Un cas d’école (ou quand un dessin volé devient viral)

Une nouvelle fois, je quitte le monde du voyage le temps d’un article, pour vous raconter une aventure virtuelle, à la recherche d’une illustratrice inconnue. Si rien de tout cela n’est vraiment exceptionnel en soi, je pense cependant que l’histoire est suffisamment emblématique de certaines pratiques contemporaines qui voient un travail de qualité être spolié, récupéré et diffusé aux quatre coins de l’internet, sans aucune mention de l’auteure originale…

C’est l’histoire d’un dessin…

Au commencement

J’ai posté, ce matin, ce dessin sur les réseaux sociaux de la #TeamGivrés. Le dessin est beau, la thématique d’actualité et cela correspond tout à fait à ce j’aime diffuser de temps à autres (en dépit d’un certain côté gnan-gnan, j’en conviens tout à fait).

©Onlyanose

Après seulement quelques minutes, Muriel me fait la remarque suivante, avec force raison:

C’est dommage de relayer le dessin en donnant comme source 9gag qui eux-même volent allègrement des images sur le net sans jamais citer la source réelle (visiblement un(e) illustrateur)

Je me rends compte, qu’en effet, j’ai totalement manqué au premier devoir de tout bon internaute: vérifier la source et l’auteur avant de poster un document sur la toile. Ma faute est d’autant plus flagrante que le bandeau vertical « Via 9gag.com » est clairement un ajout ultérieur à la création du dessin lui-même. Pour rattraper mon erreur, une seule chose faisable: retrouver l’artiste d’origine et lui réattribuer son travail !

Les indices

Une première recherche google image sur le dessin ne donne quasiment rien d’intéressant: l’image a été utilisée encore et encore, postée sur tous les réseaux sociaux possibles (VK, Waibo, Pinterest et j’en passe), allegrement modifiée au gré des usages et il est impossible, à première vue, de remonter la trace, même en découvrant l’original…

exemple 1
exemple 2
exemple 4
exemple 5

Vous noterez les différents usages, retouches, découpages…

La signature

Puisque la première recherche ne donnait rien, j’ai essayé de me concentrer sur la signature, en l’extrayant de la photo sous deux versions différentes puis en la postant sur mes réseaux, afin d’appeler à l’aide.

signature 4

A première vue, les lettres sont difficilement déchiffrables et seule la date semble facilement lisible. Après avoir tenté de ruser (Tineye et Google image de la signature: echec absolu X2), c’est William de Retour du Monde qui est venu à mon secours avec une première tentative de décryptage:

-NLY-NAJE

J’ai alors tenté plusieurs variantes de recherche, basées sur des combinaisons « Nly Naje drawing », « Nlynage white bear cub » (et autres) pour en arriver toujours au même point: nada, nothing, niente. Le néant, le trou noir, l’abime abyssal de l’inconnu… En parallèle, des amis m’ont suggéré d’autres pistes: alphabet cyrillique, inuktikut

Alphabet Inuktikut

J’ai même commencé à transcrire, avant de me rendre compte que ça n’avait aucun sens (et avant de balancer un tweet vers tous les comptes officiels du Nunavut en quête d’un traducteur !).

La lumière…

Finalement, la lumière est venue de là où je ne l’attendais pas avec, tout d’abord, un indice un peu tendancieux repéré sur une image modifiée:

Pas bien

Vous voyez, en bas à droite ? Le nom d’origine a été remplacé (très mal d’ailleurs) par un autre nom de site. Plus intéressant, le début de la référence en @only qui rejoignait les analyses de William (toujours scotché sur l’affaire et persuadé que le symbole au milieu de la signature était un &, ce qui est crédible). J’ai donc tenté – pour la x²ème une nouvelle recherche, à base de @only&truc, @only??? illustrator, etc etc, pour – devinez quoi – des prunes (et des pastèques en promotion).

Au moment où je commençais à perdre espoir, j’ai ENFIN trouvé ça (en treizième page de google):

Pas beau encore

Si on fait abstraction de la pub et de l’ajout du bullshit, on peut voir, bien planqué, un sibyllin: @onlyanose !

Et finalement…

Le premier résultat de Gougoule envoie sur Weibo et sur une page – tiens, tiens ! – OnlyAnose remplie d’illustrations et de dessins… Aurais-je trouvé mon Graal ? Une recherche Facebook me confirme ça à toute vitesse puisque j’atterris sur une autre page du même genre: Only A Nose, avec une simple (et triste) description:

want to be an artist, a illustrator but now only a machinist…

J’ai contacté la personne en question (et j’attends une réponse) mais tout me laisse à croire qu’elle est, au final, l’auteur originale de ce dessin que je peux poster en tout quiétude, avec le copyright adéquat:

©OnlyAnose
©OnlyAnose

Ma morale est sauve !

PS: Si jamais l’auteur me demandait de retirer tout ça, il va de soi que l’article disparaitrait aussitôt vu que je n’ai trouvé trace d’aucune licence de partage, transmission and co. Tous les droits et usages sont donc la propriété exclusive de @OnlyANose.

4 thoughts on “Un cas d’école (ou quand un dessin volé devient viral)

  1. Alors, si on veut vraiment être chiant(e), la morale est peut-être sauve mais l’usage légal de ce dessin n’est pas encore certifié. Et cela tant que l’auteur ne t’as pas répondu favorablement que tu pouvais l’utiliser, en te le signifiant personnellement ou par le placement de son dessin sous une licence libre.
    Mais j’admire la patience dont tu as fait preuve pour cette recherche ainsi que ton éthique. Sébô.

    1. Je te rejoins totalement: aucune licence nulle part et – dans l’absolu – je ne peux en effet pas l’utiliser. D’autre part, je ne trouve aucune trace de l’original (l’endroit où il a été posté).

      Ce qui appartenait à César a quand même été rendu à César (du moins pour l’instant) 🙂

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