Les cartons

En 1999, au siècle dernier, j’ai eu la chance de suivre un atelier d’écriture organisé au sein de mon lycée. Mes premiers pas dans le monde de l’écriture, encadrés par un écrivain – Bruno Grégoire – et par ma professeur de français. L’objectif en étant simple: maitriser et s’amuser le langage des mots en s’inspirant d’une photographie en noir et blanc.

Au cours de fouilles archéologiques dans ma chambre, je suis retombé sur ces textes, publiés de façon très marginale dans un recueil nommé Déclic. Pour le simple plaisir égoïste, je m’amuse ensuite à réécrire aujourd’hui ces choses, me récréant ainsi un pont personnel, jeté par-dessus l’abime des années passées.

J’inaugure donc avec cette nouvelle rubrique intimiste avec un texte intitulé Les cartons.

Un tas de cartons, bien rangés les uns sur les autres, attendant d’être transportés. Mais ce sont eux qui transportent les souvenirs d’une vie. Ils sont toujours utiles, toujours là quand il faut, quand on a besoin d’eux. Sans aucun sentiment, ils remplissent leur tâche, insensibles aux craintes, rien de plus normal pour des objets !

Pourtant le carton est la première chose que l’on voit, première peau d’un nouvel achat. Il entoure, protège, garde soigneusement en lui son secret jusqu’à ce qu’on l’ouvre.

Et alors, c’est le moment tant attendu, l’apothéose de l’apocalypse ? Mais il n’en est pas responsable, ce n’est qu’un objet.

Qu’un objet peut-être, mais bien utile lorsqu’il tombe entre les mains avides de ces bouchers que sont les enfants.

Sans sentiments, il se laisse déchirer, découper, livre son corps à la science trop expérimentale qu’elle celle des gosses. Et lorsqu’il sert à protéger les autres, s’offrant comme une protection contre le froid, est-ce toujours un objet ?

Et les cartons attendent toujours de savoir où ils vont,  transportant encore les souvenirs.

Version moderne – 14 ans après

Un tas de cartons, bien rangés les uns contre les autres, attendant d’être transportés, déplacés, bourlingués.

Ils sont toujours utiles, toujours là quand il faut, toujours là quand on a besoin d’eux. Sans aucun sentiments, ils remplissent leur tâche, insensibles aux craintes, insensibles aux frayeurs: ce ne sont que des objets !

Pourtant, le carton n’est-il pas plus que ça ?

Première peau d’un nouvel achat, il entoure, protège, couve et garde soigneusement son secret jusqu’à son dépucelage final et barbare, épilogue final d’une vie toute tracée.

Alors, qu’est-ce donc, ce moment si délicieux du déballage ?

Que voulez-vous qu’il en sache ?

Il n’en sait rien et s’en fout même un petit peu, n’étant qu’un objet à l’existence bien vaine mais tellement utile, comme lorsqu’il tombe entre les mains avides de ces bouchers que sont les enfants.

Alors, sans sentiments, il se laisse déchirer, cisailler, découper, déchiqueter. Son corps est livré à cette science trop expérimentale qu’est celle des gosses, qui feront de sa peau une maison, de ses nerfs une structure et de sa mémoire un souvenir, tel  un conte narré aux copains à la récré de dix heures.

Il aura alors pour tombe un terrain vague et pour épitaphe une belle aventure.

De tout ça, cependant, le carton n’en a cure: il se contente d’attendre, encore et toujours, de savoir où il ira.

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