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Cher PVT : merci pour tout !

Le PVT par un PVTiste : pourquoi, comment, où ça (et bien plus).

Dimanche, je vais fêter mon anniversaire et atteindre l’âge canonique de 36 ans. Si cette étape ne représente guère quelque chose de remarquable dans ma vie quotidienne, elle marque en revanche le passage d’une borne que je voyais s’approcher depuis bien longtemps : celle de l’âge limite pour participer au dernier des Permis Vacances Travail qui m’était encore disponible : celui du Canada. Dimanche soir à 23.59 (ou lundi matin à 00.01, c’est selon), je vais donc  dire adieu, sans larmes ni sanglots, au plus beau concept jamais inventé pour voyager et s’expatrier : le PVT, WHV, VVT.

Le PVT, kesaco ?

Pour faire court (mais exhaustif), sachez que le PVT – acronyme de Permis Vacances Travail, est un accord bilatéral signé entre la France et treize autres pays (Argentine, Australie, Canada, Chili, Corée du Sud, Colombie, Hong-Kong, Japon, Mexique, Nouvelle-Zélande, Uruguay, Russie et Taïwan, en excluant le Brésil et Singapour). L’idée est de vous donner le droit légal de rester dans le pays pendant une durée d’un an (deux pour le Canada et l’Australie, sous conditions spéciales), d’y travailler si vous le voulez, d’y voyager, d’y entrer et d’en sortir, de bouger comme bon vous semble : libre à vous de faire ce que vous voulez pendant votre PVT (dans les limites de la légalité, bien sur).

Les conditions pour obtenir ce fameux PVT diffèrent bien sur selon chaque destination mais les grandes lignes restent les même : avoir entre 18 et 30 (35 ans pour le Canada), être de nationalité française, avoir un passeport français valide pour l’intégralité du séjour (et même après), disposer d’une somme allant entre 2000 et 4000€ sur votre compte en banque au moment du départ (ou du dépôt du dossier) pour subvenir à vos besoins sur place pendant vos trois premiers mois, n’avoir jamais fait ce PVT précis auparavant et, surtout, avoir une assurance voyage qui vous couvre pour l’intégralité de votre séjour. Si vous répondez à ces critères, vous pouvez dès maintenant commencer les démarches idoines, sachant que certains PVT s’obtiennent très facilement (l’Australie, la Nouvelle-Zélande), d’autres demandent un dossier assez conséquent (l’Amérique du Sud, le Japon) et il y a même un tirage au sort pour le Canada, du fait de sa popularité et d’un changement dans attribution des places.

Une fois les démarches effectuées, vous obtenez, selon les pays, une LI (Lettre d’Introduction) qui fait office de sésame et vous avez alors un certain délai pour quitter la France et vous rendre sur place pour activer votre PVT à la douane, ledit délai allant de zéro jour (coucou la Colombie) à un an (la grande majorité des destinations) en passant par 30, 45 ou 60 jours. Un PVT obtenu est un PVT délivré et si vous ne l’activez pas : vous l’avez dans le Baba, quelque soit votre excuse !

Pour tout le reste, je vous invite fortement à foncer de suite sur PVTistes.net et à fouiner entre les tutoriels, le forum, les articles : c’est LE site idéal pour partir du bon pied et savoir exactement par où commencer.

Pourquoi le PVT est un concept génial ?

Trouver, de nos jours, un permis de travail qui ne demande ni diplôme, ni expérience, ni offre d’emploi préalable, c’est une gageure… Sauf si on se tourne vers le PVT ! En effet, en-dehors des critères énoncés dans le paragraphe précédent et en faisant fi des quotas, vous ne trouverez aucun autre permis, visa (ou autre) qui offre une telle liberté de voyager et d’explorer le monde à votre façon !

De par son statut de permis de travail ouvert, il ne vous conditionne à rien. Autrement dit, vous êtes libres de mouvement, n’êtes liés à aucun employeur, à aucune zone géographique précise et votre liberté est absolue. Si un emploi ne vous plait pas, si vous ne vous sentez pas heureux : bougez ! Vous avez envie de voir du pays : bougez ! Vous voulez faire du tourisme, du bénévolat : bougez ! Sachez qu’un permis de travail fermé est forcement relié à un employeur et que si vous perdez le travail, vous perdez de même votre permis et donc le droit légal d’être dans le pays où vous résidez. Nulle histoire donc de cela avec le PVT puisque sa définition même, en remontant aux sources, est de vous permettre de travailler pour financer vos voyages. 

