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7 mois et 3 jours: un WHV achevé

Ce texte date de mars 2012 et a été publié précédemment sur PVTistes.net. Je le publie néanmoins ce jour afin de répondre au sympathique mail reçu hier et s’enquérant d’un bilan de mon Working Holidays. Que les habitués dudit site et ceux ayant déjà lu cette prose me pardonnent cette basse et vile manœuvre: je ne recommencerais plus !

 

Mon WHV et moi

 

Fini, enterré, terminé: je suis de retour en France depuis une petite semaine, après une longue et tumultueuse réflexion qui m’a finalement convaincue que mon temps en Nouvelle Zélande était arrivé à son terme et qu’il était temps pour moi de remballer tranquillement pour passer à autre chose. Je partage donc ici avec vous une espèce de bilan mal fignolé, ressenti général hautement subjectif de mon aventure Kiwi et qui n’a nullement vocation à être un modèle du genre. Bonne lecture !

 

Le voyage

 

6000 bornes en stop au travers de toute l’ile du sud, uniquement en stop: je crois pouvoir dire que j’ai vu (un peu) du pays. J’ai même en fait vu tout ce que je voulais voir dans cette partie-ci du monde, à quelques rares exceptions et qui sont autant de raisons de revenir plus tard.

Mon petit cœur de voyageur se rappellera ad vitam eternam de 4 endroits fabuleux: Wellington, les Catlins, la Péninsule de l’Otago et le Lake Tepako. Rien que pour être allé dans ces endroits, cela valait le coup de faire le voyage !

Je ne me suis pas du tout baladé sur la North Island pour plein de raisons:

  • La fatigue après les 5 mois de stop et d’auberges
  • Le manque d’envie de repartir sur les routes
  • Un manque personnel d’attrait pour là-haut
  • Le besoin de passer à autre chose
  • L’arrivée de l’automne

Par contre, il ne fait nulle doute que je reviendrais voir ce que j’ai manqué, probablement dans le cadre d’un second voyage un poil plus organisé avec sans doute ce coup-ci deux éléments importants: un pote et une bagnole !

 

Le boulot

 

Pour faire très vite: je n’ai exercé aucune activité salariée en 7 mois, tout simplement. Tous mes boulots ont été effectué sous la bannière du HelpX, principalement dans des fermes et je ne m’en suis jamais mal porté, étant bien au contraire heureux et épanoui de m’éclater en plein air au milieu des moutons/lamas/poules/cochons/chèvres.

Pour vous donner une idée j’ai eu la chance, au long de cette dizaine d’expériences de faire, parmi tant d’autres, les trucs suivants:

  • Tondre un mouton
  • Arracher des couilles d’agneau à mains nues
  • Diriger une ferme pédagogique
  • Apprendre à utiliser (pour de vrai) une tronçonneuse
  • Construire plein de trucs
  • Assister à des inséminations artificielles de vaches (sexual content !)
  • Conduire des engins bizarres à des vitesses pas super légales
  • Vivre une vraie vie de Kiwi rural

Bref, je me suis étonné moi-même des trucs que j’arrivais à faire (je n’ai jamais été un manuel) et des résultats obtenus. Donc, de tous points de vue, je me suis éclaté et je n’hésiterai pas à le refaire (d’ailleurs je me tâte à aller faire du HelpX en Irlande pendant les vacances, histoire de ne pas trop perdre la main !).

A contrario et sur un autre sujet, j’ai révisé (légèrement) mon point de vue sur le boulot: y en a vraiment pas mal de dispo en effet lorsqu’on se prend la peine de chercher et de persévérer. Mais toujours est-il que personnellement, je n’ai pas fait 20 000 bornes pour me retrouver dishwasher ou désanusseur de porc dans un abattoir d’Ashburton.

 

L’argent

 

Pas compliqué: y en a (presque) plus: mon budget de 3000 euros a doucement fondu, a remonté puis a succombé à ma frénésie touristique du dernier mois.

J’ai cependant constaté qu’il était vraiment possible de voyager avec peu lorsqu’on fait attention et que donc la recette Autostop+Wwoofing/HelpX est une excellent solution pour les désargentés.

 Les rencontres

 

Je suis un misanthrope qui s’ignore ! C’est le bilan que je tire de la fin de mon roadtrip (si on peut dire). En effet, après 23 auberges (et autant de dortoirs), je ne supporte quasiment plus la promiscuité latente des auberges.

Je n’avais jamais de même ressenti un tel besoin de partir me paumer dans les coins les plus isolés possibles. Il faut croire que j’ai poussé à bout mes capacités d’anthropie et qu’il va me falloir un petit bout de temps avant de repartager mon espace vital privé avec d’autres compagnons.

Sinon je me suis fait des amis « pour la vie », principalement dans les fermes où je suis resté et dans les quelques couchsurfing pratiqués de ça et là.

Les Kiwis sont des gens délicieux, ouverts, accueillants et aimables, bien qu’il puisse y avoir, comme de partout, quelques beaux spécimens d’idiots finis.

