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Dix pistes pour ré-appréhender le tourisme en France

C’est après la lecture d’une conversation aperçue sur l’Oiseau Bleu et lancée par le réseau ATD que m’est venue l’idée de ce premier article 2015. Puisqu’une nouvelle année commence, pourquoi ne pas en profiter pour tenter quelques changements ? Je ne parle pas ici de résolutions, ni de révolution(s) mais, plus simplement, d’une prise de conscience, d’une réflexion et d’une volonté d’échange. Je ne connais pas l’exact état du tourisme en France à l’heure actuelle. Ce que je sais, cependant, c’est que de simples éléments pourraient apporter beaucoup de choses. Ce sont quelques uns de ces éléments, sous forme de pistes, que je vous propose de découvrir aujourd’hui !

Dix pistes pour ré-appréhender le tourisme en France

 

1) Interroger et impliquer les bonnes personnes

Le Ministère des Affaires Étrangères, afin de promouvoir le tourisme en France, a décidé de la création d’un Conseil de promotion du tourisme, qui va devoir travailler sur 6 chantiers pour revaloriser la filière touristique française (gastronomie et œnologie, destination et marque, numérique, hôtellerie, tourisme d’affaire et de shopping, accueil, média, communication et formation). Il semblerait logique que ce conseil soit composé de personnes pertinentes et directement concernées. Or, qui se retrouve aux ores de la République ? Les maires de Lyon, Paris, Royan et Alfortville (!!!), Isabelle Giordano, des politiques, Guy Savoy, Serge Trigano, la directrice des conserveries La belle Iloise ou encore Julie Andrieu... Une litanie de noms qui me semblent à mille lieux d’être au courant de ce qu’est le tourisme au XXIème siècle. Sans préjuger de la qualité des personnes suscitées, je ne peux que m’étonner qu’une grande partie de ces gens soient tous peu ou prou des cinquantenaires, politiques de carrière, bureaucrates avérés et frileux à certaines formes d’évolution. De fait, j’ai peur que ce conseil ne fasse qu’entériner un statu quo. Pourquoi ne pas aller directement à la rencontre de ceux qui font (et défont) le Tourisme sur le terrain ? Pourquoi ne pas aller à la source plutôt qu’au prétendu sommet ?

 

1 – Bis Dissoudre le plus vite possible ledit Conseil de promotion du tourisme (Edit du 28/01/15)

A peine créé, le Conseil a tenu sa première cinquième réunion (son cinquième chantier selon l’appellation officielle) consacrée à l’hôtellerie, aux investissements et au tourisme spécialisé. Le bilan de cette première session donne corps à mes plus grandes peurs, exprimées dans le N°1 puisque les axes de travail dégagés/créés/trouvés semblent venir tout droit des années 1950 : plus d’hébergements mieux répartis sur le territoire national, tenter de remporter de nouveaux salons et, surtout, celui dont j’arrive à peine à croire qu’il soit sérieux : faciliter le « parcours client » des touristes à travers plusieurs mesures dont l’ouverture des magasins le dimanche et en soirée – qui serait, selon les rapporteurs, un atout considérable. Il s’agit également de faciliter pour les touristes l’obtention des visas, garantir leur sécurité et les aider à consommer. On vient donc de découvrir, en France, en 2015, qu’ouvrir les magasins le dimanche est une bonne idée. Fermez le ban !

 

2) Élargir les horaires et briser les routines

De mon voyage en Nouvelle Zélande, je garde le souvenir extraordinaire de musées ouverts toute la nuit, de bibliothèques accessibles en soirée jusque minuit, de gratuités récurrentes et d’une véritable pédagogie de la découverte. Je n’ai de cesse de croire en les pouvoirs d’attraction de mon pays. Cependant, lorsque, encore récemment, je me fais aboyer dessus au Jardin des Plantes parce que j’ai l’outrecuidance d’arriver juste à l’heure limite de la dernière visite, je me dis que certaines choses ne changeront malheureusement jamais et  qu’il faudra tailler dans le gras pour faire évoluer certaines mentalités. Pourquoi donc ne pas commencer de suite en modifiant les horaires du tout au tout ? La Nuit Blanche et la Nuit des Musées sont des preuves concrètes que le public est prêt (et, soyons fous : recherche même) pour cela. Brisons le cadre habituel, bouleversons les habitudes et ouvrons la culture de 7 heures le matin à minuit !

 

3) Encourager et récompenser l’interactivité

Lors de la dernière opération #AskACurator, consistant à interroger, sur Twitter, les conservateurs de musées de par le monde, un chiffre m’a attristé. Des 721 musées participants depuis 43 pays, seulement 27 étaient français. Bien que cela ne soit nullement un indicateur fiable de la présence numérique des musées nationaux, je trouve que cela reflète cependant une certaine tendance à ne pas vouloir aller « plus loin ». Heureusement, de plus en plus de structures jouent le jeu de l’interactivité, développent leur présence en ligne et transcendent l’expérience de la visite classique… pour qui veut jouer le jeu ! D’autre part, pourquoi ne pas encourager cette interactivité ? Récompenser les contributions les plus pertinentes, les relayer, les afficher… peut constituer une stratégie intéressante pour être vu et reconnu.