Si je résume donc tout cela, le PVT n’exige rien, est disponible pour tous, permet de voyager, de travailler, d’aller et de venir et ce, en toute liberté, pendant un an. Autrement dit : c’est UNIQUE dans l’univers du voyage, du tourisme et de l’expatriation.

Pourquoi le PVT peut être un vrai brise-cœur ?

En dépit des louanges que je chante, il me faut pourtant être objectif : tout n’est pas rose dans l’univers du PVT (sinon ce serait trop beau, trop facile, trop bisounours, forcément) et certaines choses en font, dans certains cas, un vrai brise-cœur, un véritable casse-tête.

Tout d’abord, et le plus évident : la limite de l’âge et cette fameuse jeunesse qui s’arrête brutalement à 30 ans (ou en réalité à la veille des 31 ans pour certaines destinations). Je n’ai aucune idée du pourquoi du comment les pays ont décidé de fixer cette limite. Je n’ai pas non plus d’explications au fait que le Canada considère les PVTistes potentiels jeunes jusqu’à 35 ans. Ce que je sais, par contre, c’est que l’Australie a signifié sa volonté de se positionner sur cette même limite mais que rien n’est encore fait et, qu’en l’état actuel des choses, toute affirmation à ce sujet n’est qu’hypothèse pure et dure et qu’il faut absolument recouper les informations à la source avant de s’avancer dans un sens ou dans l’autre.

Un autre brise-cœur récurrent est l’impossibilité de faire deux fois le même PVT (en oubliant le Canada et ses deux ans et en mettant de côté l’Australie et la possibilité d’avoir une seconde année si vous avez bossé 88 jours dans l’agriculture et/ou le tourisme pendant votre première année). Cette limite temporelle des 365 jours peut être très mal vécue lorsqu’on tombe amoureux du pays, que la vie est installée et que la date fatidique de fin de permis approche. Heureusement, il reste après les options pour enchaîner sur autre chose, sous une forme ô combien plus contraignante et plus fermée (malheureusement). N’oubliez pas pour autant que vous pouvez enquiller TOUS les PVT du moment que vous restez dans le cadre de base (âge, ressource, passeport…).

D’un point de vue professionnel, le PVT peut être un permis frustrant : sa limite temporelle peut amener certains employeurs à être réticents. Vous pouvez également être confrontés à une certaine méconnaissance de sa validité ou de sa portée (surtout dans les destinations les plus récentes) ou encore aux exigences locales (comme en Australie avec la limite des six mois maximum avec le même employeur. Attention, à ce propos, des rumeurs circulent quant à la possibilité de faire sauter cette limite en changeant simplement de lieu sans changer d’employeur : c’est une volonté exprimée par le Gouvernement mais pas du tout formalisée ni légalisée dans les textes). D’autre part, qui dit permis de travail dit marché de l’emploi : vous allez donc devoir apprendre les codes sociaux et professionnels d’une autre culture, d’un autre pays, devoir vraisemblablement redémarrer tout en bas de l’échelle, refaire vos CVs, faire à nouveau vos preuves, affronter la concurrence locale, nationale, internationale pour la moindre petite offre. Bref, accepter de ne pas être accueilli avec un tapis rouge !

Enfin, je crois que le PVT ne peut ni ne doit être associé avec trop d’espoirs ni d’attentes concrètes. S’il offre une liberté quasiment absolue, il ne garantit cependant rien d’autre que le droit de partir et d’essayer. S’il est (relativement) facile à obtenir, ladite obtention n’est pour autant aucunement automatique. Je croise encore, à chaque salon, à chaque salon, trop de projets dépendants entièrement de l’obtention de ce PVT et c’est avec une tristesse terrible que je dois expliquer aux candidats (notamment pour le Canada) que le PVT n’est pas un droit et que son obtention ne se fait en claquant des doigts, surtout depuis l’apparition du tirage au sort canadien. Les différentes nationalités qui y ont droit sont également un motif de jalousie terrible et j’ai beaucoup de mal à avouer à certaines personnes que je croise qu’elles ne peuvent y prétendre, du fait de l’absence total d’accord avec leur pays.

Réussir ou rater un PVT : l’impossible challenge !

