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La discrimination dans l’animation

Attention, article sérieux et pas du tout consacré au Yukon.

En regardant par curiosité le site Planetanim‘ que je n’avais pas consulté depuis longtemps, j’ai trouvé en consultation un dossier consacré à la discrimination à l’embauche dans les offres d’emploi. Le sujet est sensible et je m’y intéresse particulièrement, vu mon passé de directeur/coordinateur. J’ai eu souvent l’occasion de poster des offres d’emploi et j’avais l’habitude de mettre des critères souvent précis, aussi bien en terme de sexe (garçon ou fille), d’âge (plus de 21 ans) ou de location géographique. Or, si j’en crois le dossier, je serais coupable d’un nombre particulièrement important de discriminations, sans même le savoir. Zut alors. Passons donc ensemble en revue les divers points abordés par le dossier et discutons-en.

Avant tout, il semble que beaucoup d’articles se basent sur un rapport de la HALDE. Cette organisation n’a aucun autre pouvoir que de faire des enquêtes et transmettre des dossiers au Procureur de la République nous apprend Wikipédia. Je n’ai pas lu le rapport donc je ne m’étends pas dessus.

Alors donc, la discrimination à l’embauche dans le milieu de l’animation semblerait se manifester concrêtement dans les annonces d’emploi et particulièrement dans certains critères qui ne devraient pas être la: sexe, âge et moeurs.

Commençons par le sexe:

« La plupart du temps (d’après ce qu’en disent les employeurs), cette discrimination ne serait pas volontaire. Quand un organisateur recrute exclusivement des filles ou des garçons, c’est la plupart du temps parce qu’il désire constituer une équipe mixte équilibrée. Mais il s’agit tout de même de discrimination puisqu’au sens de la loi, l’action de discriminer peut être intentionnelle ou non intentionnelle.

Recruter une personne sur un critère de sexe est interdit par la loi (cf plus haut). Par contre, comme l’indique la Halde, « Si votre séjour offre plusieurs postes d’animateurs, il est tout à fait normal de vouloir recruter des hommes et des femmes pour garder une parité. » »

Alors donc. Où se trouve donc le juste milieu car je ne saisis pas le concept. Je n’ai pas le droit – apparement – de dire « ce poste est pour une animatrice » ou  » Animateur garçon exclusivement « . Par contre, j’aurais le droit, si mon séjour offre plusieurs postes (…)  à une parité.  Si j’indique dans mon annonce que c’est au nom de la parité que je cherche « une animatrice », suis-je encore hors la loi ?

Si quelqu’un a compris comment faire pour recruter exclusivement un garçon ou une fille sans entrer dans la discrimination, je suis preneur parce moi, là, je suis perdu ! Bref, j’ai envie de dire, un paragraphe pour rien.

Nos analystes de la Halde passent ensuite au problème des AS (assistants sanitaires) exclusivement – allez 99 % – filles sur les séjours. Il a fallu attendre le rapport de 2008 pour se rendre compte que, je cite encore

« Le phénomène est relativement connus puisqu’en mai 2008, lors de la remise du rapport annuel, Louis Schweitzer, président de la Halde a ainsi cité en exemple  « le cas du recrutement d’animateurs pour encadrer des colonies de vacances dont les hommes étaient exclus, dans un climat de peur de la pédophilie » .
Ce qui me fait peur pour ma part, c’est que ce phénomène ne soit apparu dans un rapport qu’en 2008… Déjà lors de ma formation BAFA en 1999, on avait eu une intervention là-dessus, sur la pédophilie dans l’animation, les risques à ne pas prendre, ne jamais se retrouver seul avec un enfant… Bref. Pour ma part, j’ai travaillé régulièrement avec des AS masculins sans que cela ne pose de problèmes particuliers. Tout est une question de positionnement et de fonctionnement au sein de l’équipe. Et cela se règle dès l’embauche, avec une refléxion commune entres toutes les parties – organisateur, directeur, animateurs et AS. Un travail bien fait en amont évite 90% des problèmes…

Toujours est-il,  et l’on touche ici à un tout autre problème, que l’animateur garçon, As ou pas, aura toujours au-dessus de lui cette épée de Damoclès qu’est le soupçon de pédophilie et cela sera tant qu’un certain nombre de problèmes, allant de réponses pédagogiques jusqu’à la question de la confiance dans la parole de l’enfant (forcement sacralisé). Mais cela fera l’objet d’une refléxion prochaine.

La discrimination suivante porte sur l’âge. Pour ce critère-ci, exit la Halde et ce sont les rédacteurs (?) du dossier qui se positionnent en nous disant:

« L’âge n’est pas un indicateur suffisamment précis pour mesurer l’expérience ou la maturité. Car ce sont bien ces deux qualités (expérience et maturité) qu’un recruteur peut désirer dans certains postes.
Le critère de l’âge est d’autant plus subjectif qu’il n’existe pas vraiment de caractéristiques définissant des groupes d’âge. D’un individu à l’autre, en fonction de son vécu, il existe des différences importantes en termes de maturité. De plus, les groupes d’âges évoluent rapidement. Seule une évaluation individuelle des capacités du candidat permet donc de se faire une idée de ses compétences en la matière.

