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Ma musique de Proust

J’ai un gros défaut: j’aime chanter. Au détour d’une rue, en pleine balade, en faisant la vaisselle ou en travaillant: toutes les circonstances sont toujours bonnes et je me complais à pousser quelques ritournelles, le temps d’une minute ou de 5 couplets. Cependant, il semblerait, selon quelques témoignages, que je chantasse terriblement mal. Il apparaitrait que ma voix s’apparente à celle d’un caïman écorché vif, à un guépard dont la queue serait coincé dans un mixeur ou encore à un dromadaire en pleine coloscopie. Heureusement (ou pas), cela ne m’arrête pas et je ne ressens nulle honte à étourdir mes semblables, encore et encore. Cela étant, je ne vais pas chanter pour aujourd’hui mais, plutôt, partager quelques morceaux qui me sont chers, qui me relient à des expériences fortes vécues en terre étrangère. Si Proust avait sa madeleine, j’ai pour ma part mes chansons…

Ma musique (de Proust)

Une guitare en Irlande

Quelque part, à l’ouest de l’Irlande, se trouve le comté du Mayo. C’est dans cette région que j’ai habité et appris à aimer la verte Erin, terre bénie entre toutes. Un soir que j’étais assis dans un pub à Castlebar, en train de siroter une bière avec mes collègues, un bonhomme est entré avec sa guitare. Après avoir scanné l’horizon, il s’est lentement dirigé vers le bar, a commandé une Guinness et s’est lentement posé sur un tabouret. Après quelques gorgées, il a gratté les cordes de son instrument et a entamé, avec une voix aussi gutturale que chaude, un morceau que je n’avais jamais entendu jusque là. Petit à petit, le silence s’est fait et le pub entier s’est arrêté de consommer pour écouter ce musicien reprendre un classique de Christy Moore intitulé « Ride on ».

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Cliché, archétype, scène mille fois déjà vue ? Toujours est-il que c’est à ce moment bien présent que j’ai touché du doigt, véritablement, le pouvoir de l’âme irlandaise, cette nostalgie ancrée dans le cœur collectif de la nation entière et ce pouvoir d’évocation qui sue à travers chaque note, chaque parole, chaque air de musique…


 A travers les USA

Quand vous voyagez avec quelqu’un pendant très longtemps, il est de bon aloi d’avoir quelque chose pour combler les (longs) silences (parfois) embarrassants. Tout au long de nos 20 000 bornes à travers Canada et Usa, nous n’avons guère eu l’occasion, avec Georginou, de nous embêter avec ce sujet. Soit nous parlions, soit nous nous taisions et nul besoin de se prendre plus avant la tête. Cependant, ce charmant jeune homme avait eu l’immense idée d’embarquer avec lui quelques morceaux de musique, précieux témoins d’un goût… particulier puisque l’intégrale de ses K7 (oui, des cassettes audios !) ne comptait qu’un (et un seul) artiste :

© Thesupermat

© Thesupermat

Graeme Allwright (pour qui tout va bien, merci pour lui !) donc, dont j’ai découvert l’œuvre tantôt amusante, tantôt décalée, souvent sarcastique et souvent perçante ! De toutes ses compositions, je n’en retiendrais qu’une, comme hommage à tous les backpackers/roadtrippeurs du monde…


Ô Braziiiiil

Pour le coup, ce morceau-ci n’est pas directement relié à un voyage, ni à une expérience forte en Amérique du Sud (où je ne suis jamais allé d’ailleurs). Par contre, j’ai rarement rencontré une mélodie aussi évocatrice, aussi forte et aussi emblématique, qui donne envie de danser, de bourlinguer, de tourbillonner et de se perdre encore et encore quelque part dans les ruelles de Jzépazouch, non loin de SouiPerdou et à proximité de Ranafoutch. D’abord les notes puis la voix, avec ce rythme entêtant et ces deux syllabes qui s’étirent à l’infini pendant que revient l’écho d’une trompette (ou d’un saxo)…


Pour la petite histoire, ce film de Terry Gilliams est un truc super tordu, indescriptible, qui résonne de clichés étranges et qui a probablement traumatisé plus d’un spectacteur (et qui ne fait surement pas partie des voyages imaginaires que je veux faire à l’occasion !).

I can’t get no…

Californie. San Francisco. 4 juillet 2006. Le feu d’artifice pète de tout côté tandis que, sur une scène, une bande de quatre chevelus hurlent encore et encore un refrain mondialement connu. Le massacre est absolu, le carnage total, la douleur intense jusqu’à ce que, au détour d’un riff, les notes s’enchainent correctement et que le refrain enflamme tout d’un coup toute la foule présente sur le Pier (et autant vous dire qu’il y avait du monde…), nous emmenant, le temps d’un morceau, au bout de nous-mêmes, jusqu’à l’extinction de nos cordes vocales et révélant des hormones dont certains n’avaient surement jamais entendu parler.


Et vous, quels morceaux vous font voyager, encore et encore ?