La solitude de l’autostoppeur

Bloqué au milieu de nulle part dans l’Otago, je scrute désespérément l’horizon rectiligne de la route que je longe, cherchant à apercevoir au loin un quelconque véhicule qui pourrait me sortir du marasme pluvieux dans lequel je me trouve.

Bien souvent, je n’ai à attendre qu’une poignée de minutes avant que ne s’arrête une voiture ou un camion, disposés à m’embarquer pour dix, vingt, cent ou trois cents bornes, selon la destination et l’envie commune.

Ma stratégie est bien rodée: positionné à la sortie du bled, m’assurant d’avoir assez d’espace pour que mon futur conducteur puisse stationner proprement, je dispose bien en vue mon cher sac à dos recouvert de son drapeau canadien, en appui sur le second sac contenant mon stuff technlogique.

Mise en pratique

Ensuite, j’arbore un air confiant et dégagé, les lunettes relevées et le sourire aux lèvres, jaugeant du regard tout ce qui s’approche de moi et faisant à chaque fois un petit signe de la main au chauffeur, qu’il se soit arrêté ou non, juste pour montrer aux autres que je suis quelqu’un de gentil, de sociable et indubitablement worth of picking up.

Dans certains cas, je n’ai même pas besoin de me signaler. Il me suffit juste de rester l’air pensif et triste auprès de mon sac tout en jetant de long regards attristés vers le ciel dégagé. A la simple idée qu’un backpacker puisse mourir déshydraté sous le soleil local, bon nombre de personnes s’arrêtent pour éviter le Cédricide inévitable.

Il arrive aussi qu’après deux minutes, je simule des crampes lorsque je tends le bras, gémissant et m’étendant, feignant ainsi d’être en place depuis de longues et douloureuses heures.

Mise en pratique 2

Jusqu’à présent, toutes les rencontres sont heureuses. Que ce soit un chauffeur de camion texan, un dignitaire fidjien, une famille de français ou un simple kiwi, je passe de bons moments à raconter sempiternellement mon discours désormais bien rodé, à raconter mes excursions de ferme en ferme, à expliquer le concept du WHV, à clamer mon amour de la NZ et tout le toutim.

Il arrive par contre parfois que nous n’ayons rien d’autre à nous raconter que des platitudes saisonnières. J’ai ainsi passé deux longues heures à parler de la pêche à la truite dans les rivières du Canterbury avec un jeune sauvageon australien ou bien encore de la sécheresse terrible qui frappe le pays en ce moment-même avec le proprio d’un troupeau de 20 000 têtes.

Parfois cependant, l’aide apportée peut-être pire que celle espérée: je ne compte plus les fois où je me suis retrouvé lâché au plein milieu de nulle part, comme l’a fait cette charmante francophone à la sortie d’Omaru, pensant m’indiquant un spot pépére mais qui m’a en fait amené à un carrefour entre quatre départementales sous-fréquentées et où j’ai glandé une heure et demie avant d’être secouru par deux girondes demoiselles.

Ce fut quasiment la même histoire hier où le sympathique driver allant vers Te Anau m’a déposé sur la Highway to Queenstown alors que tombaient les premières gouttes de pluie depuis 3 semaines. Je n’ai du mon salut qu’à un sympathique berger escorté de son chien et tractant un bateau qui m’a embarqué aussi sec vers le sec.

Toujours est-il qu’au final, j’en suis aujourd’hui à quelques 2600 bornes voyagées dans les voitures d’autrui et que je compte bien battre un jour mon record établi dans les Catlins:

5 voitures, 5 nationalités !

PS:
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