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Le rituel du soir

Pendant notre légendaire Roadtrip avec le non moins légendaire Georginou, nous avions un rituel quasi immuable quand le soir venait recouvrir de son noir manteau les plaines enneigées/ensoleillées/pluvieuses du continent nord-américain.

Il faut bien se rappeler que nous logions dans un hôtel 4* où nous avions une chambre réservée tout le temps: ma Titine. Et que dans cette titine, nous trimballions (enfin moi surtout) tout un bordel contenu dans une dizaine de sacs divers dont on ne savait plus trop à la fin le contenu. Ajoutons à cela quelques livres, deux poubelles et un amas cartonné de ce qui fût des packs de bière et vous avez une image assez fidèle de notre lieu de vie principal.

Nous roulions donc généreusement et vers 18 heures, l’éternelle question arrivait:

« On va peut-être se chercher un endroit où dormir non ? »

Et là commençait encore et toujours la même démarche: checkage du plan, réperage de lieu paumé, cherchage de National Forest et de zones vertes.

En général, nous trouvions vite fait un p’tit coin paumé, loin de toutes les highways et autre Interstates (que nous fuyions outre mesure) et le problème était réglé vite fait.

Mais deux ou trois fois, impossible de trouver de suite et ça deviendait le drame. La nuit tombait, la visibilité aussi de facto, ainsi que nos espérances de pouvoir se poser tranquillou…

Ainsi, nous passâmes quelques trois heures à nous perdre dans l’Idaho, quelque part vers Coeur d’Alène où nous avons erré entre base militaire et monument national, pour finir cachés dans une route avoisinant un champ où moult quadrupèdes paissaient bovinement. De même que notre arrivée californienne fut un échec absolu puisque nous avons fini garé le long de la route, noin loin d’un rutilant lotissement à milliardiaire.  Et je ne vous parle pas de la galère pour trouver où se planquer pépére dans les petites rues de Richmond, du côté de Vancouver !

A contrario, nous avons souvent trouvé des endroits merveilleux ! Nous repensons avec émotion au camp de prospection minier abandonné le long de la Klondike Highway (Quiet Man Creek si y a des aventuriers…), de la route abandonnée du côté de l’Alaska Highway, du champ de patates (au sens figuré) surplombant Zion Park ou encore d’une aire cachée dans l’Arizona où nous avons vu un soleil couchant propre à faire pleurer le coeur d’un banquier. Le Colorado nous a recelé aussi quelques petites merveilles, tout comme l’Utah et le Montana (glagla ma barbe !).

Bref, quand nous étions posés, que Titine pouvait profiter d’un repos bien mérité pour ses rouages quasi centenaires, l’heure était venu de préparer la bouffe. Nous avions investi dans un merveilleux petit réchaud, nous avions nos merveilleuses petites assiettes, notre merveilleuse casseroles et… nos merveilleux paquets de pâtes.

Oui.

Des pâtes à faire bouillir dans l’eau, aux saveurs cheddar/oignons/italienne/canadienne/pesto et bien plus encore, en provenance principalement du Superstore de Whitehorse que nous avions dépouillé. Notre inventaire alimentaire comprenait aussi de nombreuses boites de sardines, un paquet de riz, des patates, du thon et quelques légumes égarés par erreur.

Nous avons tenu deux semaines et demie avec nos pâtes démoniaques avant de décréter que zut enfin quoi, on allait bouffer du hamburger comme des gueux.

Ce qui fut fait (et bien fait) !

Quand nous étions repus et rassasiés, l’heure venait de vider notre chambre et de tout transférer à l’avant de mon Ta2boo préféré. L’un à avant et l’autre à arrière, nous faisions valdinguer les affaires comme des rugbymen professionnels. Réglé comme un coucou helvète, nous savions (presque) quoi allait où et à la fin, nous ne mettions plus qu’une poignée de minutes pour accéder à notre chez nous.

L’heure était alors venue de dérouler les matelas, de sortir les duvets, d’ouvrir les jus de houblons locaux et de refaire une fois de plus le monde…

Mais c’est une autre histoire !