Exotisme domestique

Lassé de mon régime alimentaire à base de hamburgers et de nouilles chinoises (en alternance), j’ai pris hier une décision de la plus haute importance: changer, le temps d’un repas, et utiliser mes légendaires capacités culinaires pour mitonner un amour de PCC (Poulet Curry Coco).

Afin de mener à bien cette redoutable mission, il a donc fallu que je m’aventure dans un lieu de perdition: un Supermarché asiatique sis non loin de chez moi, dans l’idée de me pourvoir en victuailles variées. Seulement, je ne savais pas dans quel enfer je mettais les pieds…

L’enfer du Dragon

Le supermarché n’en est pas vraiment un (ou en fait si) mais ressemble plutôt à un vaste hangar où sont entreposés sur de loooooongues étagères toutes les marchandises possibles et inimaginables de la Création. A l’entrée coule une fontaine et sur le bassin se reposent de splendides tortues en pierre (l’équivalent local de nos nains de jardins).

Motivé, je commence ma recherche de produits: curry, épices et riz, sans savoir vers où me diriger et sachant que tout est indiqué dans une langue pour moi inconnue.

Je me balade donc (errer serait plus juste) du rayon cocote-minute au rayon gâteaux, en passant par la poissonnerie, la craberie, la boucherie, la pâtisserie et sans trouver ce que je veux et commençant à m’interroger sur le bien fondé de ma démarche.

Dix minutes plus tard, entre les baguettes et les Moon Cakes, je trouve un assortiment de trucs ressemblant vaguement à du curry. Il s’agit en fait de pâte à volaille pour les plats des restaus. Je repars donc.

Cinq minutes passées, je trouve – par hasard ! – mon rayon épice, long comme la muraille de Chine et renfermant tout ce que l’Orient a pu créer depuis l’Origine du Monde. Des machins fluos, verdatre, en poudre, en condensé, lyophilisé, moulu, vermoulu, démoulu, concassé, ecrasé, en grains, en tube…

Bref, un bordel immonde et (très) vaguement étiqueté.

Avisant un employé passant par là, je m’enquéris auprès de lui de la possibilité éventuelle de pouvoir trouver mes Précieux, escomptant qu’il puisse me renseigner, tout cela dans mon plus bel anglais.

Le bonhomme m’a d’abord regardé pendant deux minutes, puis a observé à tour de rôle le rayon, le plafond, le sol, mes chaussures, mon pull puis encore le rayon avant de faire un 360 sur lui-même, de me sourire et de me balancer une phrase dans un langage que je soupçonne n’être parlé qu’un plus profond du Sitchuan.

Lui rendant son sourire et comprenant qu’il ne parle pas (ou ne comprend pas) la langue de Shakespeare, je jette mon dévolu sur deux sachets sensés être du Curry et me dirige vers la Caisse, pour la seconde partie de l’aventure.

L’enfer du Dragon – 2

La caisse ressemble à toutes les caisses du monde: une caissière, un tapis et tout le toutim. Tout se passe dans le meilleur des mondes, à grand renforts de sourires et de civilités gestuelles jusqu’au moment de payer.

Avisant l’addition et désireux de regler icelle, je dégaine ma Gold et la tend à la charmante dame qui me refait le numéro de mon vendeur précédent, tout en recausant en Sitchuanais à une de ses collègues avant de me désigner du doigt un bout de papier de 3cm² avisant la clientèle que les paiements en carte de crédit ne se font qu’à partir de 20 dollars.

« Chouette » me dis-je in petto, je vais donc utiliser ma carte de débit locale, histoire de.

Je récupère donc ma Gold et tend ma Visa Kiwi Debit.

……………

27 dollars !!!! WHAT THE FUCK !

Je me lance dans une longue tirade expliquant que j’apprécie le magasin, que je suis heureux de faire partie de leur clientèle, que je leur ferais de la pub mais que je ne comprends décemment pas comment mes deux malheureux sachets de condiments ont pu voir leur valeur augmenter de près de 200% en 5 secondes.

Rebelote et nouveau sketch entres collègues avec cette fois-ci moults tergiversations entres elles et moi, sans que personne ne comprenne Qui veut Quoi.

Il a fallu 5 minutes pour que je comprenne que la débit n’était accepté qu’à partir de 10 dollars et donc qu’en m’encaissant 27 dollars, elle comptait me rendre 20 dollars de monnaie.

Très bien, sauf que je n’ai pas 27 dollars sur le compte local et que pour expliquer ça à mes copains, ça n’allait pas être gagné.

J’ai donc joué à mon tour au Mime Marceau à grand renforts d’anglais sinoïsé: ATM, money, 5 minutes, en leur « disant » de garder mon sac.

(…)

10 minutes et un ATM plus tard, j’ai enfin pu acheter mes épices et quitter le magasin sous le regards mi-narquois, mi-amusé des célestes clients de l’Empire du Milieu, vaguement confus quand au déroulement global de mon expédition.

N’empêche, il était bon mon PCC !

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