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On a retrouvé Jacques Londres – Part 2 –

Je t’avais laissé, ô toi lecteur adoré, dans un suspens insoutenable, au moment où notre glorieux gang arrivait à Dawson City, quelque part du côté du Klondike, dans le Grand Nord canadien. Voici donc la seconde partie de cette épopée qui n’a rien à envier à celle d’Ulysse, le grec cyclophobe.

Samedi après-midi 16.31

Nous sortons fourbus et mouillés des voitures garées. Notre programme est clairement défini: rienafout. On va donc marcher tranquillement et se balader tranquillement dans les rues locales. Notre guide est Vous-savez-qui (le Fléau de Julien), qui est déjà venue dans cette partie du pays à l’occasion d’une de ses nombreuses errances nocturnes.

Première constatation: Dawson a du rater une marche sur l’escalier du progrès humain: les rues sont en terre battue  – genre Roland Garros – et les trottoirs sont en bois. Bon, soit, ça fait folklorique et tout ça mais quand il pleut, on a envie de faire nos Jane Birkin « Ouh la gadoue, la gadoue… ». Bref, pas super pratique. Ensuite, pour une ville perdue, je trouve qu’il y a beaucoup de monde. Mais vraiment. Pas mal de germains, venus crapahuter dans le merdier local.

D’ailleurs, à ce propos, les canidés alexiens ont une tendance (que n’aimerais pas mon géniteur) à grogner au moindre son à aspect germanophile… « Ach, schon, ich liebe der marmelade ! » « Ouaf ouaf, grrrr, ouaf, grrrr ». A noter que le tripode, lui, cherche à gratter l’amitié en chouinant à tout va. Il ne récolte qu’une raison de plus à se faire taquiner par nous autres à chaque fois…

Bref, vous l’aurez compris, ça a pas été franchement le coup de foudre au premier abord avec Dausone. Mais faisant fi de mes appréciations personnelles, nous avons été jusqu’au bout de notre logique et avons donc fait nos touristes (en sachant que pour Alex, moi et Mel’, c’était notre première fois…). On a bouffé du Robert Service à toutes les sauces… Ce gars est LA star du coin. C’est une espèce de poète chelou qui a decrété que le Yukon, bah c’était trop de la balle, grave chébran, que ça dépouillait tout. Donc du coup il a écrit plein de trucs graves ardus à comprendre mais dont la populace locale est tombée amoureuse. Et la, logiquement, le sieur Service est donc vénéré. On a la banque où il a travaillé, la chambre où il a dormi, le lit où il a … Stop. Le plus intéressant dans tout ce fatras, c’est sa fort jolie Cabine paumée sur les hauteurs de la ville. C’est vert, tout fait de bois et ça respire la Nature.

Bon, pour vous laisser vous faire une idée, voici un Poème de ce joyeux luron qui a fini breton (pauvre de lui…).

Premier strophe du légendaire Spell of Yukon

I wanted the gold, and I sought it,
I scrabbled and mucked like a slave.
Was it famine or scurvy — I fought it;
I hurled my youth into a grave.
I wanted the gold, and I got it —
Came out with a fortune last fall, —
Yet somehow life’s not what I thought it,
And somehow the gold isn’t all.

Totalité de l’oeuvre précitée et plein d’autres écrits par le Sieur Service disponible ici

Ceci étant fait et l’hommage ayant été rendu, nous avons continué notre marche lunatique dans les rues embourbées, n’ayant comme seule distraction que la vision d’un ND essayant de faire tomber le tripode à grands coups de latte dans l’arrière train – toujours quand Alex’ ne regarde pas (c’est à dire tout le temps vu que sa trilogie canine était repartie entre nous tous). Et nous sommes arrivés à THE place dans Dawson, le coin le plus mythique de la ville…

La Cabine de Jack London, le mec qui a donné l’envie à toute une génération de venir péter un cable ici. Le gars qui a sacralisé la relation entre l’Homme et la Nature. Un gros coup de mythe dans ta gueule quoi.

Alors, hop, le lien officiel Wikitrucmuche pour tout connaitre sur sa vie et comme je suis de bonne humeur, je vous apprends que ses oeuvres sont dans le DP (domaine public !) donc voici un lien super méga officiel pour télécharger en toute légalité Croc Blanc sur ebookgratuits.com. Une autre recherche en spécifiant Jack London vous donne d’autres livres. Bref encore…

On a donc vu la cabine du M’sieur, infiniment plus fréquentable à mon sens que le Robert Service, on s’est émus, on a pris des poses de Wesh Wesh devant avec Julien et Alex’, genre les Lascars à Dawson et tout, fais nétour brother.

