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Arrêtons d’avoir honte d’être Français !

Arrêtons d’avoir honte d’être Français !

 

Depuis quelques années désormais, je constate qu’une nouvelle spécialité se développe dans notre pays, prenant une dimension encore jamais vue, grandissant de façon exponentielle au fur et à mesure, ne semblant s’arrêter que pour reprendre son souffle avant d’attaquer une nouvelle phase de croissance. Quelle est cette spécialité, dont nous sommes devenus, presque sans nous en rendre compte, des spécialistes ?

Il s’agit simplement de la dépréciation, de l’auto-humiliation, du french-bashing. Partout où j’ai eu l’occasion de voyager, des tréfonds du Nunavik jusqu’aux confins de la Nouvelle-Zélande, des rues de Saint-Pétersbourg aux avenues d’Anchorage, j’ai constaté le même phénomène, se répétant encore et encore : des compatriotes de toutes sortes déclarant, à voix haute, claire et intelligible, « avoir honte d’être français ».

Mais pourquoi ?

Si j’étais un sociologue émérite, je n’aurais aucun souci à vous expliquer tous les tenants et les aboutissants de la situation, analysant les enjeux et tirant de belles et opportunes conclusions. Cependant, comme cela n’est pas le cas, je vais me contenter d’examiner mon expérience personnelle et de vous dire ce que j’en pense, en tant que voyageur français lambda ayant pas mal bourlingé de par le monde.

La première cause, à mes yeux, du French Bashing vient du comportement de certains à l’étranger. Je me rappelle, dans les rues de New York, avoir engueulé une compatriote qui avait jeté une bouteille par terre alors qu’une poubelle se trouvait à proximité. Je me rappelle, dans les bars de Montréal, avoir été scandalisé par les moqueries envers l’accent des québécois. Je me rappelle avoir moi-même tenu ce langage et avoir dit, à moult reprises « Quand je vois comment ils se comportent, j’ai honte d’être Français ».

La seconde cause, toujours pour moi, émane de notre passé et de l’impact qu’il a pu avoir à l’échelle internationale. Quand j’ai vécu en Nouvelle-Zélande, j’ai toujours pensé que l’on me reprocherait, personnellement, le drame du Rainbow Warrior ou les essais atomiques de Mururoa. Quand j’ai voyagé aux USA, j’étais persuadé que notre refus de rejoindre la coalition pour la guerre en Irak me serait de même reproché ouvertement. J’avais toujours en tête des excuses toutes prêtes et, encore une fois, la pensée a du traverser ma tête à plusieurs reprises « Oui, quand je vois ce qu’ils ont fait, j’ai honte d’être Français ».

La troisième cause est plus subtile et tient à une tendance nationale à nous auto-dénier. Je ne saurais dire d’où vient vraiment cette tendance ni si elle existe réellement mais je constate régulièrement un goût particulier à la dénonciation des exactions de nos compatriotes, le tout enveloppé d’un vertueux manteau disant « Nous sommes les pires », avec moult lamentations.

Quid de la réalité

Peut-être avez-vous entendu parlé du « French Shopping » en Australie, des deux jeunes expulsés pour avoir tenté de brûler des p’tites bêtes ou encore d’autres affaires dont je ne saurais parler en connaissance de cause. Peut-être, en lisant ça cela, êtes-vous en train de vous dire, dans votre tête « Vraiment, quelle honte, il n’y a vraiment que des Français pour ça ! ».

STOP.

Arrêtons-nous de suite sur cette pensée. « Il n’y a que des Français pour faire ça ». Pensez-vous vraiment, en toute honnêteté, lucidité et objectivé que la nationalité est liée directement au niveau de bêtise ? Qu’un allemand, un américain, un finlandais ou un papou ne serait pas capable de faire pareil voire même pire ? Êtes-vous capable d’affirmer, de prouver, de démontrer, de façon absolue et indiscutable que nous, Français, détenons le Monopole de la connerie en Voyage ?

Bien sur que NON car cela n’est simplement pas vrai.

Confrontons les faits

Je continue à lire que « les français sont tous considérés comme des voleurs en Australie ». Je continue à lire « Je ne veux pas rencontrer d’autres Français à l’étranger, ils me font trop honte et cette honte rejaillit sur moi ». Je continue à lire « Pouah ! Une réunion seulement pour les Français ? C’est une honte ! ».

Pour avoir vécu sur trois continents différents, pour avoir beaucoup bourlingué, je vais vous dire quelque chose de très précieux, de très personnel : nous ne sommes pas les pires, et loin s’en faut. Lisez les témoignages de tous nos compatriotes expatriés en Australie ou ailleurs. Confrontez les racontars, les dires, les légendes urbaines aux faits réels et demandez-vous si une poignée de micro-événements suffit pour ternir une réputation entière ?

Si vous êtes curieux ou si vous doutez, allez chercher les témoignages des problèmes nocturnes à Queenstown. Regardez ce que font les touristes chinois dans le monde. Interrogez-vous autour de vous sur le comportement des jeunes allemands en WHV. Fouinez, comparez et vérifiez de par vous-même que la bêtise, la connerie et la stupidité sont universelles, internationales et ne sont aucunement une spécialité hexagonale (et seul le Grand Castor, là-haut dans le Ciel, sait combien de fois j’en ai été témoin).

Je vous le dis

Depuis plus de vingt ans que je voyage, seul, en groupe ou en famille, ma nationalité ne m’a jamais posé le moindre souci. Plus d’une fois, le fait d’être français m’a ouvert des portes dont je connaissais même pas l’existence. Nous sommes beaucoup plus aimés que détestés et nous n’avons aucune raison d’avoir honte. Je n’ai jamais rencontré un pays aussi masochiste et aussi prompt à s’autobasher que le notre. Quel plaisir prenons-nous ? Quel intérêt ?

C’est justement en arrêtant de nous auto-déprécier et en modifiant la teneur de notre discours que les choses peuvent changer. Refusons d’être assimilés à une poignée d’idiots décérébrés. Mettons en avant les actes positifs plutôt que le reste. Revendiquons cette nationalité, servons-nous en comme d’un levier, d’une force. Cessons de cracher sur les autres expatriés, de nous considérer meilleurs, plus intégrés, plus XXX. Ce comportement que nous dénonçons parfois de façon fort opportune, nous l’avons tous eu à un moment donné.

Alors, acceptons simplement ce constat : « Nous ne sommes pas mieux que les autres mais nous sommes très, très loin d’être les pires. Nous n’avons aucune raison de continuer à nous taper dessus sans l’aide de personne. Et si nous arrêtions ici et maintenant ? »