C’est une question, une discussion, une interrogation qui revient très souvent, un peu partout. Il faut dire que le sujet est ardu : peut-on réussir ou rater un PVT ? Je vais couper court tout de suite aux hypothèse vu que cela est simplement impossible.

Un PVT est, avant tout, une histoire personnelle. L’histoire de quelqu’un comme vous, moi, elle ou lui, qui décide de partir de cette façon. Le reste, tout ce qui en découle, nous n’en avons rien à faire et nous n’avons strictement aucune légitimité pour juger, à l’aune de nos propres valeurs, de ce que cette personne fait. De plus, il ne faut pas oublier que la décision de partir à l’étranger est un acte courageux. Si beaucoup expriment à haute voix leur volonté, leur désir de faire ainsi, combien, en réalité, franchissent le pas et trouvent en eux les ressources, la volonté de le faire ? Il ne faut pas se leurrer : facilité ne rime pas avec PVT, même si certaines apparences peuvent laisser penser le contraire.

La notion de réussite d’un PVT est donc totalement hors-sujet. Par exemple, pourquoi est-ce que plusieurs des mes connaissances, ayant passé une grande partie de leur année à Montréal, auraient moins de “valeur” que celui qui a roadtrippé comme un fou à travers le Canada ? Pourquoi est-ce que celui qui est resté sédentaire dans la capitale devrait être en butte au mépris de celui qui a fait de l’autostop pour se déplacer de ferme en ferme pendant six mois ? Chaque PVT est unique, chaque façon de le vivre est unique, chaque façon de le débuter, de le conclure, de l’appréhender est unique. Certains y voient une opportunité professionnelle, d’autres l’occasion de partir un an en vacances : les possibilités sont juste infinies.

Derechef, pourquoi vouloir associer un PVT à une durée minimum. La durée maximum est définie légalement, dans le cadre des accord. La durée minimum ne l’est pas. Certains vont venir, découvrir que ce n’est pas fait du tout pour eux et repartir aussi vite, après un jour, une semaine, un mois. Ils sont venus, ils ont vu, ils ont été vaincus, déçus. Et alors ? Pourquoi jeter la pierre, parler de “PVT gâché” ? Pourquoi considérer qu’il faut vivre l’année entière ? Ceux qui agissent ainsi savent pourquoi ils repartent. Ils ont osé tenter l’aventure du PVT, ils ont osé se mettre dans un zone différente. Rien que pour cela, ils devraient être applaudis que hués, comme c’est malheureusement trop souvent le cas.

Le PVT se vit dans un double paradoxe : universel et personnel. Universel car il concerne tout le monde. Personnel car il ne concerne que soi. Universel car pour une nationalité. Personnel car pour une seule personnel. Il se renforce de cette unicité et divise dans son accessibilité. Un pour tous et tous pour un : c’est probablement le slogan qui le décrirait le mieux !

Et les autres, alors ?

Chercher à savoir les grandes lignes d’un PVT, de façon générale, est encore une fois impossible. Lorsqu’on me demande au bout de combien de temps on trouve du travail”, “combien dépense en moyenne un PVTiste” ou encore “Quelle est la durée moyenne de séjour d’un PVTiste”, je me retrouve totalement dépourvu car dans l’impossibilité totale et absolue d’apporter une réponse objective et argumentée.

Ce genre de questions, aussi légitime soit-elle, ne saurait avoir de réponse. D’une part parce que personne ne saurait tracer toutes les personnes partant en PVT et traquer toutes leurs données au jour le jour, et d’autre part, parce que chacun est différent. S’il est tentant de vouloir s’appuyer sur ce qui a déjà été fait, de se diriger dans une direction déjà bien déblayée, cela est pour autant un peu dangereux.  Vouloir se rapprocher de ses semblables est une chose logique, vouloir faire exactement comme eux est une chose illogique. Se décider à telle ou telle ville car “XXX m’a dit que c’était bien” : risqué, très risqué ! Prenez donc ce qui vous parait pertinent mais ne gobez pas tout, bouche ouverte et yeux fermés…

Enfin, si je ne devais donner qu’un seul conseil aux PVTistes, ce serait de prendre le temps, surtout à l’arrivée. S’offrir un petit hub à soi, s’offrir quelques jours pour apprivoiser la ville, le quartier, l’environnement, pour pouvoir faire les démarches à tête reposée et laisser l’euphorie du début retomber doucement. Ne pas se lancer tête baissée dans les recherches d’emplois, dans la location, dans les achats. Les premiers jours d’un PVT sont une période clé, déjà : tout est neuf, tout est nouveau, tout est excitant. Cependant, avant d’être dans la certitude, peut-être vaut-il mieux chasser tout d’abord les incertitudes ?