Et on est repartis. On a vu un gros bateau, presque comme celui de Whitehorse mais pas aussi gros, c’est le SS Keno. On a vu des vieilles maisons, des vieux bâtiments… Plein de vieux trucs ! Et un truc marrant aussi, ce sont les maisons à effet Tour de Pise. En gros, quand ils ont construit certaines habitations, ils avaient pas révisé la géologie avant. Et quand on fait chauffer la baraque sur le Permafrost du coin, bah c’est pas bon du tout pour les fondations. Et donc ça fait pencher la maison.

Donc, fin de l’errance et gros chagrin lorsque je me rends compte que le seul Liquor Store de la ville est fermé et que je ne pourrais pas acheter ma Vodka locale, à base de paillettes d’or. C’est en pleurs que je remonte dans la voiture, consolé par un Julien dans un état sembable, pas loin de l’apoplexie (Celle qu’il ne faut pas nommer venait de lui sourire, il a cru qu’elle voulait lui bouffer le bras…). Au programme: montée sur la montagne locale pour manger, retour en ville, soirée Casino et grosse murge sauvage visite de quelques lieux historiques locaux.

Au dessus de Dawson 19.00

Une grosse brochette de beaufs. Voila ce qu’on est à ce moment là. Des bières ouvertes, un gros saucisson à l’ail sur les genoux, la musique sortant du portable de Mélanie, des paquets de chips éventrés autour de nous. Pascale rigole comme une bossue en grognant de temps à autres pour faire bonne mesure. Mel’i est déjà pas mal partie et décrête que l’orage qui semble s’approcher de nous fera le tour de la Vallée sans nous toucher (et elle a gagné la bougresse). Julien tente de surmonter sa peur primitive de ma colloc’ et reste assis sans (trop) bouger, allant même jusqu’à la regarder. Nico et Alex’ font cuire des pates et du poulet. On est assis sur un gros banc de bois avec une vision à 360 de tout le paysage du coin, des méandres de la Yukon River jusqu’aux pics de Tombstone. Et c’est le pied, le vrai. On bouffe comme des cochons, s’en fout plein le ventre, les idées commencant à ne plus être très claires pour certains… Les chiens errent, tout heureux de leur libertée (sauf Youska qui aboie sur tout ce qui bouge et qui est donc attachée à notre banc). Nico a même arrêté de vouloir mettre des taquets au tripode pour un petit moment…

C’est donc dans l’allégresse que nous repartons pour passer la soirée dans la ville et dépenser nos dollars sur le tapis vert… En chemin nous croisons un Moose et son petit. Comme il était pas grand, il était mini. Mini Moose. Minni Mouse donc. Et l’autre c’était Mickey. Mickey Moose.

Casino de Dawson 22.00

Alors là, ça commence à devenir brumeux. On a tous tentés de gagner. On a gagné mais moins que ce que l’on a perdu. Donc on est repartis bredouille. Black Jack, roulette, bandit manchot. On a tout essayé mais rien ne nous a souri. Même pas à Mel’i et sa chance d’Emir qu’un Harem entier aurait fait cocu. Nonobstant nos déboires financiers, nous gardons le sourire et entamons une courte quoique salvatrice marche jusqu’à un rade local, interrompu par la nouvelle lubie de notre suisse de service qui a passé la soirée à faire des photos de groupe. Sans elle dessus. CQFD !

Bon, au rade, on a repris du jus de houblon fermenté, deux fois et on a fait des bras de fer. Et la j’ai eu la preuve que Julien n’était pas si fou. Pascale renferme bien quelque chose de bizarre en elle. J’ai galéré un truc de fou pour la battre au bras de fer mais c’en devenait incroyable. J’ai passé 5 minutes avec sa main à 3 centimètres de la table, quasiment impossible à plaquer. Et je vous mens pas, j’ai vu passer dans ses yeux des flammes, ses pupilles se sont rétrécies, ses dents se sont allongées, sa poigne s’est raffermie et elle a essayé de me broyer le poignet. Heureusement, à ce moment-la, Mel’i, bien partie dans un monde meilleur, a balancé une vanne bien pourrie typique de la Basse Normandie. Et ça a suffit à rompre la métamorphose pascalienne. Et à me laisser le temps de gagner, sans gloire.

Après ce peu fameux épisode, nous avons changé de rade, repris des photos de groupes, re-bu des godets et hop, direction les voitures et nouvelle mission: trouver un endroit pour dormir…

Mais ce sera le prochain et dernier épisode de la Saga !

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Autrement, ici, tout va bien, mes collocs sont parties en Alaska se faire un week-end entre filles, j’ai volunterre pour la Yukon River Quest, uniquement en anglais et j’en resors grandi. Entretien demain pour du boulot, toujours la routine…

A tantôt !