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La vie en auberge de jeunesse

Wellington – J+6

Alors que je quitte demain mon auberge où je squatte depuis mon arrivée, tantôt gratuitement tantôt pas gratuitement, j’ai comme une petite envie de vous conter les aléas, les avantages et les limites de mode de vie pseudo-nomade.

L’intérêt majeur de ce genre d’endroit est le melting pot incessant des nationalités se croisant encore et encore, au gré des vacances et des voyages. Je traine depuis 6 jours avec une malaisienne et une irlandaise, accompagné parfois d’un argentin, d’un allemand et d’une suédoise.

J’ai ainsi dans ma chambre un groupe ressemblant fort à des anglaises en vadrouille, une lolita passant la journée à se pomponner et à se coiffer, une espèce de cadavre que je n’ai jamais vu en-dehors de son pieu et même un journaleux-écrivain tourdumondiste toujours collé au zinc du rade adjacent, se collant des mines que n’aurait pas renié Bacchus lui-même (et tentant de me persuader que la Jamaïque est le Paradis sur terre).

Je vois également passer au loin (enfin dans le couloir) des troupeaux de choristes asiatiques, des assemblées d’étudiants uniformisés et d’autres trucs dont je n’ai pas réussi à trouver la provenance exacte jusqu’à présent.

Bizarrement, le lieu de socialisation ultime de ce genre d’endroit n’est pas, comme on pourrait s’y attendre, le bar mais bel et bien la cuisine, où se nouent et se dénouent bon nombre de drames, d’alliances et d’histoires sans forcément de lendemains (j’suis mal placé pour en parler méboncépagrave). Toute une foule gravite autour des casseroles et des tasses, cherchant sans trouver (et sans vraiment chercher en fait) l’ustensile adéquat permettant d’engager la conversation avec l’avenante et gironde touriste adjacente et bien sur non anglophone (sinon ce serait trop facile !).

 

Le lieu de déchéance (aka Pub/bar) situé next door est un endroit agréable mais bizarrement moins fréquenté que ladite cuisine. Peut-être que les hordes locales ne préfèrent pas boire ici mais c’est également un mystère que je vais m’attacher à résoudre incessamment sous peu, sachant que j’ai déjà pas mal étudié l’endroit et que la bière y est fort goûtue (et peu chère, soit dit en passant).

Je pourrais tout à fait aborder l’aspect géographique de cette auberge, idéalement placée en plein cœur du Downtown, à deux pas des musées et des rues de la soif d’ici mais je n’en ai pas envie donc nous en ferons fi.

Tout cela formerait une image fort acceptable s’il n’y avait pas le contrecoup obligatoire: la vie privée et son inexistence absolue.

J’entends par là que partager une chambre avec 7 inconnus, ça a franchement ses limites:

C'est pas moi !

Mon espace vital est réduit à 1 mètres sur deux (la taille de mon lit) et l’on entre dans la chambre comme dans un moulin (si on a la carte !), à toute heure du jour ou de la nuit.

Mon espace de survie

Une seule lumière pour tout le monde, pas de veilleuse et impossibilité totale, absolue et définitive de dormir après 10 heures du matin vu que le room-service passe par là pour tout remettre à propre et qu’il est hors de question de survivre à leurs assauts.

La question de l’Internet est aussi problématique: comment pourrais-je assurer les services pour lesquels je suis payé si je n’ai pas accès à une connection fiable, rapide et gratuite ? Je me pose encore la question, après avoir payé pendant 3 jours le Wifi local et avoir découvert seulement avant-hier l’existence d’un réseau non-protégé et de qualité équivalente.

En dehors de ces considérations négato-négatives, il est aisé de (sur)vivre dans un tel milieu si tant est que l’on sait se fondre dans la populace locale et qu’on ne le monte pas trop haut ses standards personnels de confort.

Je noterai, en conclusion, la possibilité de pouvoir bosser 3 heures par jour contre hébergement. C’est ainsi que je me suis joyeusement retrouvé à faire le Dishwasher.

Passionnant métier !