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Les blagues de Titine

Tu te rappelles sans doute, ô toi mon fidèle lectorat, que j’ai eu la chance de posséder pendant quelques mois le plus bel engin motorisé ayant jamais roulé sur cette terre.

Rutilant, brillant de mille feux, les rugissements de son moteur endiablé se faisaient entendre à des kilomètres à la ronde et la Nature elle-même semblait se mettre en veille pour que tout-un chacun puisse l(admirer déboulant sur les routes du Yukon et d’ailleurs.

Son profil technologique doté de toutes les innovations possibles, ses options HDG (Haut de Gamme), sa tenue de route légendaire et sa vitesse de pointe affolante, tout cela faisait de mon véhicule une voiture de légende.

Et puis j’ai regardé mon compte en banque, les annonces du Yukon News et je me suis décidé à acheter Titine.

300 000 bornes au compteur, aucune pièce d’origine, un parebrise fendillé, des fuites de partout, un moteur bridé à 120 bornes à l’heure, 30 en montée, interdiction de dépasser les 3000 tours/minutes. Bref, une litanie de dysfonctionnement, un gros clin d’œil à la RMCP disant “Viendez m’arrêter, je suis totalement, absolument et définitivement Hors la loi !”.

Voici donc pour vous, plus ou moins chronologiquement, le Best-Of de ce gros Ta2Boo, le long des 18 000 et quelques kilomètres passés en sa compagnie !

Avant le départ

Une Timing Belt à changer, un puis deux puis beaucoup de mails de personnes m’incitant à réfléchir avant d’acheter ce truc (dixit), un coffre qui ferme pas, un bouchon de liquide de refroidissement paumé, pas de plaques d’immatriculation, un Cruise Control en rade et des sièges indélogeables. La tête de Georginou lorsqu’il vit Titine pour la première fois, garée sur le Parking de l’Aéroport est l’un de mes plus beaux souvenirs.

Haines Junction, avant de prendre le ferry pour Skagway

Sgiiiiiing, crouiiiiiiiiik, tchoooooooong, sliiiiiiiiiiiiirp. Regards très dubitatives et hilarité retenue du personnel de bord. En fait, c’était juste une courroie qui avait des envies d’indépendance. Pouf, 40 dollars.

Vancouver, en plein milieu d’Hastings

* Vieux bruits de rouages qui grincent plus des masses *
* Lumière rouge clignotante sur le tableau de bord *

Y plus d’huiiiiiiiile ! Arrêt en urgence à un carrefour où on a manqué de se faire écraser deux fois (enfin Georginou surtout, moi j’essayais de localiser le coin du rendez-vous avec PPDO et Pascalounette).

Alberta, pas loin de Golden

140 dollars d’amende et Safety Check à passer dans les 30 jours: pare brise pété, fuite de jsépaou et divers clignotants ne clignotants plus. Titine est officiellement baptisée ce jour “Ta2Booo”.

Sortie de Jséplukelparc aux USA, dans la zone interdite à l’arrêt, ou paissent les troupeaux de Moutain Goat et dévalent les éboulis

– Dis Georginou, elle a un truc bizarre Titine…
– Arrête-toi, je vais regarder.
– Ana Crevééééé !
(…)
– Do you need help ? No ? Okay !
(…)
– Putain de cric de merde !
(…)
– Putain, ça se décrouïse comment ces écrous ?
(…)
– Hey Ranger, we’ve a problem…

Death Valley

La montée fatale, de zéro à quatre mille feet. Titine a pas aimé. Pschout qu’elle nous a dit et arrêt absolu, sans aucune négociation du genre grève à la française. Mais comme ce n’était qu’une crise temporaire, elle est repartie dix minutes après toute guillerette.

Après la Death Valley

De la fumée dans l’habitacle, le cockpit, le siège avant. Des freins ayant décidé de prendre leur retraite. Et Georges qui me regarde du genre “Avoir acheté ce truc sans m’avoir prévenu, tu me le paieras un jour mon Coco”.

J’ai saisi l’ampleur du désastre quand, vitres fermées, j’ai demandé audit Georginou s’il entendait les cigales dehors: “Ce ne sont pas des cigales, c’est ce qu’il reste des freins de ta maudite bagnole”.

On aurait dit un guitare mal accordée couinant encore et encore…

Verdict: 200 dollars et une nouvelle plaquette

San Francisco

Voiture apparaissant volée, arrestation par les keufs, fouille (très très) relative et libération sans conditions quelques minutes après: en effet, on ne peut décemment pas voler un truc pareil. Pour la petite histoire, ma plaque yukonnaise a fait conflit avec le super ordinateur équipant les véhicules de la SFPD (Bug dans le jargon local et aucune possibilité de savoir si ça pouvait se reproduire).

Voila, l’épopée, les riches heures, ce qui fut la vie, la gloire et la fin (à la casse ou en pièces détachées) de la plus belle caisse que j’ai jamais possédé (la seule aussi).

Titine, où que tu sois, nous ne t’oublierons jamais !