AAA comme Alaska

L’Alaska. The Last Frontier State. Le 49ème des USA continue d’attirer, bon an mal an, une faune aussi disparate qu’éclectique d’aficionados de l’aventure, de fanas du grand nord, de psychopathes du 65ème parallèle. Certains y viennent le temps d’un été, d’autres le temps d’une vie, trouvant de l’or, des grands espaces vierges, et bien souvent, une mort éloignée et miséreuse, quelque part dans une crevasse sur un glacier inexploré ou dans l’estomac d’un grizzli affamé. Pour ma part, j’ai fréquenté à quelques reprises les routes (vaguement) bitumées du coin, j’ai erré d’Anchorage à Fairbanks, de Chicken à Skagway. J’ai vécu des trucs pas banals, des épisodes marrants, désarmants, surprenants et dont je pense qu’ils ne peuvent arriver que là-bas, dans ce pays où flotte la bannière à l’étoile polaire…

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AAA comme Alaska

La première histoire de ce petit florilège se passe quelque part dans la capitale, Anchorage. Nous ne sommes, avec Pierre et Nicolas, que de passage le temps d’un repas. Après avoir tourné quelques minutes, nous trouvons une place en bord de parc, sortons notre matos habituel et commencons doucement à préparer la cuisine. En parallèle de cette noble et digne activité, nous entamons, sur la grande et verte pelouse, une partie de FreeBall (un mélange entre freesbie et football) qui nous achève de réveiller nos estomacs. Tout semblait donc se passer pour le mieux dans le meilleur des mondes quand, soudain, le repas bascula dans la quatrième dimension avec l’apparition d’une bestiole bizarre, coiffée de bois et indubitablement quadrupède.

[Je fais ici un aparté pour signaler à l’attention de mon éminent lectorat que les caribous et autres élans font partie du décor local à Anchorage (et plus généralement en Alaska): ils trottent dans la ville, s’arrêtent au feu et squatte devant les fastfood.]

Le temps d’un instant, nous restons passablement incrédules et nous contentons d’un vague haussement de sourcil et de quelques ricanements virils associant ce bel animal à la cuisine adjacente. Bref: on se taperait un gigot ! Cependant, un petit détail nous a fait revoir très, très vite nos plans culinaires:

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Bah oui. Le charmant animal était apprivoisé, absolument pas comestible et ne faisait que profiter paisiblement de son heure de sortie quotidienne, comme nous l’expliqua fort gentiment son propriétaire, qui poussa même la gentillesse jusqu’à nous laisser tenir nous-même la Bête…  Quand je vois, ici et maintenant, la frénésie pour les NAC (Nouveaux Animaux de Compagnie), je fais des prières à mon pote le Grand Castor et j’espère ne jamais revoir cette scène sous les latitudes parisiennes !

La seconde de mes histoires du jour n’a pas été photographiée. Elle a simplement (et surtout en fait) été le fruit d’un hasard assez extraordinaire, associé à une concordance spatio-temporelle rien de moins qu’étonnante. Imaginez-vous être dans un pub d’Anchorage que nous dirons être le Darwin’s Theory. Imaginez-vous que ledit pub soit rempli jusque ras la gueule de consommateurs friands de boissons locales, tous vêtus de salopettes et de bottes par dessus les Smokings (la mode, Osef en beauté de par là-bas !). Imaginez-vous une simple cloche, suspendu à un mur. Imaginez que le fait de sonner cette cloche, quelque soit le motif, soit synonyme d’une tournée générale. Imaginez-vous, enfin, trois français à qui cela va arriver rien de moins que 3 fois dans la même soirée ! Cela pourrait tenir de la simple anecdote si cette situation ne s’était pas reproduite dans pas moins de TROIS autres bars de l’Alaska dans la semaine qui a suivi, dont des trucs planqués au fin d’une cambrousse pas possible (Kenicott !) ou dans un rade de pêcheurs à la spécialité locale bien étrange…

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Quelques mois après (deux et demis exactement), je suis repassé par Anchorage, avec Titine et Georginou, au Darwin’s Theory, histoire de remarcher sur mes traces. Je vous laisse deviner, entre milles trucs possibles, ce qui s’est passé: DOUBLE FUCKING GÉNÉRALE TOURNÉE !

Pour conclure ce retour dans les souvenirs d’Alaska, je me dois de vous parler du meilleur endroit où manger un Chicken Burger, un vrai. Vous savez (peut-être), que les Ptarmigans sont des espèces de lagopèdes sauvages que l’on rencontre très souvent dans cette région. Vous savez peut-être aussi que Ptarmigan, c’est foutrement dur à épeler quand on est un mineur paumé au fin fond du territoire et que c’est donc bougrement plus simple de transformer notre gentil lagopède en stupide poulet, surtout lorsque que l’on veut par là-même baptiser la ville champignon tout juste créé ! Du coup, Ptarmigan ne s’est jamais appelée Ptarmigan City mais bel et bien Chicken City.

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Arriver à Poulet City est déjà en soi une sorte d’exploit puisqu’il faut se taper la caillasse de la Top of the Word Highway depuis Dawson, franchir la frontière pour arriver – enfin – au saint des saints et se voir envahi par des représentations d’œufs et (donc) de Chicken, comme sur le camion de pompier ci-dessus ou comme sur le panneau ci-dessous:

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N’empêche, voir des œufs et des poulets, ça donne faim… et tout a été prévu sur place avec ma plus belle expérience – ever and forever – de burger au poulet. Je sens toujours aujourd’hui, plus de quatre ans après, l’arôme sans pareil de la sauce, la texture fondante ET craquante du poulet, le goût délectable de la sauce maison ainsi que la douceur du fromage fondu avec amour par dessus tout ce fatras. Mon expérience avec ce burger fut la plus sensuelle que j’ai jamais eu avec de la nourriture (à part peut-être un sombre épisode de fondue au Québec…) et je n’ai eu cesse d’en causer, jour après jour, à l’intégralité de mes contacts francophones du Yukon. Aussi, vous comprendrez aisément quelle fut ma joie lorsque Georginou, de guerre lasse, accepta que l’on se tapa un détour de xxxx² bornes pour satisfaire ce primaire besoin… pour finalement s’apercevoir, une fois arrivés, que tout était fermé, y compris mon fastfood tant fantasmé…

Il ne se passe pas un jour, depuis, sans que je ne consacre quelques secondes à invoquer le Grand Castor pour qu’il me permette de retourner là-bas et de humer, une fois encore, cette odeur sainte entre toutes: celle d’un burger de poulet à Chicken City !

5 thoughts on “AAA comme Alaska

  1. Au fin fond de l’Islande à bouffer de l’agneau et des patates, t’es arrivé à me filer envie d’un burger au poulet (alors que c’est pas le genre de trucs qui me manque). Bah bravo !

    (Rien à voir mais j’aime bien le nouveau thème du blog)

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