J’aimerais tant (re)voir Syracuse…

Après vous avoir emmené avec moi à Catane, découvrir les splendeurs d’un marché sicilien, je continue ma série d’article avec, pour ce second volume, une balade dans l’une des plus belles villes du pays. Légendaire, chantée et rechantée, elle porte un nom qui claque au vent comme un étendard. Elle apporte son lot de rêveries, de sentimentalité et son évocation constitue l’un des plus beaux appels au voyage possible. 4 syllabes, 8 lettres: benvenuti a Syracuse !

Une balade à Syracuse

J’aimerais tant (re)voir Syracuse

Pour visiter au mieux cette perle de la Sicile, il faut considérer un élément bien particulier: Syracuse est une ville bipolaire, duale, paradoxale. D’un côté, c’est le parc archéologique, ses merveilles antiques et ses boutiques de souvenirs. De l’autre, c’est l’incroyable île d’Ortygie, avec ses petites ruelles enclavées, son front de mer dégagé et ses églises dissimulées et essaimées aux quatre coins de l’espace. On peut aimer l’une ou l’autre de ses parties comme on peut les détester. On peut apprécier de se perdre au détour d’un carrefour comme on peut exécrer le manque de rigueur urbaine qui tient de loi en ces latitudes. Cependant, une chose est sure: Syracuse ne laisse personne indifférent. Jamais. Nulle part !

Le parc archéologique de Néapolis

Situé au nord de la ville, ce parc (aménagé dans les années 50) est un passage obligé pour tous les amateurs d’archéologie et de monuments antiques. On y trouve une grande variété de ruines, de carrières, un amphithéâtre ainsi qu’un théâtre grec, le tout dans des conditions de conservation assez exceptionnelles. Cela étant dit, il ne faut pas s’attendre non plus à être ébahi à chaque détour des (nombreux) chemins car le tableau n’est pas spécialement rose et la perfection reste encore assez loin.

L'amphithéâtre romain

Ainsi, le premier piège se situe dès l’entrée. Au lieu d’avoir placé le guichet d’achat des billets à proximité de l’entrée du site, les rusés, malsains et vicieux entrepreneurs locaux ont décidé de le foutre à l’autre bout du parking, tout juste après l’espace commercial « Achète mes babioles spécialement créées pour te faire cracher un max de thunes ». Comme, d’autre part, la signalisation est terriblement défectueuse, il faut se taper quelques allers-retours assez ennuyeux avant de pouvoir accéder au Graal…

Le site est ouvert de 9 heures à 18 heures (mais ferme à 16.30 les jours de spectacle. Le prix d’entrée est de 10€, de 5 € en tarif réduit. La gratuité est accordée aux mineurs et aux groupes scolaires (ayez à tout prix une liste avec vous, tamponnée et signée !).

Une fois votre précieux sésame en poche, la visite peut commencer… comme bon vous semble. A titre personnel, je vous recommande cet itinéraire, testé et validé avec un troupeau groupe de 50 personnes derrière moi (pour lesquels je faisais le guide…): Théâtre grec ==> Autel de Hieron ==>Oreille de Dyonisos ==> Amphithéâtre romain. Vous voyez ainsi tout ce qu’il y a voir, sans perdre (trop) de temps et pourrez profiter en paix du panorama sympathique proposé par la dernière étape du trajet.

Une carrière locale

Petit truc sympathique et surprenant (mais très fréquenté): l’Oreille de Denys, une grotte artificielle située dans les anciennes carrières de Latomia del Paradisio. Si le site en lui-même n’a rien de foutrement exceptionnel (on y entre, on prend des photos et on en sort), un autre aspect est plus sympathique et vaut le coup d’être raconté:

L’ancien tyran Denys l’Ancien, comme tout bon Tyran qui se respecte, était désireux de connaitre les secrets des ennemis qu’ils enfermaient dans les carrières. Or, il semble que celles-ci possèdent des propriétés acoustiques bien spéciales, permettant d’entendre – de loin et facilement – tout ce qui s’y raconte. Emprisonner les méchants et découvrir leurs secrets: une recette miraculeuse, qui a donné son nom à l’endroit…

L'oreille de Denys vue de dehors

L'oreille de Denys vue de dedans

Dernier endroit (normalement) de votre visite: le théâtre grec, impressionnant et toujours utilisé de nos jours (comme les Arènes de Nimes ou la Fourvière à Lyon, si je ne dis pas de bêtises). 138 mètres de diamètre et 19 mètres de dénivelé offrent l’assurance d’une vue dégagée sur le spectacle et nous confirme que les grecs savaient ce qu’ils faisaient quand ils construisaient des trucs destinés à divertir le peuple… A quand la même logique pour l’Opéra, le théâtre et les autres divertissements ?

L'amphithéâtre grec

Mon bilan de la visite est globalement correct. Les lieux sont d’un intérêt certain, les monuments (à l’exception notable de l’autel de TrucMuche) bien conservés. Cependant, l’affluence couplée à la commercialisation à outrance des lieux me laissent un petit goût amer dans la bouche…

Si vous recherchez des informations sur tout ce que vous allez voir, soyez prévenus: elles sont, sur place, purement et simplement inexistantes. Si vous souhaitez cependant en savoir plus, deux solutions existent: acheter un bouquin avant de partir ou investir dans une visite spéciale sur place (les guides attendent à l’entrée). Hors de cela: point de salut (et c’est frustrant).