Et moi dans tout ça ?

J’ai eu le plaisir (et non pas la chance, vu que je me la suis donné) de vivre deux expériences en PVT – WHV et, par la suite, de pouvoir vivre en partie de ce que j’ai retiré de ces deux aventures à l’étranger. 

La première, c’était au Canada, en 2009. Sept mois au Yukon, deux mois sur la route, un mois à Vancouver, un mois à Terre-Neuve et un retour en janvier 2010 totalement subi, sous la déprime et la rage de devoir quitter le Canada. 

La seconde, c’était en en Nouvelle-Zélande entre 2011 et 2012. Deux mois à Wellington, six mois sur la route, à faire du stop et du HelpX. Un retour choisi, assumé et décidé sans amertume, après avoir pris conscience que je n’avais plus à rien faire là-bas et que l’envie de rentrer était plus forte.

Chacun de ces PVT a été quelque chose d’unique, de grandiose, de fabuleux. En même temps que je découvrais un nouveau pays, c’est avant tout moi-même que je découvrais, avec des capacités, des ressources en moi qui m’étaient inconnues. La variété et le nombre des situations où j’ai du me sortir seul les doigts du cul, le poids des décisions et le fait de n’avoir personne à qui rendre des comptes ont constitué une véritable école de la Vie et du voyage. Le Canada a été la découverte du Yukon, de ma polyvalence professionnelle et de ma volonté d’aller au bout de mes délires, de mes idées, de mes projets. La Nouvelle-Zélande a été l’accomplissement d’un vieux fantasme, celui de partir à l’autre bout du monde, en sac à dos et avec ma barbe et de bourlinguer en stop.

Aujourd’hui encore, près de neuf ans après ce premier départ, je continue à tirer profit de ce que j’ai vécu, dans mon travail, dans ma vie, auprès de ma famille. J’ai acquis une vraie légitimé à m’exprimer sur le sujet et j’en suis aussi fier qu’heureux.

En fait, le plus grand regret de toutes ces années est de ne pas avoir pu en faire plus et d’avoir vu ma trentaine tomber au moment où s’ouvraient de nouvelles portes, de nouvelles opportunités. Du coup, plutôt que de partir, j’essaie désormais d’encourager les autres à le faire !

Quelques articles marquants pour revivre tout ça

Parmi les 859 articles qui composent FromYukon – le Blog de tous les Voyages, certains marchent très bien et me tiennent également à cœur. Voici donc une petite sélection de billets que je vous propose de relire pour approfondir cette lecture !

Pour le reste, les différentes catégories du site sont à vous et 322 articles sont labellisés PVT et WHV !

Et ailleurs sur Internet ?

Si vous recherchez d’autres sites, blogs ou témoignages, toute votre recherche devrait débuter par un passage via le forum de PVTistes.net : c’est LA mine d’or absolue. Vous trouverez également sur le site des guides (gratuits) à télécharger pour le Canada, l’Australie et la Nouvelle-Zélande : j’y ai contribué donc allez-y les yeux fermés !

Dans la blogosphère, une nouvelle référence (à mes yeux) dans le domaine du WHV s’appelle Lucie Aidart, blogueuse sur Voyages et Vagabondages. Entre Argentine et Japon, je suis épaté par les aventures qu’elle s’offre. Un régal à lire et à suivre. Au Canada, peut-être aurez-vous envie de suivre les aventures yukonnaises de Lily’s Road ou plus généralement canadiennes de Kenza – A cup of english tea à Winnipeg. N’hésitez pas non plus à regarder Ma Maison sur le Dos (en Colombie), Voyages d’une Plume (au Chili) ou encore mon chouchou absolu, Solomai’s Trip, qui prouve que la valeur n’attend pas le nombre des années. Enfin, le film-documentaire Génération WHV propose une belle galerie de portraits, tous assez inspirants !

Pour conclure : n’hésitez pas à me signaler vos blogs, lectures recommandées et conseillées en commentaire, je me ferais une joie d’aller les lire !