Carnet du Lubéron

Il existe encore, de nos jours, de petits endroits paisibles, méconnus, où le temps semble s’être arrêté, s’être mis sur pause. Une oasis de calme au milieu d’un monde survolté, un refuge contre les agressions systémiques d’une société qui demande toujours plus. Un repère connu d’une seule poignée d’initiés, au cœur d’un parc régional aussi septentrional qu’hexagonal. Une heureuse découverte le temps d’une évasion et le sentiment, extraordinaire, d’avoir vécu deux journées iconiques, estivales, parfaites.

 

Carnet du Lubéron

 

La vue du Lubéron

Quitter Marseille pour aller quelque part. Ne pas savoir où. Discuter avec la conductrice. Relancer la conversation. Parler des détails de la cérémonie. S’enquérir des amitiés respectives. Vérifier la route à prendre. Revérifier. S’émerveiller du décor. Se retourner et sourire à #DeT et Bébé. Relancer la conversation. Prendre le mauvais rond-point. Longer le mur, tourner à droite, prendre le chemin de terre. Sourire. Sortir. S’étirer. Prendre mon fils dans les bras. Avancer vers les gens et le gîte. Rester béat.

(…)

« Oh, des poules ! Tu as vu Doudou ? Il y a des poules ! Et si on allait voir les poules ? Tu vas courir après les poules ? Allez, donne les mains à Papa et on y va. Oh… Elle te regarde, tu as vu ? Cot, cot, cot… Ah ah, elle s’enfuit ! Oh, elle revient… Cot… Ah mais si tu cries, tu vas leur faire peur, tu sais. C’est bête une poule. Ah bah voila, elles ne risquent plus de revenir maintenant, c’est sur… Oh, regarde, un Pinou ! Oui, un lapin donc un lapinou donc un pinou ! Tu veux aller voir le Pinou dans les bras de Papa ? Oui ? Non, par contre, tu n’arraches pas mes lunettes de soleil, elles sont à Papa. Graouuu, je vais manger Bébé ! Hihihi… Tu es beau toi, tu sais ? Oh les belles oreilles du Pinou… Oh le beau clapier, il y a même des posters d’autres lapins, tu vois ? C’est un Pinou heureux ça ! Oui, mon cœur, je sais que je devrais dire LAPIN et pas PINOU mais c’est trop mignon. »

Un bébé heureux

Sur le trampoline

(…)

L’impression d’avoir trouvé l’endroit idéal pour un moment donné. Comme si toutes les forces, les influences, les pouvoirs de l’Univers avaient comploté pour faire en sorte que ce lieu bien précis soit, le temps d’un week-end, le confluent de tous les bonheurs, de toutes les satisfactions. Avez-vous déjà eu ce sentiment, cette sensation parfois fugace, que tout allait pour le mieux, que rien de mauvais, de sale, de malsain ne pouvait venir perturber cette atmosphère de grâce ? Un sourire répond à d’autres sourires, des verres trinquent et rythment les discussions, les enfants courent, tombent, se relèvent et rigolent tandis que les adultes surveillent le tour d’un œil aussi attendri qu’attentif. Les heures s’égrainent tandis que se vident les contenants et la lune se fait déjà belle lorsque le moment de se blottir dans un lit douillet arrive.

(…)

Le goût frais et vrai des choses faites maison est sans pareil. Un pain généreux et moelleux. Une confiture si fraiche qu’elle semble dater de la seconde d’avant. Un meuble franc et massif. Un escalier qui grince sous les pas. Un repas qui semble avoir cuisiné avec tout l’Amour du monde. Un assemblage hétéroclite de pièces disparates qui, séparées, n’auraient aucun but mais dont la présence réunie donne le cachet le plus réussi à ce lieu. Des vieux jouets, un piscine dissimulée, des cabanes dans les arbres, une TSF. Dieu que le Lubéron est beau et Dieu que c’est endroit est magnifique, en famille et pendant un petit déjeuner d’exception.

Une salade de tomates

Le temps d'avant

Vieille comme le monde

(…)

Je suis allongé dans mon hamac, sous le feuillage généreux des arbres locaux. La tête tournée vers le ciel et les yeux mi-clos. A une poignée de mètres, ma douce #DeT se repose, avec notre fils dans les bras. Un tout petit plus loin, un groupe d’amis refait son monde, à voix basse, soulignant quelques réparties avec des gestes tranchant, fendant l’air pour mieux appuyer les propos. Doucement, je pousse de ma main droite le rocher adjacent et relance les va-et-vient de mon couchage. Droite, gauche, droite, gauche. Je me laisse balancer, avec les cigales en bande sonore. Carpe Diem. Il fait bon être là et il fait bon vivre ici, sous ce soleil généreux et implacable du Sud.

Le bonheur du Lubéron

Le chat adore le Lubéron

(…)

Le rituel des départs semble parfois immuable. Nous savons qu’il doit avoir lieu mais nous cherchons à le repousser toujours plus tard, à l’effacer de notre horizon, à oublier jusqu’à son existence. C’est une dernière accolade, une dernière promesse, une dernière poignée de main, franche et appuyée d’un regard qui se veut profond et plein de milles gratitudes. On salue le vieil ami, la nouvelle connaissance, la conquête d’une nuit. On se fait serment sur serment et on jure de se revoir, en dépit de l’éloignement et des opportunités rares. Doucement, à pas comptés, on se dirige vers son véhicule, jetant regards et regrets par-dessus son épaule, gardant en bouche et en mémoire ces minutes précieuses. La ceinture bouclée, le moteur démarré, la route empruntée, tout disparait dans le miroir du rétroviseur… jusqu’à la prochaine fois !

Le temps du départ

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