 

Une âme seule

 

J’ai pris la décision de voyager en solo depuis le début, partant d’un principe très simple (et très con en même temps) que voyager à deux, c’est ne pas être assez libre (c’est foireux, je vous l’accorde). J’avais également l’idée et l’envie de me foutre volontairement dans la merde, en étant le seul à devoir assumer le poids de mes erreurs et le bonheur de mes réussites.

Je retire de tout ça un bilan personnel assez flatteur: j’ai survécu de moi-même sans rien demander à personne, j’ai bourlingué comme un gueux aux quatre coins de l’ile tout seul et quand je me suis planté, c’est parce que j’ai pris la mauvaise décision et point barre.

J’avoue sans honte m’être éloigné autant que possible des assemblées francophones et n’avoir partagé que très peu de moments avec des compatriotes, le faisant lorsque la nécessité l’imposait. Je ne comprends toujours pas ce besoin de vouloir être entre français lorsqu’on est à 20 000 bornes de son pays, ni cette nécessité de devoir absolument cracher sur le pays à la première occasion (phénomène ultra récurrent… A se demander pourquoi les gens ne changent pas de nationalités s’ils sont si malheureux !).

Je me suis également enfui le plus vite possible de tout ce qui ressemblait à un bus: c’était MON voyage et il était hors de question de le partager avec une bande de soiffards voyageant sur commande, le cul avachi sur un siège d’autocar tout en regardant béatement le paysage défiler et en attendant de se cuiter la gueule dans l’auberge le soir.

D’un autre côté, j’ai payé un certain prix à cette solitude: j’ai souvent regretté de ne pas avoir quelqu’un avec qui partager la beauté des paysages traversés ou simplement boire une bière après une journée de vadrouille.

Toujours est-il en tout cas que je n’en suis pas mort (et que je souris toujours doucement en voyant des gens préparer des meetings entre français à l’autre bout du monde depuis ici alors qu’ils ne se connaissent ni d’Eve ni d’Adam, désolé pour l’ironie facile !)

 

Le Backpack

 

Je suis parti avec deux sacs à dos (un 80 litres et un 40 litres), un sac de couchage et mon stuff technologique: rien de plus et ça a amplement couvert tous mes besoins.

J’ai racheté à Dunedin un jean et une paire de pompes et ça a été mon seul shopping vestimentaire de tout le WHV. Je regrette par contre d’avoir surestimé mes besoins hivernaux: je me suis trimballé pendant tout le trajet des pulls super chauds que je n’ai jamais mis.

J’ai regretté également de ne pas avoir investi sur une tente avant le départ, ce qui aurait pu me servir d’échappatoire par moment.

Voyager avec un espace limité (le sac à dos) est une excellente école pour apprendre à ne porter que l’essentiel et à ne pas s’encombrer du superflu (et je me suis félicité quelques fois de n’avoir que 17 kilos sur le dos quand j’ai marché 3 heures à Christchurch ou traversé Blenheim pour atteindre mon spot d’hitchhiking !).

Je dois encore avoir une liste plus ou moins complète de ce que j’ai embarqué si ça en intéresse quelques uns…

 

La bohème et les Bisounours (©Mumu)

 

Qu’elle est belle la vie de Bohème, à se balader où l’on veut, comme on veut, à se laisser aller au gré des opportunités et des errances !

Cependant, ne croyez pas que c’est une vie facile et dénuée de toutes difficultés: le pays des Bisounours, où tout n’est qu’amour, douceur et volupté a également ses frontières bien définies, qui s’appellent fatigue, sac à dos, lassitude.

Lorsqu’on se dit que la période la plus longue passée au même endroit a été de 4 nuits, que l’on refait pour la 50²ème fois son sac à dos et que l’on se refout sur la route dans l’attente d’une nouvelle voiture et d’une journée de stop, je vous promets que l’on envie par moments les gens posés chez eux bien au chaud.

Cependant, le sentiment de liberté est bien souvent le plus fort. Mais sachez que même chez les Bisounours aventuriers,la réalité peut revenir, bien vite, frapper à votre porte.

 

Le futur

 

Comme dit mon copain (et idole) Maitre Yoda: « Difficult to see ! Always in motion is the future. »

En revenant, je me lance dans une nouvelle aventure plus personnelle, avec beaucoup de projets que j’espère mener à bien assez rapidement. Je pense repartir sur la route un jour, avec peut-être un dernier WHV argentin, entrecoupé de voyages en Asie (le manque d’argent a été la principale motivation pour ne pas m’arrêter là-bas: je ne voulais pas être frustré/limité par des contraintes financières) et un retour au Canada (Yukon mi amor !), histoire de retourner sur les traces de mon premier amour PVTesque.

Je sais également que je retournerais en Nouvelle Zélande: j’y ai vécu une odyssée fabuleuse, un trip intérieur assez grandiose. Il y a des gens que je veux revoir, des endroits où je veux retourner, des trucs que je veux refaire.

Simplement, aujourd’hui, je suis tourné vers autre chose, sans savoir simplement, comme d’habitude, ce que cela peut bien être !

PS: Les réponses à la question « Pourquoi être revenu aussi tôt (bien que 7 mois me paraissent une durée acceptable) ? » sont éparpillées un peu partout dans ce simili-bilan. Je peux cependant tenter d’y répondre plus formellement si la demande est clairement formulée.