Le plus souvent, le cas se pose pour l’encadrement de groupes d’adolescents, l’idée répandue étant qu’il faut avoir au moins 21 ans pour s’occuper d’ados de 16/17 ans. Or l’expérience montre que cela n’est pas en lien avec l’âge mais bien avec la maturité et les différentes expériences qu’a pu avoir la personne.Un animateur ou une animatrice de 18 ans peut très bien avoir le recul suffisant, la maturité nécessaire pour s’occuper d’un groupe d’adolescent. Un animateur de 22 ans peut très bien ne pas être compétent. »

Paroles, paroles, paroles. Le discours se tient, est bien rédigé mais est démagogique. J’ai commis une fois l’erreur de recruter un animateur ado’ trop jeune par rapport au groupe. Et bien, si on avait pas été là pour l’encadrer – j’ai envie de dire de le surveiller – il serait sorti sans problèmes avec une des filles du groupe, 3 ans d’écart seulement entres eux.

Il me parait aberrant de dire consciement qu’un animateur de 18 ans pourra s’occuper en toute sérénité d’un groupe d’adolescents de 16/17 ans. Il pourrait être le plus compétent de tous, avoir un vécu de folie… qu’il n’aura quand même au final qu’un an de plus que son groupe. Et cela peut poser de grave problèmes en terme de crédibilité, de recul, de positionnement et de distance . On est encore un ado à 18 ans et personne ne viendra contester cela.

« Utiliser le simple critère d’âge créé donc une inégalité de traitement et donc un manque de respect vis-à-vis des personnes concernées. »

Non, ce n’est pas une inégalité de traitement – ou seulement dans la bienpensance d’un bureau de haut fonctionnaire se masturbant sur l’égalité sans jamais avoir mis les pieds sur le terrain. Je ne vois pas en quoi non plus ce serait un manque de respect pour les personnes concernées. Une équipe se construit autour de critères objectifs, définis en amont par l’organisateur après – encore ! – une refléxion élaborée dans le projet éducatif. Et demander à un animateur d’avoir 21 ans pour pouvoir travailler avec un public adolescent ne me parait pas – ainsi qu’à beaucoup de collègues – insultant et discriminatoire.

L’article/la discrimination suivante nous apprend que demander ouvertement quelqu’un de non-fumeur est contraire à la loi. Je suis d’accord, je ne vois pas en quoi un fumeur serait un mauvais animateur. Je me répète toujours mais c’est là aussi au directeur de faire son travail dans le projet pédagogique, en explicitant sa position, en disant clairement « zone fumeur ici et la, à tel moment ». Et si le séjour est intégralement non fumeur (bonjour l’hypocrisie nonobstant), à mettre en place un systèmen efficace, à demander aux eventuels animateurs fumeurs de ne jamais fumer devant le groupe, etc etc. Rien de plus à ajouter.

Alors on entre maintenant dans la rubrique « conseils aux recruteurs » que je vais appeler pour ma part « Vive l’hypocrisie ».


La discrimination la plus rencontrée concerne le sexe : il est en effet interdit de recruter ou de faire paraitre des offres d’emploi présentant le sexe comme un critère de recrutement.
Ainsi, les annonces doivent être rédigées sans ambigüité et présenter l’offre comme s’adressant aux hommes et aux femmes. Plusieurs formulations sont possibles : animateur/animatrice, animateurs/trices, animateurs (h/f)


Exceptions

Il est légitime et possible de recruter des équipes mixtes pour respecter la parité homme femme et l’équilibre de l’équipe. Dans ce cas, le choix d’un sexe est admis s’il s’agit de compléter une équipe en partie constituée. Par exemple, vous souhaitez recruter une équipe constituée de 3 hommes et 3 femmes. Vous avez déjà recruté les 3 hommes, vous pouvez utiliser le critère de sexe dans votre annonce. Il faut cependant que la justification apparaisse bien dans l’annonce.


Exemples :

Cherche à recruter une animatrice pour la mixité de l’équipe
Recrute animateur fille (j’ai suffisamment de garçons).

Vous m’excuserez mais là, on atteint les tréfonds de la stupidité humaine. Même si j’ai ma réponse à la question posée précédemment, je me gausse de savoir qu’une phrase entre parenthèses suffit à ne plus être un vilain discriminateur. En général, je précise d’abord « je cherche un animateur ». Puis, après avoir reçu 30 mails d’animatrices, là, je modifie en écrivant « animateur garçon » en gros et gras et rouge. Et pourtant, ça ne suffit pas toujours alors… Cela fait-il de moi quelqu’un de misogyne pour autant ? Un vilain directeur qui discrimine à tout va. ?

3 – Par rapport à l’âge

Rien dans la réglementation des accueils collectifs ne fait référence à un âge minimum ou maximum pour pouvoir exercer les fonctions d’animateur. Il est donc interdit de préciser un âge comme critère de recrutement dans une annonce.

Si cela est justifié par le poste, vous pouvez utiliser dans votre annonce des critères de maturité ou d’expérience.

Je croyais, pardonnez-moi, qu’on ne pouvait pas juger un animateur à son âge ? Flagrant délit de paradoxe ou brusque retour de bon sens ?

Bref, je vais conclure ce billet qui est un peu parti dans tous les sens en disant que de nos jours, on peut être attaqué sur n’importe quoi par n’importe qui. Ce n’est pas en prenant de futiles précautions remplies d’une hypocrisie malsaine sentant le politiquement correct à plein nez que l’on fera avancer les choses. L’animation est un milieu encore largement sous connu et mésestimé. Les responsabilités des directeurs sont d’ores et déjà énormes et cela va aller en s’empirant avec le temps. Et si d’aventures un animateur venait un jour me dire que je discrimine…

Il sera bien recu !