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Le plus beau de tous les voyages

Dans la maison, tout est calme. Aucun bruit ne vient briser le silence ni perturber ma concentration. Je savoure ces quelques minutes de repos et je réfléchis à la façon de formuler ce qui va suivre. Près d’un mois après la publication de mon dernier billet, c’est avec plaisir, lenteur et patience que j’ai laissé les phrases se former et murir tranquillement dans mon esprit. Aujourd’hui, je me sens prêt à vous parler et à aborder le plus intime des sujets jamais évoqués sur ce site qui est mien depuis un jour de janvier 2009. Aujourd’hui, je vous raconte comment et pourquoi ma vie a changé pour toujours. Aujourd’hui, je vous raconte un épisode unique. Aujourd’hui, je vous raconte le plus beau et le plus long de tous les voyages.

 

Le plus beau de tous les voyages

 

Il y a trois mois de cela, au cœur de la nuit et de l’été, dans une maternité de Paris, j’ai été bouleversé. J’ai vécu une expérience d’une puissance indicible, d’une force indescriptible, à laquelle rien ni personne n’aurait pu me préparer. Bien avant cela, pendant les longs mois de gestation, aux côtés de ma formidable #DeT, j’ai tout doucement cru pouvoir prendre conscience  de ce qui allait se passer. J’ai effleuré de loin, de très loin, la réalité, sans me rendre compte qu’on ne peut en parler sans l’avoir vécu. Il y a trois mois, une petite boule de chair gesticulante est apparue devant mes yeux en larmes. Il y a trois mois, nous sommes (re)devenus parents et je suis devenu Papa.

Tenir le doigt d'un bébé

Je me rappelle ces discussions avec les amis passés par là récemment. Je me rappelle avoir été lire les billets de mes consœurs Aurélie et Aurélie. Je me rappelle avoir cru connaitre, avoir cru savoir, avoir cru être préparé à affronter la tempête qui se levait au loin, là-bas et dont les premières secousses étaient déjà annonciatrices d’un sacré bordel.  Quelle prétention et quel orgueil de ma part ! J’ai été balayé comme un fétu dans le vent. Je me suis envolé comme une feuille en automne, j’ai décollé et je n’ai toujours pas atterri, la tête perdue à une altitude où le bonheur se balade avec l’incrédulité, main dans la main. Je ne réalise toujours pas totalement et je continue à me croire dans un rêve, au rythme des jours passant.

L'histoire de la vie

Il est écrit que ledit Bonheur se trouve dans le regard de l’autre, qu’il tient à peu de choses, qu’il suffit de le capter pour le conserver à jamais. En vérité, je vous le dis : le bonheur se trouve dans un sourire, dans un rire, sur un visage apaisé, dans la sonorité d’un mot balbutié, dans la force d’une main serrée autour d’un pouce, dans la contemplation d’un bébé endormi au creux d’un bras, dans un échange gestuel informel, dans une caresse du bout des doigts. Il n’y a rien de plus beau au monde que de tenir fort contre soi son fils, de le sentir s’apaiser, se calmer, se reposer. Il n’y a rien de plus violent au monde que de sentir ses tripes se nouer au détour d’un pleur, d’une larme, d’un spasme. Il n’y a rien de plus vrai, de plus intègre, de plus absolu, de plus formel qu’un enfant.

J’ai entamé, aux côté de DeT, un voyage non-écrit où aucune étape n’est balisée, où aucun chemin n’est tracé et dont on ne connait que le début et la fin. J’ai participé à donner la Vie et j’ai accepté d’endosser LA responsabilité ultime : être un parent et mériter le nom de Papa. Dès lors, j’apprends chaque jour un peu plus. Je découvre mon fils au fur et à mesure qu’il se découvre lui-même. J’apprends à décrypter son langage, à comprendre ses gestes et à répondre à ses besoins. J’apprends à accepter de ne pas comprendre. J’apprends à être perdu, impuissant, faible, fatigué, enthousiaste, épanoui, tendu, nerveux, irritable, irrité. J’apprends et j’en suis fier, heureux, satisfait.

paris famille

Bien sur, tout n’est pas rose depuis l’arrivée de Petit Homme dans notre vie familiale. Mon planning de travail a explosé, je cours après la moindre minute et j’ai l’impression – par moments – de subir plus que de vivre. Les petits gémissements au milieu de la nuit me font frissonner d’angoisse, l’expression de son visage sur le point d’éclater en sanglots me fait frémir et je me retiens, par moments, de monter dans un avion et de m’enfuir en hurlant. Pourtant, tout cela est balayé en l’espace d’une seconde. Quand je le regarde. Quand il me regarde. Quand je dis, à voix haute, les yeux dans les yeux : “Bonjour toi. Bonjour mon fils”.

Forcément, ma vie quotidienne et mon activité professionnelle sont impactées, ayant pris la décision de le garder avec moi, Papa 2.0 profitant de son statut d’AE et de Freelance. J’en profite aussi pour découvrir le bonheur des voyages en famille, ici et ailleurs… De nouvelles aventures à suivre ensemble, un nouveau chapitre à écrire !