 

4) Supprimer le « tout voir et tout faire »

C’est l’un de mes chevaux de bataille depuis très longtemps : la dictature de l’absolu, la nécessité outrancière de devoir « tout faire et « tout voir ». En affichant une logique de consommation telle que « Nous recommandons ça, ça et ça… », « Nous vous conseillons ça, ça et ça… », la logique entraine les foules dans des parcours préconçus, prémâchés, où le plaisir de la découverte et de l’inattendu est bafouée. Je rêve d’un musée ouvert, sans indications ni repères (repaires ?) où les visiteurs seraient libres d’errer comme bon leur semble. En supprimant les panneaux indicateurs, la foule irait comme elle le veut et seul le bouche à oreille fonctionnerait. Une telle expérience dans un musée comme le Louvre, où 90% des pièces présentes sont ignorées, serait une expérience aussi improbable qu’incroyable.

 

5) Abolir les durées de visite

Donner une durée forfaitaire à une visite, c’est d’ores et déjà la condamner. Savoir à l’avance que je vais passer une heure, deux heures ou trois heures dans un lieu me déprime et me prive d’une source de plaisir essentielle : la liberté temporelle. Il m’arrive d’enquiller une usine (comme la Brasserie Guinness) en dix minutes et de consacrer deux heures à une expo photo sur les médecins de campagne ne contenant que vingt pièces. Le plaisir est le maitre mot et, dans un monde idéal, je devrais être libre de passer le temps que je veux comme je le veux, sans horaires ni contraintes.

 

6) Rendre le sourire aux accueils

Il y a peu, un article fort bien tourné racontait le calvaire de l’arrivée en France pour les touristes. Ayant moi-même, comme beaucoup de mes confrères, rencontré la froideur des services frontaliers, subi le chaos des transports en commun et hurlé devant l’incompétence manifeste et je m’en foutiste d’un personnel monolangue, je ne peux qu’espérer une nette et prompte amélioration des choses. Lorsqu’on se rend compte, de surcroit, que ces aéroports et frontières sont le premier contact qu’ont les touristes avec la France, comment peut-on laisser les choses en cet état ? Redonner le sourire, réapprendre la politesse et accueillir comme il se doit nos amis internationaux: une mission qui devrait  être prioritaire.

 

7) Mettre en valeur l’alternatif

Le voyage alternatif n’est pas une tare ni un domaine réservé à un certain type de vadrouilleurs. Venir en France pour faire du volontariat, se déplacer en stop, faire du Wwoof ou de l’HelpX, venir en PVT… Nombreuses sont les raisons de travailler et de mettre en avant ces types de tourisme (pas) comme les autres. A ce même titre, plutôt que de vouloir stigmatiser les nouvelles (et bonnes) alternatives aux hôtels qui se développent de plus en plus, les solutions de logement chez l’habitant pourquoi ne pas, au contraire, les mettre en valeur et les associer ? Les guéguerres intestines entre hôteliers trop chers et particuliers (dés)intéressés font du tort à tous et ce n’est pas certes pas en coupant la poire en deux que les résultats seront tirés vers le haut. Vouloir accompagner le vieux dans sa transition vers le neuf est louable. Mais à quel prix ?

 

8) Associer les acteurs du terrain et du tourisme 2.0

Dans la même logique que la raison N°1, je trouve cela ahurissant que ceux qui connaissent le tourisme 2.0, ses codes, son éthique et son fonctionnement ne soient pas ouvertement et officiellement associés à ceux qui en font leur métier : les Offices de Tourisme, les Syndicats d’Initiative et autres. Certaines régions sont ultra-présentes sur les réseaux sociaux et font un lobby pertinent de leurs destinations. Ils associent les blogueurs dans des opérations intéressantes et la relation devient gagnante à tous les niveaux. Pourquoi est-ce que transversalité n’est pas systématique ? Pourquoi autant de fossés et aussi peu de mise en valeur de NOTRE territoire par NOUS, acteurs du tourisme 2.0 ?

 

9) Créer un hashtag commun pour tous

Si je vous dis qu’aujourd’hui, en janvier 2015, ce ne sont pas moins de TROIS hashtags qui sont utilisés pour promouvoir la destination France sur les réseaux sociaux et qu’aucun d’entre eux n’est utilisé à tous les niveaux, qu’en dites-vous ? #JaimeLaFrance est utilisé pour promouvoir les OT. #BeautifulFrance est un hashtag promotionnel privé. Quant à #RVenFrance, décidé par Atout France, il semble n’être jamais utilisé (et c’est pourtant le Mot-Dièse de l’Agence de Développement Touristique de notre pays !). Comment voulez-vous, dans ces conditions, vouloir mener une campagne de communication efficace à l’internationale ? Là où le Canada s’amuse avec #ExploreCanada, où la Nouvelle-Zélande propage son #NZMustDo et où l’Islande met en avant son #InspiredByICeland, nous en sommes encore à essayer de se mettre d’accord sur une solution commune…

 

10) Ne pas avoir peur d’oser !

C’est surement la plus importante de tous : c’est par l’innovation et la prise de risque que naissent et se propagent les plus beaux succès. Les recettes du passé ont du bon mais c’est en se tournant vers maintenant et demain que la France (et son tourisme) doivent regarder. C’est un enjeu culturel et économique majeur qui doit se créer sur le terrain, par des acteurs de confiance et qui ne doit surtout pas être conservé et archivé dans les tiroirs poussiéreux d’un quelconque ministère. Osons, tentons, essayons : le seul credo à conserver pour espérer garder notre place