art et d’Archéologie (entrée gratuite jusqu’à 16 ans, 3.90€ pour les adultes). L’accueil est sympa et, surtout, un livret spécial a été conçu pour les enfants qui permet de réaliser une véritable enquête au travers des collections du Musée : testé et validé par Pitchoune ! A titre personnel, je suis tombé sous le charme de la qualité des explications concernant la céramique grecque : l’iconographie est claire, pédagogique et précise. Je rêve de voir ce genre de choses dans tous les musées de France (et je suis très sérieux). Profitez-en pour jeter un œil à la Chapelle des Templiers en passant !

Si vous n’êtes pas claustrophobes et que vous aimez les expériences souterraines, n’hésitez pas à aller passer une heure dans les creuttes sous Laon. En compagnie d’un guide, vous en apprendrez plus sur la ville, le réseau de galerie qui parsème son sous-sol et les évolutions géologiques de la région. Assez intéressant et amusant pour les enfants vu que la descente se fait avec un casque à lampe !

Les liens utiles

N’hésitez pas à contacter l’Office de Tourisme de Laon pour toute demande de renseignement, de devis ou de conseils. Ils sont réactifs et sympathiques. Si vous le pouvez, passez carrément dans les locaux, iceux valent (vraiment) le détour. De façon plus large, J’aime l’Aisne saura vous orienter pour votre séjour si l’envie vous prend d’explorer plus avant la région.

Nota Bene : Aucun lien de cet article n’est affilié ou sponsorisé et nous avons payé nous-même logement, transports et repas. Merci à l’office de tourisme pour son apport logistique dans l’organisation de notre séjour.