 

L’île d’Ortygie

 

Attention, gros coup de cœur pour ce petit bout de paradis. Cela a même été mon endroit préféré pendant ma semaine sicilienne, ce qui fait que mon objectivité s’enfuit à toute vitesse tandis que j’écris ces lignes… En effet, comment ne pas tomber amoureux de ce que Syracuse a à offrir de plus beau, de plus authentique, de plus sicilien ?

©Markos90
©Markos90

Accessible seulement en traversant un petit canal (surnommé le Darsena), c’est le réel centre historique de Syracuse ainsi que l’endroit où semble concentrée toute la beauté brute qui était planquée ailleurs. Avant d’y mettre les pieds, je trouvais la Sicile jolie mais sans être extraordinaire. Ma première approche de Catane avait été plutôt décevante et je me demandais si le barouf organisé autour de cette destination était vraiment justifié. A la fin de l’après-midi passé dans Ortygie, le sourire ne voulait plus décrocher mes lèvres, mon cœur sautillait dans ma poitrine et je retrouvais ce sentiment merveilleux d’avoir retrouvé un chez-soi oublié, où l’on se sent bien et où l’on voudrait finir ses jours, entre soleil et farniente, à refaire le monde avec des amis de trente ans.

L’ile d’Ortygie est un vrai dédale de ruelles où il est très facile de se perdre. Aussi fréquentée soit-elle, la vie quotidienne n’est cependant pas impactée par le tourisme et l’authenticité est belle et bien présente un peu partout. Soyez donc prévenus si vous voulez faire les paparazzis: c’est la véritable Sicile et non pas un marché aux clichés gratuits !

Détail de la vie

Faire le tour de l’île est faisable en un après-midi de balade, paresseuse et détendue. Vous avez le temps de passer d’église en église, d’aller le voir le fameux Duomo et de déguster de délicieuses glaces à un tarif défiant toute concurrence (2€ les 4 boules !), pas loin de l’aquarium local. Vous pouvez suivre votre guide à la trace et déterminer en avance votre itinéraire, les chances de vous perdre étant au final extrêmement mince (avec une seule entrée et sortie possible, forcement…).

Bonheur aquatique

Cependant, je vous encourage à errer et à écouter votre instinct, à essayer de surprendre de furtifs moments de « vie réelle », à regarder les mamas discuter d’une fenêtre à une autre, à rigoler devant des enfants jouant au calcio dans une arrière-cour ou à être attendris par les premiers pas d’un poupon.

Au détour d'une ruelle

Parmi les monuments devant lesquels vous passerez immanquablement se trouve la « Cattedrale della Natività di Maria Santissima« (ou plus court: le Duomo), située sur la (bien nommée) place de la Cathédrale. Cette imposante bâtisse qui mélange les styles avec une vigueur étonnante vous offre l’opportunité d’une halte ombragée bienvenue, surtout si vous êtes assez fous/inconscients/stupides (comme moi) pour vous balader sans chapeau ni crème solaire.

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L’entrée de la cathédrale est payante et il faut absolument respecter un certain code vestimentaire sous peine de se faire refuser l’accès. D’autre part, les cierges sont électriques: ne laissez donc pas vos enfants jouer avec !

A un jet de pierre de là se trouve le front de mer, rafraichissant au possible et qui permet de regagner l’entrée de l’île via une tranquille et agréable randonnée côtière. Vous passerez devant la Fontaine d’Aréthuse (et son bassin plein de tortues). A ce moment là, prenez à gauche, esquivez les vendeurs de souvenirs et continuez gaillardement votre chemin jusqu’à arriver au Paradis: une minuscule plage planquée en contrebas de la rue, avec un jardin et des wc (payants). Le bonheur de pouvoir tremper ses pieds alors qu’il fait 30° est incommensurable.

Une plage à Syracuse

Ortyigie

 

Sur le chemin du retour, arrêtez-vous de temps à autre pour contempler ce que vous laissez derrière. Profitez de vos pas en ce lieu exceptionnel. Regardez, savourez, respirez et n’oubliez jamais Syracuse la belle, Syracuse la douce, Syracuse la légendaire !

Saviez-vous qu’Ortygie est inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco ?

2 thoughts on “J’aimerais tant (re)voir Syracuse…

  1. J’avoue honteusement n’être pas allée visiter la zone archéologique de Syracuse, d’autres merveilles de cette époque m’attendaient ailleurs en Sicile et nous avons préféré nous concentrer sur Syracuse qui a été comme toi un gros coup de coeur… si jamais tu y retournes j’ai quelques adresses sympas dont un resto super ambiance « bel et le clochard »

    1. Hello Amélie,

      Je ne crois pas que ce soit si honteux de ne pas avoir visité Néapolis (en fait) car il y a vraiment d’autres (très) belles choses à voir à Syracuse.

      Je note pour les restos !

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