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Incarné de route

C’est un petit carnet à spirales noir, mesurant environ douze centimètres de haut sur sept de large, de forme vaguement rectangulaire et de marque Mead. La couverture est abimée, tordue et marquée par de nombreuses manipulations hasardeuses. Certaines pages sont sur le point de se détacher et si on le regarde par la tranche, il forme un S fort peu académique pour ce qu’il est sensé être.

Je l’ai trouvé dans le vide-poche de Titine le jour de son achat et il n’était déjà plus vierge. Quelqu’un avait griffonné au crayon à papier sur la première page les mots suivants: « Nansen Drive », « Mont Sima », « Petro Canada », « Engleman Dr. » et « Cowley Creek ». Toutes les autres pages étaient vierges comme la neige fraichement tombée sur le Yukon et ne demandaient qu’à remplir leur fonction usuelle: servir de support à écrits divers et (a)variés.

Aujourd’hui, ce petit carnet ne me quitte plus. Je le chéris tel un Gollum moyen « Mon précieux, sisi, mon précieux… ». Il reste dans ma poche, fidèle supplanteur de portable et je sens en permanence sa présence rassurante contre moi. Je le sors quand je m’ennuie, annote, note et renote des détails, des numéros, des adresses ou des pensées.

Vous me demanderez, sans avoir tort, ce que peut bien avoir de particulier ce banal objet que je vous décris. Et je vous répondrais, si je vous avais face à moi, que ce bout de carton rempli de feuilles de cellulose (ou tout autre assimilé) est l’une des plus précieuses choses que j’ai ramené de mon PVT.

Il renferme divers récits, histoires, anecdotes depuis Septembre 09 jusque maintenant. Il a traversé avec moi les Usa, le Canada, m’a servi de calculette à comptabilité, de répertoire téléphonique et est une espèce de Graal reconnu par certains de mes covoyageurs.

Et quand je le ressors à ces fameuses personnes, je vois briller dans leurs yeux une petite flamme avivée par un lointain souvenir, un petit quelque chose qui se rallume, évoquant quelque périple aventureux d’un autre temps, sur un autre continent. Et immanquablement, nous replongeons dans les histoires communes et souhaitons à nouveau revivre tout ça.

Un jour, je vous ouvrirai ce petit carnet noir. Et ensemble, nous voyagerons encore.